15 octobre 2026

Temps de lecture : 6 min

« Corridors de vie » : Enedis, ses oiseaux et 17 minutes de brand content

Enedis et Rosa Paris diffusent depuis le 14 octobre « Corridors de vie », documentaire de 17 minutes sur les oiseaux migrateurs et les lignes électriques. Entretien croisé avec Catherine Lescure, directrice de la communication et de la RSE d’Enedis, et Jean-Patrick Chiquiar, président de Rosa Paris.

Perchés, attentifs, bien campés sur leurs pattes. Comme des sentinelles. L’image est familière : des rangées d’étourneaux, de cigognes, de pies en rang d’oignons sur les lignes électriques de nos villes et de nos campagnes.

Depuis quatre ans, Enedis parle au grand public par les oiseaux. L’agence Rosa Paris a imaginé pour le distributeur d’électricité une saga télé où des volatiles jouent les vigies, observant la France en pleine électrification.

Quatre films ont été tournés : le premier suit les équipes d’Enedis qui rétablissent le courant après une tempête, le deuxième s’attaque à l’éclairage public resté allumé la nuit sans raison, le troisième plaide pour brancher les grands événements, concerts et compétitions sportives, sur le réseau plutôt que sur des groupes électrogènes, le quatrième observe l’enfouissement des câbles, avec des piverts pour témoins.

Selon Rosa Paris, l’idée est de rendre palpable le rôle d’Enedis dans un secteur de l’énergie où le public peine parfois à distinguer qui fait quoi. Avec « Corridors de vie », la saga passe au long format.

Le documentaire s’inscrit dans un contexte politique et énergétique particulier : le gouvernement entend faire passer la part des énergies fossiles dans la consommation finale d’énergie de 60 % en 2023 à 40 % en 2030. Le levier principal est l’électrification des usages : un plan dédié, publié le 23 avril 2026, vise un million de pompes à chaleur installées par an d’ici 2030, et deux voitures neuves sur trois électriques à la même date. Pour Enedis, qui achemine l’électricité jusqu’aux clients, cela suppose plus de lignes et plus de postes à construire.

Entretien croisé avec Catherine Lescure, directrice exécutive impact et communication d’Enedis, et Jean-Patrick Chiquiar, co-fondateur de Rosa Paris.

Catherine Lescure, directrice exécutive impact et communication d’Enedis

Ce film, d’où vient-il ?

Catherine Lescure : Ce format nous a été proposé par Rosa, qui travaille avec nous depuis 2023.

Jean-Patrick Chiquiar : Nous nous sommes questionnés sur la réalité de la migration des oiseaux. Il y a quand même un truc magique : ces oiseaux partent d’un endroit et reviennent toujours au même endroit. Les cigognes reviennent toujours là où elles sont nées. Puis nous avons creusé avec Enedis pour comprendre et mesurer la réalité de ce qui était mis en place : le nombre de balises, les couloirs migratoires, comment le raconter.

Pourquoi les oiseaux, dans la communication d’Enedis ?

C. L. : C’est pour nous un territoire de communication évident, parce que nous considérons que les oiseaux jouent un rôle de vigie, de spectateurs de la transition énergétique qui se passe sous leurs yeux. Depuis nos poteaux, ils peuvent raconter à hauteur d’oiseau ce qu’ils voient, comment ils voient l’action d’Enedis. C’est ce parallèle que nous avons fait dans nos campagnes publicitaires avec des spots évidemment courts, mais aussi avec ce film qui a un format beaucoup plus long, 17 minutes.

Nous souhaitons donner à voir ce qui est mis en œuvre dans les territoires autour de l’électrification. Que ce soit l’enfouissement des lignes, afin de s’assurer qu’il y a moins de risques de coupures en cas d’aléas climatiques, que ce soit l’extinction lumineuse ou les travaux qui sont réalisés après des tempêtes.

Jean-Patrick Chiquiar, co-fondateur de Rosa Paris

Un film de 17 minutes, c’est long pour une marque. Pourquoi ce choix ?

J.-P. C. : Dans un monde de l’immédiateté, où les contenus publicitaires durent trois secondes, nous avions envie de prendre le contre-pied : s’arrêter sur un temps long pour entrer en connexion avec une marque dont on ne connaît pas forcément tous les enjeux. Nous nous sommes mis d’accord assez vite avec Enedis : pas de film d’entreprise, qui n’intéresse généralement que l’entreprise qui l’a fait, mais une histoire qui touche les gens.

C. L. : C’est un format qui permet de rentrer davantage dans le détail, de finalement happer la personne qui va le visionner… Quand on a fait une projection en avant-première lundi soir, on a des personnes qui nous ont dit : « J’aurais aimé que ça dure même plus longtemps. » Je pense que c’est la bonne façon finalement de montrer par l’exemple, par le témoignage et par des images qui sont très belles, ce qu’on peut mettre en œuvre pour la nature.

Et ce film, que raconte-t-il ?

C. L. : Ce reportage est presque un plaidoyer, un manifeste pour la biodiversité. Sa longueur permet de raconter une histoire et de montrer la rencontre entre un réseau électrique, qui est une infrastructure industrielle, avec le vivant.

Quel est le rôle d’Enedis dans cette histoire ?

C. L. : Ce film rappelle que l’on doit mener une activité industrielle et que notre mission, c’est d’apporter ce service public de l’électricité à tous les Français, donc de faire en sorte que, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an, l’électricité arrive bien dans les foyers, dans les entreprises, dans les établissements publics.

Mais dans le même temps, cette activité industrielle a un impact sur la nature et il est important de le rappeler. Nous avons à cœur de limiter au maximum nos impacts sur la nature. Ainsi, l’entreprise Enedis travaille depuis 30 ans en partenariat avec la LPO [Ligue de Protection des Oiseaux] pour la protection des oiseaux.

Pourquoi les oiseaux s’approchent-ils autant de vos ouvrages ?

C. L. : Ils peuvent être attirés parce que ça peut leur servir de nichoir, les poteaux en particulier. Et quand on voit les nids de cigognes par exemple, cela peut présenter une vraie difficulté, parce qu’ils sont très volumineux et peuvent provoquer jusqu’à un incendie. Pour les animaux, c’est évidemment totalement préoccupant. Et puis, pour ce qui concerne l’alimentation électrique des Français, cela peut amener à des coupures. Donc nous avons tout intérêt à adapter ce réseau.

Quelle est l’ampleur du réseau concerné ?

C. L. : Nous avons à gérer 1,4 million de kilomètres de lignes électriques en France, c’est l’équivalent de 35 fois le tour de la Terre.

La moitié de ces lignes sont enfouies. Les oiseaux ne peuvent pas se percuter sur ces lignes, mais la moitié sont à ciel ouvert et peuvent constituer un danger. Et c’est ce danger que nous nous attelons à réduire au maximum.

Le communiqué annonce 30 000 balises anticollision. Comment repère-t-on les zones à risque, et que fait-on ensuite ?

C. L. : Nous le faisons grâce à des professionnels qui nous aident à identifier les endroits les plus accidentogènes, pour notamment les espèces les plus protégées, les plus sensibles. C’est un travail de longue haleine. La LPO dispose de cartographies qu’elle nous met à disposition et que nous mettons en parallèle avec nos propres cartographies pour déterminer les zones à risques. Comme on peut le voir dans le film, les dispositifs permettent d’éloigner les oiseaux, de projeter de la lumière, et de détourner leur voie de navigation, de vol. Nous installons des balises que l’on vient accrocher, soit directement par nos salariés sur des nacelles, soit maintenant de plus en plus par des drones qui viennent clipser ces balises pour protéger la route, le vol, l’envol des oiseaux.

Pourquoi s’adresser au grand public sur ce sujet ?

C. L. : On parle beaucoup du changement climatique, on parle beaucoup du CO2, mais finalement relativement peu de la biodiversité. Le fait d’avoir des oiseaux, d’avoir des abeilles, d’avoir des insectes, c’est ce qui fait le vivant. Et si on n’a plus ce vivant, la race humaine même est menacée. Donc je pense qu’il est important que les entreprises soient aussi des militants pour la biodiversité et montrent qu’à l’échelle de l’entreprise, on peut aussi agir.

Les salariés d’Enedis apparaissent dans le film. Que représente cet engagement ?

C. L. : Ils ne jouent pas, ils font leur métier de tous les jours. Ils sont passionnés par ce qu’ils font, parce qu’ils considèrent que leur mission de service public, c’est évidemment d’amener l’électricité aux Français, mais c’est de le faire en ayant une attention à la nature.

Et au-delà des oiseaux ?

C. L. : Vous le savez, on parle de grande électrification de la France. Des postes sources, qui permettent de passer du réseau à très haute tension vers le réseau moyenne tension, qui ensuite permet d’alimenter les clients, on va devoir en construire une centaine. Nous travaillons avec le Muséum national d’Histoire naturelle, et utilisons leur cartographie pour identifier les sites où nous allons pouvoir installer ces nouveaux ouvrages en ayant le moins d’impact possible sur la biodiversité.

In fine, à quelle cible s’adresse ce film, et quel dispositif l’entoure ?

J.-P. C. : La cible est triple. Le grand public, pour mieux qualifier le rôle d’Enedis. Les élus, pour montrer à quel point Enedis œuvre au quotidien pour les territoires.

Et en interne : il y a un gros enjeu de marque employeur, car Enedis recrute des opérateurs, des techniciens, des ingénieurs, des data analysts.

Autour du film, Havas Media et Havas Play ont mis en place des contenus avec Le Média Positif et Avre, et engagé des créateurs comme The Impact Story et Léa Camilleri, avec une campagne digitale pour prolonger le documentaire diffusé sur france.tv et sur Prime Video.

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