« Puy du Fou de gauche » : la Seine-Saint-Denis lance « Populaire » pour raconter l’Histoire autrement
Trois spectacles historiques, des historiens, une stratégie de communication et de l’argent public : le projet du conseil départemental revendique une bataille contre les récits identitaires. Réponse culturelle ou opération politique ? Le débat est lancé.
Fausse bonne idée ou réponse juste du berger à la bergère? Mission de service publique ou argent public dépensé avec des arrière-pensées purement politiques? A vous de juger.
Le président socialiste du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, vient d’annoncer la création de trois spectacles historiques en plein air avec l’objectif assumé de lutter contre « les récits réactionnaires qui fantasment une France d’identité unique, blanche et catholique ». L’objectif de ses organisateurs est de proposer une histoire « racontée autrement, non pas par le haut ». Le département veut mettre en lumière des récits restés dans l’ombre ou peu entendus, venus d’ici comme d’ailleurs, et qui parlent aux habitants d’aujourd’hui.
Le premier volet de ce tryptique scénique, conçu avec les historiens Patrick Boucheron et Guillaume Mazeau, sera un spectacle qui se tiendra fin mai 2027 sur le parvis de la basilique Saint-Denis et qui reviendra sur un épisode mal connu de la révolution : la profanation de la nécropole royale qui a eu lieu sept mois après l’exécution de Louis XVI. Guillaume Mazeau y voit « un moment d’émancipation, la libération de mille ans de monarchie, de tyrannie, mais aussi d’effroi, de doute ». D’autres, et ils sont nombreux, jugent que la destruction des tombes royales représentent un des épisodes les plus sombres de la révolution.
Un calendrier chargé
Le deuxième spectacle, qui retracera l’histoire du sport Populaire, se tiendra dans le stade Bauer de Saint-Ouen, fief du Red Star. La troisième création, qui est présentée comme une traversée musicale des chants d’exil et de lutte, est prévue dans le parc départemental Georges-Valbon à La Courneuve. Ces spectacles ne sont qu’une partie du programme mis en place par le conseil départemental. Sur deux ans, ce projet nommé Populaire prévoit aussi des boîtes à histoires pour recueillir les souvenirs des habitants, des ambassadeurs chargés de faire vivre la démarche sur le territoire et des affiches. La communication de ces événements sera assurée par le groupe Combat (Radio Nova, Les Inrocks…) qui appartient à Matthieu Pigasse et qui affirme vouloir « être utile à la gauche ».
La droite dure, vent debout
Cette initiative, que l’on pourrait comparer à un « Puy du Fou de gauche », a déclenché une vague de critiques des partisans d’une droite dure. Les chroniqueurs des Grande Gueules sur RMC ont tiré à boulets rouges sur cette initiative. Le magazine Valeurs Actuelles est encore plus virulent : « Populaire n’est pas simplement une manifestation culturelle soutenue par un département. C’est un instrument de bataille idéologique, doté de spectacles, d’historiens, de relais médiatiques et d’une stratégie de communication. Lorsque la droite investit le champ culturel, la gauche dénonce volontiers une offensive politique. Lorsqu’elle fait de même avec l’appui d’une collectivité territoriale et d’un banquier propriétaire de médias, l’entreprise devient un projet “inclusive”. »
Dans le JDD, l’historien Reynald Secher demande à l’État d‘empêcher cette « célébration de la Terreur ». « Ce qui se passe relève de l’indicible, de l’impensable, ajoute celui qui défend la thèse d’un génocide vendéen piloté par le gouvernement révolutionnaire français alors que la majorité des historiens spécialisés dans cette période parlent de crimes de guerre et non pas de génocide. C’est une célébration de la terreur, quelque chose qui devrait être inimaginable dans nos démocraties contemporaines. L’État, dans sa sagesse, devrait tout faire pour empêcher ce genre d’opération mémorielle, qui est une première à ma connaissance. » Jusqu’à maintenant, les spectacles historiques étaient plutôt l’apanage des conservateurs assez radicaux.
Le spectacle musical La Dame de pierre, qui rend hommage à Notre-Dame de Paris, a été monté par Corentin Stemler qui a été rédacteur pour le journal Le bien Commun du mouvement royaliste et anti-républicain Action française (AF). Le show historique de Bruno Seillier, Raconte-moi la France, a, lui, été la cible d’historiens et de médias qui condamnent la vision conservatrice du spectacle qui a touché une subvention de 500.000 euros de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Populaire n’est donc pas un cas unique de spectacle historique connoté financé avec des fonds publics. A vous de savoir si vous avez envie d’y assister ou non…