22 janvier 2026

Temps de lecture : 5 min

Nommée entrepreneuse de l’année, Solène Madec (agence BELLE) aime les cocktails économie, business, création, bien dosés !

Nommée entrepreneuse de l'année, Solène Madec co-fonde en 2023 avec Nathalie Alves, Belle. Une agence qui réalise en trois ans, une croissance de 60% dans un climat saturé de mauvaises nouvelles. Par ici l'interview !

INfluencia : vous avez été nommée entrepreneuse de l’année. Expliquez-nous ce que cela représente pour vous et pourquoi avez-vous reçu cette récompense? 

Solène Madec : des entrepreneurs qui fondent leur agence avec leur propre argent, qui lèvent des fonds, qui prennent des risques, il n’y en a pas beaucoup. Des femmes encore moins.

Je pense que mon profil (HEC, Annonceur, puis agence) et le fait que ce soient souvent des marques significatives qui viennent nous solliciter sur des grandes campagnes ont dû interpeller le fondateur du Grand Prix des Agences, Henri-Christian Schroeder, et son comité qui, l’an dernier, avaient déjà élu Belle agence indépendante de l’année.

Pour lui, il était très important d’envoyer un signal très positif au marché qui connait une crise existentielle, une concurrence féroce, et des questionnements quotidiens sur son avenir, sa valeur en face de l’IA… 

IN. : vous étiez chez Babel. Vous quittez cette agence en 2021. Dans quelles conditions était-ce? 

S.M. : nous sommes parties, Nathalie Alves et moi pour créer une agence qui nous ressemble, une agence réellement différente de l’existante que nous co-dirigions. Quand je suis devenue indépendante en juillet 2022, nous étions en pleine réflexion sur le mode de travail que nous allions proposer aux collaborateurs et nous ne voulions pas être obnubilées par la course à la croissance, la pression sur le résultat d’exploitation, etc. Au final, nous avons obtenu une super performance économique et une super croissance. Je crois que Belle a réalisé en 5 ans une croissance de 60 %, et de 40% juste cette année. C’était un gros pari… gagné. 

IN. : vous rachetez votre entité à Laurent Habib ? 

S.M. : oui. Belle, que je dirigeais, a très vite été identifiée, au sein de Babel, comme une entité moderne avec une grande culture digitale avec des clients comme Cogedim, Isover, Saint Gobain. Pour l’acquérir, j’ai fait appel à des business Angels. 

IN. : quels sont les ingrédients de Belle ? 

S.M. : on va quand même le dire, créer son agence aujourd’hui est un risque… Avoir fait HEC, puis avoir choisi dans un premier temps de travailler chez l’annonceur a sans doute été utile pour la suite. J’étais responsable du marketing au sein de la FDJ, et j’y ai notamment relancé le Loto au moment où les jeux de grattage ont tout envahi…

J’ai une vraie passion pour le monde économique et le business, ainsi qu’une grande empathie avec le monde des annonceurs et des marques. Ces passions, ce que j’ai vécu côté marques notamment, m’a permis de cerner leurs problématiques, les aspects politiques, et les vrais sujets d’un directeur marketing ou d’un DIRCOM.

Cette proximité, couplée à ma vision de publicitaire, me permet d’avoir une vue d’ensemble. Avec ma cofondatrice Nathalie Alves, qui vient du monde digital, nous faisons un très bon duo, super complémentaire. Et cela ne date pas d’hier. Ensemble chez Babel, elle, patronne du digital, moi, patronne du Newbiz de notre entité, on gagnait tous nos pitchs ensemble. Et tout cela parce qu’on était dans le même bureau ! Cela méritait qu’on lance notre agence.

IN. : comment travaillez-vous toutes les deux?

S.M. : c’est très simple, moi je suis sur la stratégie et les positionnements, et elle est très forte sur les plans d’action. Ajoutez à cela que nous investissons très fortement sur la création… Et vous avez la formule magique ! Nous avons recruté en 2024 Jean-François Goize qui a eu plusieurs grands prix à Cannes, dont ceux pour la saga McDo et des récompenses pour Carrefour notamment… Car il ne suffit pas d’être bons en business pour faire une Belle (agence), il faut que les créatifs désirent faire partie de l’aventure.  

Jean-François Goize, directeur de la création chez Belle

IN. : après Jean-François Goize, vous recrutez aujourd’hui Didier Aerts, grand créatif qui pendant cinq ans a préféré travailler en freelance… Qu’est-ce qui vous a plus chez lui… ? 

S.M. : nous sommes très heureux de l’accueillir au sein de l’agence. Il a une grande maîtrise de la création. Il a travaillé pour Young & Rubicam, TBWA, BETC, Publicis ou BDDP, mais il a surtout un savoir-être naturel, ce qui est assez rare. Si je vous dis qu’il est gentil cela va vous paraître cucul, mais c’est tellement important. Avec lui, les problèmes ont toujours une solution, que ce soit avec un client, une prod, ou la création.

Il apporte beaucoup à l’agence. Vous savez, on est peut être intelligentes Nathalie et moi, mais le consommateur ne verra jamais nos PowerPoint si beaux soient-ils,  nos tableaux Excel ou nos Word. À un moment donné, ce qui fait la différence c’est la création.

Cet été, nous avons nommé Linda Bouderbala et Rémy Maufangeas, en team depuis dix ans, comme créative lead. Je laisse beaucoup de place aux créatifs pour qu’ils fassent « le saut »… (créatif).

Linda Bouderbala et Rémy Maufangeas

Didier Aerts nouvelle recrue de Belle en tant que rédacteur senior.

IN. : ce serait donc ce dosage entre votre profil business, le digital et la création qui feraient le succès de Belle? 

S.M. : je pense que de mêler ce niveau d’expertise et de passion ça marche ! Moi à la stratégie des entreprises, Nathalie sur les plans d’action et des créatifs de très haut vol sur la création, ça marche du tonnerre ! (Rires). 

IN. : vous n’avez pas embauché de « stars » de la créa, dites-vous… mais plutôt des humains, loin du foin publicitaire… 

S.M. : oui, les stars, je les connais bien pour les avoir croisées à Cannes pendant des années, il n’y en a pas dans notre agence. Nous avons tous choisi ce métier parce que c’est un métier de plaisir, donc le quotidien doit être fait de plaisir.

Pas d’égos surdimensionnés, pas de comportements nocifs, de dérapages incontrôlés… Je dis toujours aux gens, il y a beaucoup de talents sur le marché. Beaucoup. En revanche, les talents dotés d’intelligence humaine c’est plus difficile à trouver… Nous nous devons d’être alignés sur de grandes valeurs. Pour moi, c’est non négociable. Belle, c’est d’abord un état d’esprit. 

IN. : quelles sont vos valeurs chez Belle? 

S.M. : ambition, responsabilité et optimisme. J’impose le plus grand des respects des uns vis-à-vis des autres en interne et à l’extérieur. Car vous imaginez bien que c’est aussi cet alignement qui nous fait rencontrer et travailler avec des annonceurs comme nous. Je veux qu’on se défonce comme des sportifs de haut niveau. Ce qui signifie que parfois on se tôle, parfois on se blesse, mais qu’il faut avoir l’humilité de se dire « on retourne faire nos entraînements. » 

IN. : quel est le rôle de la pub aujourd’hui, a-t-il changé?

S.M. : la publicité peut apporter à la société de la diversité.  À mon niveau, par exemple, j’ai introduit l’obligation à l’agence de présenter systématiquement à nos clients, des réalisatrices. Cela paraît dingue mais les hommes sont surreprésentés encore aujourd’hui dans la pub, et ceux qui disent encore aujourd’hui « ah non, pas de femme sur cette typologie de films » sont légion…

IN. : au final, Belle est un cocktail de ce que vous êtes profondément…

S.M. : j’ai toujours rêvé de créer mon entreprise, et là je me suis sentie prête. j’étais prête à être libre et entrepreneur. Au-delà de la façon de faire ce métier pour les clients, je voulais apporter ma patte, notamment de par mon historique d’ancien annonceur que nous avons déjà évoqué tout à l’heure.

Je voulais créer une nouvelle culture d’agence.  L’ambition et le bien-être ne sont pas incompatibles. J’ai commencé dans la pub en étant mère de jumeaux. Je sais ce que c’est jongler entre vie perso et vie pro. C’est quelque chose que  j’ai réussi et je souhaite que d’autres femmes autour de moi puissent le faire. Au sein de l’agence il y a plein de jeunes mamans et de jeunes papas !  

En savoir plus

Avec un chiffre d’affaires de près de 7 Millions d’euros, BELLE compte aujourd’hui plus de 25 collaborateurs . Après l’arrivée de Jean-François Goize, -connu pour avoir piloté des grandes campagnes devenues iconiques, et saluées aux Cannes Lions : à la fois pour McDo France chez TBWA (no logo, originals) et pour Act for food de Carrefour, chez Publicis, Belle recrute aujourd’hui Didier Aerts, autre directeur de création réputé.

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