8 octobre 2026

Temps de lecture : 3 min

Le Musée de l’info et de la presse (Musip) veut mettre la fabrique de l’information au coeur de sa proposition de contenu

Comment choisit-on un sujet, vérifie-t-on une source ou bien construit-on un titre ? Le futur Musée de l’info et de la presse entend ouvrir les coulisses du journalisme au grand public. Porté par le journaliste et auteur Antoine Mariotti, le projet vise une ouverture à Paris à l’horizon 2029, précédée d’une programmation événementielle dès janvier 2027.

A l’instar de certaines grandes rédactions qui ouvrent leurs portes occasionnellement au public, le projet du Musée de l’info et de la presse (MUSIP) fait le pari de transformer la fabrication de l’information en expérience accessible à tous. Choisir un sujet, croiser des sources, hiérarchiser des faits, sélectionner une image, etc., sont autant d’étapes invisibles une fois l’article publié ou le reportage diffusé, qui constitueront le fil rouge du futur musée.

À l’origine du projet, Antoine Mariotti, journaliste à France 24, auteur et réalisateur, défend une conviction. « L’enjeu n’est plus seulement d’accéder à l’information, il est de savoir la lire », indique-t-il dans le dossier de présentation. Le MUSIP entend donner aux visiteurs les moyens de comprendre les pratiques journalistiques, leurs contraintes et leurs arbitrages, ainsi que leurs erreurs et leurs dérives.

Passer de l’autre côté de la rédac’

Le parcours permanent, défini en mars 2026 selon les porteurs du projet, comprendra trois grandes parties. La première, « La fabrique de l’info », suivra les étapes qui précèdent la diffusion d’une information. Des studios de radio et de télévision ainsi qu’un atelier de mise en page permettront aux visiteurs de s’essayer au métier.

Grâce à cette approche participative, il s’agit bien de rendre le travail éditorial tangible peut aider à comprendre pourquoi une information demande du temps pour être traitée, pourquoi deux médias ne vont pas retenir le même titre ou encore pourquoi une source doit être recoupée. Ainsi, le visiteur sera confronté à des choix, à des documents et à des contenus, pour expérimenter les mécanismes de production et de vérification.

Une place particulière sera réservée aux jeunes publics, avec notamment une journée par semaine consacrée aux scolaires, avec un travail préparatoire possible en classe, puis des exercices dans les studios et la réalisation de journaux sur place.

Mettre les récits à l’épreuve

La deuxième partie, « La guerre des récits », explorera les différentes manières de raconter un même fait. Angle, titre, image, interlocuteur, etc, autant de décisions qui orientent la perception d’un événement. Le parcours abordera également la déformation des faits, la manipulation et les fausses nouvelles, en replaçant ces phénomènes dans leur histoire et dans leur circulation numérique.

Pour les professionnels des médias et de la communication, cette séquence permettra notamment de rendre perceptible la frontière entre un choix de narration et une falsification, dans un contexte où l’intelligence artificielle figure parmi les mutations que le musée entend traiter.

Le troisième volet, « Information et démocratie », portera sur la liberté de la presse et le droit du public à être informé. Un mémorial consacré aux journalistes morts dans l’exercice de leurs fonctions doit également rappeler la dimension humaine du métier, à travers leurs parcours et leurs reportages.

Construire un public avant d’ouvrir les portes

Le calendrier annoncé planifie le développement du MUSIP en plusieurs étapes. Un premier module numérique consacré à la fabrication de l’information constitue le point de départ. Dès janvier 2027, conférences, tables rondes, expositions et projections devront permettre au projet de rencontrer ses publics à Paris, mais aussi sur toute la France et à l’international.

A date, l’ouverture du musée physique est envisagée à l’horizon 2029. Cette progression donne à l’événementiel un rôle structurant dans le projet, celui de fédérer une communauté avant l’installation dans un lieu permanent. Les expositions temporaires seront conçues pour circuler, avec une ambition d’itinérance en France et à l’étranger.

Par ailleurs, le futur établissement prévoit deux expositions temporaires par an, un festival annuel et des rencontres régulières. Des espaces modulables et des contenus actualisables doivent lui permettre de suivre les transformations du journalisme et l’actualité.

L’indépendance comme enjeu de crédibilité

Le MUSIP bénéficie du soutien annoncé de très nombreux médias, comme par exemple de l’AFP, de Radio France, de Reporters sans frontières et de Charlie Hebdo. Son conseil scientifique et culturel est présidé par Annick Cojean, grande reporter au Monde, tandis qu’un conseil consacré à la muséographie est coordonné par l’enseignante et muséologue Jacqueline Eidelman et le consultant et enseignant Vincent Poussou.

Le projet revendique une approche indépendante et non partisane. Aussi, Antoine Mariotti prévoit un lieu où les publics pourront comprendre le fonctionnement des médias et « parfois les remettre en question ». Sa capacité à accueillir la critique des médias sera donc un enjeu de crédibilité pour ce projet sensé faire de Paris (et de la France) la capitale mondiale de la liberté de la presse.

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