15 septembre 2026

Temps de lecture : 4 min

« Engagez-vous ! » : les classes moyennes réclament un New Deal aux entreprises

Une France qui se sent glisser, mais qui regarde désormais les entreprises comme des alliées plutôt que des adversaires : c'est le paradoxe que révèle la nouvelle étude « Engagez-vous », menée par FreeThinking auprès de 140 Français de classe moyenne, dévoilée chez Publicis Connected Media le 15 septembre.

Le fond de l’air est sombre. L’Observatoire FreeThinking des classes moyennes écoute les Français depuis 19 ans sur des questions de société, de consommation, et de rapports aux marques et aux entreprises. Et en cette édition 2026, le constat est sans appel.

Pour Véronique Langlois, cofondatrice de Freethinking, cabinet de conseil et d’études spécialisé dans les études qualitatives communautaires online créé au sein du groupe Publicis en 2007, les Français vivent « une accélération de l’histoire, avec le sentiment que tout va plus vite, mais dans la mauvaise direction »

Un constat qui concerne, selon elle, « toutes les générations, que ce soit le jeune qui aujourd’hui s’interroge sur sa capacité à construire son avenir en France, faire carrière en France, ou la famille qui voit toujours ses difficultés de pouvoir d’achat s’accroître, ou encore le senior qui a très peur pour sa retraite ». L’échantillon de l’étude est vaste : 140 répondants issus de la classe moyenne.

Quatre éléments structurent, selon Véronique Langlois, cette « fin de cycle » de la société française.

D’abord le déclassement, « qui revient énormément dans les conversations avec cette figure du travailleur pauvre », cette « personne qui est effectivement ce Français de classe moyenne, qui est intégré, qui travaille, mais qui ne réussit pas à vivre correctement », en écho au « consommateur pauvre » que Free Thinking avait déjà décrit en 2008.

Ensuite « le dépérissement de l’État, avec une fragilisation extrême de certains services », l’éducation et la santé en tête.

Puis la désaffection, « cette perte de lien vis-à-vis de l’autre qui fait que sans cela, il y a plus de langage commun ».

Enfin, une forme de déclin anthropologique, « ce sentiment finalement que des choses irréversibles sont en cours et que tout ce qu’on a connu, vécu, pourrait être amené à disparaître ».

Véronique Langlois et Xavier Charpentier, cofondateur du cabinet d’études FreeThinking

Véronique Langois relie ce climat à l’essoufflement d’un modèle de consommation hérité des Trente Glorieuses, celui « d’une consommation heureuse, inclusive », qui cède la place à « une consommation épreuve » devenue, dit-elle, « un vrai marqueur de classe, dès notamment qu’on aborde des sujets de responsabilité ».

Le débat autour de Shein en est, selon elle, révélateur, entre ceux pour qui « il était totalement inacceptable d’accepter ce type d’entreprise en France » et d’autres, plus marginaux mais en progression, qui « revendiquent aussi justement d’être dans cette consommation vue par les élites comme irresponsable ».

Les entreprises, désormais « du même côté du réel »

Malgré ce sombre tableau, Freethinking a décidé de titrer son étude « Engagez-vous ! ». Une injonction directement adressée aux entreprises. Car c’est sur ce terreau anxiogène que se rejoue la relation des Français avec elles. Xavier Charpentier, co-fondateur de Freethinking, rappelle que cette relation a toujours été sinusoïdale : lune de miel juste après le Covid, quand les entreprises avaient su répondre à la crise, puis relâchement lorsque l’inflation est revenue et que les Français leur en ont fait, en partie, porter la responsabilité.

Aujourd’hui, la tension sociale referme la distance.

« Ce que nous observons sur la tension dans la société, sur le stress, quand même très fort, l’anxiété qui est très intense par rapport à l’état du pays et à sa trajectoire, tout cela resserre la relation entre les Français et l’entreprise », explique Xavier Charpentier. Ce qu’ils nous disent, c’est que l’on peut leur reprocher des choses, mais qu’elles sont du même côté du réel que nous. »

Ce changement de regard tient, selon lui, en trois dimensions.

La première, c’est que l’« on se réaperçoit qu’elles aussi elles ont des difficultés, que c’est pas facile pour elles non plus », du fait d’« une charge fiscale et sociale qui est très importante », de la mondialisation, ou encore du « renouvellement du rapport au travail », avec, précise-t-il, des témoignages de Français « qui ne travaillent pas en entreprise, qui travaillent dans la fonction publique territoriale » et qui disent compter autour d’eux « des proches, petits patrons, qui souffrent ».

Deuxième dimension : « Une fois qu’on a en quelque sorte considéré que les entreprises sont du même côté du réel, on se dit que les soutenir, les aider, c’est aussi s’aider soi-même ». Un calcul, celui de « préserver une indépendance économique » face aux délocalisations, et plus profond encore : la crainte, relève Xavier Charpentier, que l’avenir du salariat se résume à la figure qui « revient assez souvent » dans les entretiens, celle du « préparateur de commandes sur une grande plateforme logistique » : « Si on va vers cela, s’annonce non seulement un déclassement individuel mais un sous-développement, pas uniquement économique, de déclassement presque civilisationnel. »

Cinq chantiers pour un « New Deal »

De ce diagnostic naît une demande que Free Thinking résume en un New Deal entre les Français et les entreprises, articulé autour de cinq attentes. 

  • Un nouveau partage de la valeur, à mesure que le numérique transforme les métiers
  • Davantage d’inclusion et de reconnaissance, l’entreprise étant identifiée comme le lieu où se joue le plus concrètement le collectif France
  • Une nouvelle étape dans le rapport au travail, héritée des mutations du télétravail
  • Une réponse collective aux bouleversements de l’intelligence artificielle sur l’emploi
  • Et enfin, notamment pour les plus jeunes générations, un surcroît de sens donné au travail

Le message que porte cette étude tient en un mot d’ordre, celui qui lui donne son titre : « Engagez-vous ! ». Une relation « beaucoup moins dans la conflictualité et beaucoup plus dans la coopération », résume Xavier Charpentier, « pas par amour, mais simplement par intérêt bien compris, par pragmatisme ».

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