4 mars 2026

Temps de lecture : 3 min

Santé mentale : BBDO Paris et le Musée de la Grande Guerre affichent la détresse des poilus

Dans sa nouvelle campagne pour le Musée de la Grande Guerre, « Les âmes cassées », BBDO Paris illustre habilement les ravages intérieurs de la guerre de 14-18. Un parti-pris d'actualité, alors que le conflit en Ukraine perdure et menace de s'étendre à nous.

Certaines blessures sont invisibles.

Elles n’en sont pas moins abyssales, effroyablement douloureuses, irrémédiablement destructrices. Un jour de février 1918, l’on retrouve un homme hagard, errant dans la gare des Brotteaux à Lyon. L’ancien poilu ne sait plus, au propre comme au figuré, comment il s’appelle.

Totalement amnésique, la mémoire effacée par les horreurs de la guerre, Anthelme Mangin (de son vrai nom Octave Monjoin) sera baptisé « le premier soldat inconnu vivant ».

En 1914, Baptiste Deschamps se terre dans une tranchée pour échapper à une pluie d’obus, qui massacre la quasi-totalité de ses compagnons d’armes. Il restera courbé le buste en avant, dans l’impossibilité de se redresser, soumis pendant des années à des électrochocs d’une violence inouïe…

Ils sont légion, ces récits de soldats brisés à vie. Et c’est au sein même de l’École Militaire, le 19 février, que BBDO Paris présentait en avant-première sa campagne « Les âmes cassées », conçue pour le Musée de la Grande Guerre, à Meaux (Seine-et-Marne).

« Parler de ses traumatismes psychiques allait à l’encontre des stéréotypes sur la virilité« 

Jean-François Copé, maire de Meaux et président de la communauté d’agglomération du pays de Meaux, avait fait le déplacement. L’homme politique est à l’origine de la création du musée, sous l’impulsion d’un historien passionné par 14-18, Jean-Pierre Vernay, décédé en 2025.

« Ce musée est unique au monde, a rappelé Jean-François Copé. La Grande Guerre est une clé de compréhension pour comprendre les désordres d’aujourd’hui : les guerres du monde entier trouvent leur source dans ce premier conflit, aussi étrange que cela puisse paraître… »

En préambule de la présentation de la campagne, l’historien Jean-Yves Le Naour brossait un tableau des dégâts psychiques de 14-18 et de ses dégâts sur ce que l’on appelait pas alors, il y a plus de 110 ans, la santé mentale.

« L’armée de l’époque a tout documenté, le nombre de malades de la fièvre typhoïde etc., mais on ne trouve absolument rien sur la santé mentale, souligne l’historien. Parler de ses traumatismes psychiques allait à l’encontre des stéréotypes sur la virilité. Les soldats se faisaient traiter de « femmelettes », se voyaient mal vus et maltraités, soumis à de terribles séances d’électrostimulation, sous les injures de “cochons”, de “sales boches”, etc.»

Des « métaphores visuelles de troubles mentaux »

La campagne d’affichage de BBDO Paris entend redonner la parole à ces hommes meurtris à vie.

« Nous sommes partis d’images d’archives de poilus, que nous avons dégradées mécaniquement afin de montrer les ravages de la guerre sur ces hommes, telles des métaphores visuelles de troubles mentaux», résume Benoît Oulhen, concepteur-rédacteur chez DDB Paris.

Ainsi, l’affiche « Souffrance » est constituée de 1916 impressions d’un même portrait, découpées puis superposées pour former une tranchée.

Le visuel « Chagrin » a été créé à partir d’un portrait exposé à des gouttes de solvant pendant 24 heures, au même rythme que les bombardements de la Somme.

Quant à l’affiche « Détresse », il s’agit d’un portrait laissé au fond d’une véritable tranchée à Faÿ dans la Somme pendant dix jours – durée moyenne passée en première ligne. 

Trois mini-documentaires tournés au coeur de la tranchée reconstituée du musée

La vague d’affichage urbain JCDecaux s’accompagne d’une série de trois mini-documentaires tournés au cœur du musée et de sa tranchée, reconstituée in situ grandeur nature. L’on y retrouve Anthelme Mangin, «Le soldat inconnu vivant »,  Baptiste Deschamps, « Le blessé sans blessure » ainsi que l’Allemand Ernst Jünger, «Qui est le soldat devenu écrivain ? », dont les destins fracassés sont relatés et analysés par des descendants, un historien et des psychiatres, qui jettent ainsi des ponts entre les traumatismes d’hier et la psychiatrie actuelle. 

La campagne permet également de regarder sans fard les blessures psychologiques des guerres d’aujourd’hui.

Ainsi, en marge de la conférence de presse, un caporal-chef, ancien de la Légion Étrangère, racontait, ému aux larmes, les conséquences de son stress traumatique après une bataille en poste avancé…

« L’Armée de Terre prend en compte la santé mentale de ses soldats, la souffrance au retour du front, comment on se réinsère dans son couple, etc., énumère le colonel Arnaud de Peretti, chef du Bureau d’Etudes sur la Société et la Guerre au Commandement du Combat futur. Nous travaillons ainsi énormément sur le sommeil, comment dormir au combat… »

Une réflexion indispensable alors même que monte en puissance la menace d’une troisième guerre mondiale… Ou quand l’histoire met en garde contre le présent, prévenait Jean-Yves Le Naour : « Comme le disait l’historien Marc Bloch : “Si c’est le passé qui vous intéresse, devenez archéologue, si c’est le présent, devenez historien !” »

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