« Info menacée, démocratie en danger », « Ebracadabra, demain un journal fait à l’IA » pouvait-on lire sur les pancartes de plusieurs dizaines de salariés réunis à Strasbourg devant le siège du Crédit Mutuel, ou distribuant des tracts dans les rues de Besançon.
Ebra (Est Bourgogne Rhône-Alpes) édite Le Dauphiné libéré (Grenoble), Le Bien public (Dijon), Le Journal de Saône-et-Loire (Chalon-sur-Saône), Le Progrès (Lyon), L’Est républicain (Nancy), Le Républicain lorrain (Metz), Vosges Matin (Épinal), L’Alsace (Mulhouse) et Les Dernières nouvelles d’Alsace (Strasbourg), des titres qui couvrent au total 23 départements.
Le mouvement, qui touche tous les titres du groupe, est « complètement inédit », a dit à l’AFP Eric Barbier, délégué syndical SNJ (Syndicat national des journalistes) de l’Est Républicain et membre du bureau national du SNJ référent en intelligence artificielle.
Il vient en riposte à un plan de départs volontaires visant jusqu’à 400 postes sur quelque 3 200 salariés. Ce projet a été annoncé fin juin par le groupe, dont les ventes au numéro et les abonnements ont été divisés par deux en dix ans.
Pour M. Barbier, ce plan constitue « une atteinte directe à la qualité de l’information » et même une agression du « métier de journaliste ».
Un tiers des postes de secrétaires de rédaction, en charge notamment de la mise en page des journaux, doit être supprimé, selon les syndicats, et l’IA « massivement » utilisée pour assister les journalistes qui resteront sur ces postes, selon le SNJ.
Mais « les tests qui nous ont été montrés récemment ne sont pas concluants du tout », a affirmé à l’AFP Jean-Frédéric Tuefferd, représentant syndical SNJ-CGT aux DNA. « La qualité n’est pas là. »
Les techniciens sont aussi concernés. Didier Beyhurst, en poste à la rotative à Strasbourg depuis 1991, déplore un manque d’informations. « Il y avait des tensions, des peurs (…) il fallait vraiment une mobilisation » pour que la direction sente qu’il y a « une pression », dit-il.
La direction avait indiqué mercredi avoir « pris acte de cet appel à la grève, lancé par une partie des organisations syndicales ».
Le rassemblement devant le Crédit Mutuel a aussi vocation à ce que « notre actionnaire soit un peu impliqué parce qu’on ne l’a pas beaucoup entendu » jusqu’ici, estime Marie-Sophie Kormann, journaliste aux DNA, secrétaire du CSE et déléguée syndicale SNJ.