14 septembre 2026

Temps de lecture : 7 min

Marianne Siproudhis (France TV Publicité) dresse le bilan des accords avec You Tube et Prime Vidéo, dans un contexte de rentrée attentiste

Le terrain de jeu publicitaire de France TV Publicité s’est considérablement élargi grâce à l’accord noué par France Télévisions avec YouTube, qui entre pleinement en vigueur en cette rentrée. Marianne Siproudhis, directrice générale de la régie, détaille les enjeux de ces alliances stratégiques autour de la télévision augmentée.

(c) Virginie Bonnefon

INfluencia : France Télévisions a noué en avril 2026 un accord avec YouTube autour de l’information, qui entre en vigueur en cette rentrée. Quels sont les enjeux pour France TV Publicité ?

Marianne Siproudhis : L’accord est avant tout une initiative éditoriale et citoyenne – la plus conséquente en Europe – qui s’inscrit dans la stratégie Streaming First de France Télévisions et dans la mission de service public du groupe : lutter contre les fake news, contribuer à une France plus curieuse et mieux informée, proposer une offre d’information numérique et accessible à chaque citoyen.

Cette alliance stratégique permet aussi à la régie d’apporter aux marques une nouvelle proposition de valeur et de rajouter des points de contact dans un contexte éditorial premium sur YouTube.

France Télévisions avait déjà une activité extrêmement dynamique sur cette plateforme, où nous allons chercher des publics qui consomment de l’audiovisuel en dehors de la télévision traditionnelle.

L’accord nous permet de changer d’échelle avec, à terme, 160 chaînes et 20 000 heures de programmes disponibles sur cette plateforme. Il simplifie l’accès des marques à un inventaire Total Vidéo avec des performances mesurables sur de l’information multiformats, multi-angles et de proximité (des chaînes régionales doivent être lancées vers la fin septembre ou début octobre, ndlr).

IN : Cette « nouvelle proposition de valeur » s’articule autour d’une offre Safe Place, annoncée au marché en juin. En quoi est-elle différenciante ?

M.S. : Safe Place permet aux marques de bénéficier de la puissance de YouTube sans renoncer à la confiance que 87 % des Français font à l’environnement France Télévisions, à la qualité du contexte et à la maîtrise attendue d’un média premium.

L’offre a été construite autour de quatre garanties. Une assurance de Brand Safety, qui protège de la marque contre des environnements problématiques. La Brand Suitability puisque l’annonceur peut choisir avec nous des chaînes, des contenus, des univers éditoriaux compatibles avec sa stratégie.

La visibilité de la marque a le temps de se construire avec des formats non-skippables de 20 secondes sur différents écrans et jusqu’à 30 secondes pour la télévision connectée. La mesure accompagne l’achat en gré à gré dans l’environnement de France Télévisions comme en programmatique garanti via la DSP de Google Display & Video 360 (DV360).

Dans ce contexte de « télévision augmentée », il ne s’agit pas d’ajouter un inventaire à un autre mais d’amener de la couverture et un nouveau public.

Les tests ont montré qu’une campagne orchestrée sur france.tv et sur YouTube génère jusqu’à 50 % couverture incrémentale avec des contacts exclusifs.

IN : Des YouTube Specialists ont été recrutés. Combien sont-ils et quel est leur rôle ?

M.S. : Ils sont aujourd’hui cinq et opèrent de manière très technique au sein des équipes « opérations » (AdOps et TechOps), commerciales et marketing. Ils interviennent en complémentarité des équipes annonceurs et agences pour aider nos clients à orchestrer efficacement tous les leviers de la vidéo.

Les YouTube Specialists apportent une expertise absolument indispensable à notre stratégie pour éviter de transposer des réflexes qui auraient été développés sur la télévision ou le digital.

Leur compétence sur l’ensemble de la chaîne de valeur a permis de construire nos offres. Ils comprennent les audiences spécifiques à cette plateforme, choisissent les univers éditoriaux avec les agences qui travaillent pour les marques, articulent les contenus courts et longs, adaptent les créations aux formats et aux devices pour prendre en compte l’usage spécifique de la CTV et de la publication sur YouTube.

Au moment de l’activation, ils interviennent sur les ciblages contextuels, le socio-démo, la data…, travaillent sur une approche de gré à gré avec les marques et le programmatique garanti pour que nous soyons dans l’optimisation de YouTube avec des dispositifs qui associent aussi la télévision, france.tv et la CTV. Ils contribuent ensuite à l’analyse des résultats.

IN : L’offre a été présentée début juin. Quel a été l’accueil du marché ? Les marques rechignent parfois à s’associer à un contenu d’information qu’elles craignent d’être anxiogène…

M.S. : Certains médias d’information parviennent très bien à monétiser leur inventaire télé, presse ou digital auprès de marques qui apprécient de figurer dans des contextes d’information de qualité. Les outils mis en place pour garantir la commercialisation sur Safe Place répondent à une inquiétude qui pourrait émerger.

Le marché publicitaire a réservé un très bon accueil à cette nouvelle offre et, dès notre annonce en juin, nous avons eu des réservations. La commercialisation a déjà commencé avec succès, notamment avec les contenus YouTube que nous avions pendant l’été autour de l’information, mais aussi du documentaire, du divertissement, du sport et de la culture.

IN : YouTube a expliqué que, selon votre accord, un seuil plancher à 7 euros le CPM sert de base au partage de la valeur, toute rémunération supplémentaire revenant intégralement à France TV Publicité. Puisque le dispositif est déjà opérationnel, à quel niveau se négocient les CPM ?

M.S. : Les CPM constatés sont bien supérieurs à 7 euros. Le tarif évoqué ne reflète pas, à lui seul, la réalité de la commercialisation et varie selon de nombreux paramètres, notamment le ciblage, les formats ou encore les dispositifs activés. Les premiers enseignements sont particulièrement encourageants.

Nos études démontrent que la qualité du ciblage et une très forte complémentarité avec france.tv avec plus de 90 % de contacts exclusifs et des niveaux d’attention supérieurs de 35 % aux benchmarks vidéo.

IN : Quel chiffre d’affaires incrémental la régie peut-elle espérer ?

M.S. : Même si l’offre a été marketée avec cette possibilité d’élargir notre chiffre d’affaires, c’est encore un peu tôt pour l’évaluer… Le volume de vidéos vues par mois est important. La consommation des vidéos de contenus France Télévisions sur YouTube est en très forte croissance, de l’ordre de +80 % cet été.

Si on fait une petite projection, nous aurons des centaines de millions de vidéos vues mensuelles avec ce nouvel accord, probablement plus de 2 milliards de vidéos vues engagées d’ici la fin de l’année.

A cette échéance, nous aurons peut-être une vision plus claire de la valeur monétisable.

IN : Que peut-on dire de l’autre accord a été signé, il y a un an, entre France Télévisions et Prime Video ?

M.S. : Il s’inscrit aussi dans l’élargissement de la distribution dans un environnement de streaming déjà installé qui est celui de Prime Video. L’accès aux contenus de France Télévisions a été simplifié sur Prime Video et les usages ont suivi.

Il y a eu une accélération des usages depuis Roland-Garros 2026 (depuis 2021, Amazon diffuse une partie du tournoi avec France Télévisions, son diffuseur historique, ndlr), avec une très forte progression de la consommation à la demande. La consommation a été multipliée par dix entre le début de notre accord et aujourd’hui.

IN : France.tv connaît un vrai succès d’audience avec 45,3 millions d’utilisateurs en août, selon les derniers résultats publiés. Quel bilan en faites-vous d’un point de vue publicitaire ?

M.S. : France.tv est leader depuis 8 mois consécutifs en 2026 et numéro un en nombre d’utilisateurs sur les 25-34 ans. Être la première plateforme BVOD gratuite en France est un atout important dans un marché publicitaire où le digital occupe une place importante.

Le digital représente un peu plus de 20 % du chiffre d’affaires de la régie et est en croissance à deux chiffres, y compris cette année.

Grâce à la stratégie très fine développée par le groupe autour du Streaming First, la régie orchestre un inventaire qui associe le direct, du preview, des réseaux sociaux, des formats courts… La chronologie traditionnelle du contenu est complètement réinventée.

Nous mesurerons l’expérience utilisateur sur les contenus publicitaires, dont la durée est modulée en fonction de la longueur du contenu.

IN : Les annonceurs ont été très présents sur la Coupe du monde de foot diffusée sur M6. Comment s’est passé l’été pour France TV Publicité et comment se présente la fin de l’année ?

M.S. : La Coupe du monde a aspiré une grande partie de la croissance mais, grâce à des événements sportifs forts (Le Tour de France, les championnats d’Europe de natation, d’athlétisme…, ndlr), nous avons aussi eu un très bel été.

Le chiffre d’affaires a progressé en juillet et en août, ce qui nous permet d’avoir une période janvier-août quasiment stable.

La rentrée est tendue avec une visibilité très réduite et une dynamique commerciale un peu molle. Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024, il y a eu un coup de froid sur la publicité dans les médias quels qu’ils soient. On voit un attentisme global des entreprises qui maîtrisent ou diminuent leurs budgets de communication. Cela durera sans doute jusqu’à la présidentielle.

IN : Avez-vous ressenti un impact sur les audiences depuis l’arrivée en juillet d’AI Overviews ?

M .S. : Il est encore trop tôt pour quantifier l’impact du passage d’un moteur de recherche à un moteur de réponse. Nous prenons ce sujet très au sérieux mais nous apprécions ce risque avec nuance puisque nos audiences ne reposent pas sur des requêtes mais sur des usages, avec de la vidéo vue sur france.tv, nos applications, nos chaînes en TV connectée et sur les box.

IN : La proximité croissante avec les plateformes, réputées simples à acheter, vous aide-t-elle à innover vers plus de simplification ?

M.S. : Plus l’inventaire est simple à acheter, plus il est attractif. La simplification est un de nos piliers stratégiques et une ambition permanente de la régie. Elle passe par la technologie et par la stratégie Total Vidéo Premium, qui permet d’augmenter notre couverture et d’accompagner les publics dans cette télé augmentée.

Dans un univers qui ne cesse de rajouter du jargon, de technique et de mesures, il faut que l’achat soit fluide et que l’offre globale soit intégrée.

Les réservations ont été simplifiées via notre plateforme ADspace, lancée en 2019, par laquelle passe 70 % de notre chiffre d’affaires.

Côté annonceurs et agences, nos grands événements sportifs ont donné un coup d’accélérateur dans la mise en place de la simplification, notamment les JO de Paris 2024 qui ont été vendus deux ans à l’avance dans cette optique sur ADspace.

Notre proposition de valeur doit être extrêmement compréhensible, achetable de manière globale avec des bilans de campagne détaillés. C’est pour cela que tous les scores d’attention atteints ont été intégrés dans nos outils. L’attention devient un standard de pilotage, au même titre que les GRP, les vidéos vues ou la couverture.

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