21 mai 2024

Temps de lecture : 6 min

De Dare.Win à Oríkì Energy, le fabuleux dessein d’émancipation de Wale Gbadamosi-Oyekanmi…

À 40 ans, Wale Gbadamosi-Oyekanmi fondateur de l’agence Dare.Win, devenue Media. Monks  suite à son acquisition par Media.Monks, groupe de communication (S4 Capital) de Sir Martin Sorrell, rejoint Oríkì Energy, start-up à impact social qui, avec le concours de la diaspora, émancipe les populations des pays du Sud en leur prêtant de l’argent pour démarrer une entreprise durable et rentable. Une démarche qui en finirait avec la mise sous perfusion des populations et permettrait d’impulser d’un même coup, les volets humains, sociaux, économiques et écologiques. Conversation avec un homme en quête de sens et d’utilité.

 

INfluencia: lors de notre dernière interview nous nous étions arrêtés sur Dare.Win que vous avez créée en 2011, dont la mission était de faire de la pub pour divertir les gens. En 2020, coup de théâtre, Dare.Win devient Media.Monks suite à son acquisition par Media.Monks, groupe de communication (S4 Capital) de Sir Martin Sorrell. Aujourd’hui, vous entamez une nouvelle aventure totalement différente. Qu’est-ce qui vous meut ?

Wale Gbadamosi-Oyekanmi : en fait, moi je change d’environnement et d’objectifs régulièrement. J’avance, je progresse et puis tous les 10, 12 ans je change de trajectoire. Je suis tout d’abord tombé dans le monde du contenu de l’audiovisuel médias en 2000 et commencé à m’intéresser à la communication audiovisuelle au sens large. 10 ans d’une grande histoire d’amour, de ma première passion, avec l’image, les médias.

IN. : qu’y faites-vous exactement alors ?

W. G-O. : je finis un master de média, je crée des émissions de télé grand public, et ce que j’aime alors c’est l’impact qu’a la télévision sur le grand public. Toucher 10 millions de personnes sur TF1 me grisait. Donc entre 2000 et 2010, ce sont les chaînes de télévision qui permettent de raconter des histoires, au plus grand nombre, j’ai 22, 23 ans, et j’adore ça. J’étais alors salarié, mes ambitions créatives étaient comblées, mais j’avais des envies d’international…

IN. : c’est là que d’autres médias vous attirent…

W. G-O. : oui, c’est exact, en 2010 au moment ou Facebook , Youtube, Dailymotion commencent à s’installer, je me dis que la télévision linéaire c’est évidemment génial, mais qu’une révolution est en train de se produire sur ces nouvelles plateformes sans frontières grâce au social média. Là, je comprends que je vais pouvoir faire ce que j’aime à l’échelle planétaire pour des coûts réduits, et pour moi qui ai 27 ans à l’époque, je me dis qu’il faut absolument que je comprenne cet univers.

IN. : est-ce un calcul, ou un ressenti ?

W. G-O. : c’est un ressenti, une intuition. Les plateformes vont révolutionner « l’audiovisuel » et je me dis que si je ne me mets pas au digital et au social media, on est en 2010, 2011, je vais très vite  devenir un vieux con… À l’époque, je travaillais pour Buzzman qui avait repéré mon travail, alors que je n’y connaissais pas grand chose, car je n’ai jamais fait de pub de ma vie. Georges Mohammed-Cherif m’engage pour faire du social media et des RP, ce que je fais pendant 11 mois…

 

IN. : comment faites-vous le saut entre Buzzman et la création de Dare.Win ?

W. G-O. : c’est l’époque de la pub Tipp-ex, j’arrive chez Buzzman, au moment où elle monte en puissance, je suis là où ça se passe, et je m’aperçois que mon expérience télé et le social média rassemblent le meilleur des deux mondes. Ce que je faisais et ce que je fais là, vont me donner l’idée de créer Dare.win sur cette base. Et en fait Dare.Win ça dure 12 ans.

 

IN. : jusqu’à ce que WPP s’intéresse à votre entreprise successful…

W. G-O. : oui, en fait, je vends la société en 2020 à Martin Sorrel et l’expérience est géniale. Je franchis encore une étape, où je passe de la gestion de 250 personnes en France, à une entreprise de niveau international, qui va vite. J’acquiers des compétences en matière d’entreprenariat, de gestion, de développement, de management, je fais partie d’un groupe de 8000 personnes, coté en bourse, qui travaille pour des boîtes gigantesques. -J’ai accompagné Netflix pendant 10 ans, je suis même probablement une des seules personnes à avoir bossé aussi longtemps pour cette entreprise-… Après le rachat, en mai dernier, j’ai 40 ans, et je me demande  c’est quoi la suite pour moi ?

IN. : 40 ans c’est jeune pour songer à « la suite »…

W. G-O. : j’ai fait beaucoup d’argent. J’ai appris énormément dans la pub, en télé, à l’international, j’ai une grande expérience… mais je me dis quand même, 40 ans, l’espérance de vie en France pour un homme est de 80 ans, je suis à la moitié de ma vie quoi, je regarde derrière.

IN. : une petite crise de la quarantaine ?

W. G-O. : non je ne crois pas, c’est un cycle… Je me dis que j’ai fait, j’ai construit plein de choses. J’ai une famille, deux jeunes enfants, n’est-ce pas justement le moment de mettre tout ce que j’ai appris dans mes deux vies professionnelles à contribution pour quelque chose d’un peu plus large que la com et le marketing.

IN. : quel est le déclencheur, en dehors de ces 40 ans…

W. G-O. : c’est lié à ce qui se passe dans le monde. La covid m’a beaucoup fait réfléchir… Mais ce qui a été très brutal pour moi, c’est le meurtre de Georges Floyd en mai 2020. Quand un homme noir est victime d’une telle violence, même si cela se passe aux États-Unis, cela interpelle. J’ai commencé à beaucoup m’interroger, j’ai deux filles qui sont nées en 2017 et 2020, nous sommes tous responsables du monde que l’on construit, et cela pose la question de quel a été ton impact sur ce monde-là…

IN. : vous évoquez « le choc cognitif » dû au covid qu’entendez-vous par là ?

W. G-O. : le monde entier nous a, pendant un an et plus, touchés de près ou de loin. Tous les jours, la mort rôdait. Nous avions les informations en temps réel, du nombre de morts et du nombre de cas, je me suis dit que c’était le moment de faire quelque chose de démocratique.

Mon raisonnement a été le suivant, cela marche bien personnellement, j’ai vendu ma boîte. Mes enfants sont en bonne santé, ma femme va bien. Donc quand on est aussi privilégié, que l’on fait partie des 1% des gens les plus heureux, les plus fortunés, et privilégiés on a deux options : soit on fait l’autruche, et on se dit qu’on ne peut rien changer au monde… soit et c’est mon point de vue, chacun peut agir à son niveau. Me concernant mes expériences passées m’ont permis d’être bon sur le volet entrepreunarial et le volet communication, ces compétences là peuvent me servir…

IN. : résultat vous changez du tout au tout votre destin en rejoignant votre frère…

W. G-O. : oui, le sujet qui m’intéresse aujourd’hui, c’est comment contribuer à la justice sociale, à la justice climatique qui sont deux choses extrêmement liées, partant du prinicpe que la justice climatique, va avoir une incidence plus forte sur les populations qui ont le moins d’argent…

IN. : le projet se déroule au Nigeria votre pays d’origine. En quoi consiste-t-il ?

W. G-O. : mon frère Seni Oyekanmi a créé Oríkì Energy il y a un peu plus d’un an et demi. Son objectif est de rendre les populations du Sud indépendantes financièrement . Nous venons du Nigéria donc je vais parler du pays que je connais le mieux.  Au Nigéria, il y a en gros 20 milliards d’euros qui sont envoyés tous les ans par des Nigérians de la diaspora afin d’aider les gens au pays. Donc cela veut dire qu’en fait un tiers de l’économie, un tiers de la population par conséquent vit grâce à la Diaspora. Cela n’est ni sain, ni vertueux. L’idée est de rendre ces citoyens indépendants.

En clair, 30 % de l’économie provient des dons faits par la diaspora venant d’Angleterre, de France, des Etats-Unis, etc. Notre point de vue est simple. Au lieu d’envoyer de l’argent au pays et de le perfuser, d’entretenir la dépendance, l’idée est de permettre aux gens qui vivent en Afrique de créer leurs propres emplois.

IN. : comment vous y prenez-vous ?

W. G-O. : cela peut paraître incroyable, mais 200 millions d’africains possèdent 200 millions de téléphones portables qu’ils ne peuvent pas recharger car ils n’ont pas accès à l’électricité. S’ils n’ont pas accès à leur téléphone, ils n’ont pas accès au travail puisque c’est le moyen aujourd’hui d’être connecté, d’accéder à l’éducation, à la formation, nous allons donc créer des points solaires de charges de téléphone afin que les gens puissent charger leur téléphone et donc du coup contribuer économiquement socialement à maintenir un lien social. Nous avons investi dans la création de kits solaires et les avons mis à disposition des Nigérians afin d’accompagner le pays dans sa transition écologique. L’objectif étant d’accompagner évidemment d’autres pays du grand sud. En bref, l’objectif est d’autonomiser un million d’entrepreneurs nigérians d’ici 2034, le plan est plus qu’un modèle commercial ; il s’agit d’un programme de transformation pour l’autonomisation à l’échelle nationale grâce aux énergies renouvelables.

IN. : vous n’êtes pas une association, dites-vous, bien au contraire…

W. G-O. : c’est d’un projet d’émancipation de l’Afrique et du Grand Sud au sens au sens large qu’il s’agit. Nous pourrions travailler avec des prestataires depuis Paris… ce n’est pas l’objectif. On est arc-boutés pour travailler avec des prestataires du Sud.  Pour moi l’enjeu, n’est pas de faire de l’argent, mais de permettre au plus grand nombre d’habitants d’Afrique d’être autonomes, d’embrasser le présent et le futur sans ne rien devoir à personne.

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