Qu’est-ce qui a présidé à ce rapprochement avec Nelly Rodi ?
Nicolas Riou : Nous connaissons Nelly Rodi depuis toujours, nous avions déjà mené des projets impliquant des collaborations avec eux. Quand nous avons appris qu’ils souhaitaient s’adosser à un groupe plus important, nous avons tout de suite été intéressés. Pour trois raisons : d’abord, c’est une marque très puissante, qui apporte une image forte à notre portefeuille. Ensuite, nous avons identifié une vraie communauté de culture et de valeurs avec l’équipe de Pierre-François Le Louët. Enfin, nous pensons qu’il existe de nombreuses passerelles entre nos deux structures, capables de créer des leviers de business additionnel, en répondant de manière plus complète aux besoins actuels de nos clients, qui vont de plus en plus vers des méthodologies hybridées mêlant conseil, social listening, quali et quanti.
Qu’entendez-vous exactement par «méthodologies hybridées» ?
N.R. : Ce sont des approches qui croisent des compétences quanti, quali, social listening, innovation, tendances et planning stratégique. Le groupe Ifop dispose aujourd’hui de toutes ces cordes à son arc, ce qui nous aide à construire des réponses sur mesure aux problématiques de nos clients, en combinant différentes briques méthodologiques qui s’enrichissent mutuellement.
En quoi Nelly Rodi est-elle complémentaire de ces briques déjà présentes chez Ifop ?
N.R. : Nelly Rodi nous apporte une expertise sur les tendances, qui vient nourrir notre approche de «foresight» [prospective].
Car le «foresight» est en quelque sorte le prolongement des tendances à une échéance plus longue. Nous faisons de plus en plus de prospective : dans cette période de forte incertitude, il s’agit d’aider nos clients à imaginer les marchés de demain, à horizon 2035, 2040, 2050.
Cela va enrichir nos workshops et nos compétences en conseil, et nous permettre de déplacer le centre de gravité de l’offre du groupe vers le haut, plus orienté conseil. Une façon aussi de répondre à l’impact, encore incertain mais possible, de l’IA sur le secteur des études.
Ce rapprochement s’inscrit-il dans la continuité de l’impulsion donnée par le regretté Stéphane Truchi [CEO du Groupe Ifop, décédé en 2024] dans le secteur du luxe ?
N.R. : Oui. Stéphane connaissait bien Nelly Rodi depuis longtemps. Son ange gardien nous a peut-être justement rapprochés. Il avait une très belle vision du luxe et de la beauté, et il avait installé cet axe de développement chez Ifop, avec la volonté de proposer des méthodologies à plus forte valeur ajoutée sur la dimension conseil. C’était déjà l’état d’esprit qui avait présidé au rapprochement avec Brainvalue.
Comment va s’organiser ce rapprochement ? Le groupe tient à ce que chaque marque conserve son identité…
N.R. : Effectivement, notre politique repose sur l’idée que les marques constituent la richesse du groupe, en termes de business comme d’image. Chacune a son expertise, et c’est cette complémentarité qui guide le choix des marques qui nous rejoignent. Avec Nelly Rodi, nous sommes dans cette même logique : nous essayons de faire en sorte que 1+1 égale 3, c’est-à-dire que le rapprochement et les synergies mises en œuvre génèrent une croissance additionnelle par rapport à la simple addition des deux chiffres d’affaires.
Qu’est-ce que cela change concrètement en termes de locaux et d’équipes ?
N.R. : Comme Brainvalue, la nouvelle entité reste très autonome dans son management, sous la direction de Pierre-François Le Louët. Il n’y a donc pas de changement organisationnel chez Nelly Rodi ni chez Ifop. Simplement, Pierre-François me rendra compte directement, pour le groupe, afin que je l’aide à maximiser les synergies avec les différentes marques du groupe. Nelly Rodi compte une petite trentaine de salariés – 29 exactement – et restera dans ses locaux, à Cadet. De notre côté, le groupe Ifop est basé dans le bas-Montmartre, à Jules Joffrin.
Le communiqué évoque l’IA générative comme un levier pour Nelly Rodi. En quoi l’IA peut-elle nourrir des recherches plus qualitatives, orientées conseil ?
N.R. : L’IA est une priorité pour le groupe Ifop aujourd’hui. Il s’agit de comprendre ce qu’elle peut apporter à nos clients, de l’intégrer dans nos process de production pour gagner en productivité, mais aussi de développer de nouvelles méthodologies capables de mieux répondre à certains besoins clients. Cela concerne par exemple les « digital twins » – des personas synthétiques, des archétypes composés d’informations générées par l’IA.
C’est l’un des grands axes de recherche du marché des études face à l’IA, et un des domaines sur lesquels le groupe Ifop peut apporter beaucoup à Nelly Rodi.
Où se situe aujourd’hui le groupe Ifop face à ses concurrents ?
N.R. : Nous sommes un acteur de taille moyenne, sur un marché très fragmenté : beaucoup de petits acteurs, deux ou trois très gros en haut du classement, et finalement assez peu d’instituts de taille intermédiaire capables à la fois de faire preuve d’agilité et d’avoir la surface nécessaire pour absorber des enjeux plus lourds pour certains clients.
Comment se répartissent les grands pôles d’activité du groupe ?
N.R. : Il y a un pilier opinion publique. Ensuite, Ifop Marketing propose des solutions pour la banque, la finance, l’assurance et les services, ainsi que pour la grande consommation (FMCG). Et bien sûr, un pôle d’excellence dans l’univers du luxe. L’arrivée de Nelly Rodi va venir renforcer ces différents pôles.
Quand ce rapprochement devient-il effectif ?
N.R. : Il l’est depuis aujourd’hui 8 septembre : l’annonce vient d’être faite, et dès demain se tiennent les premières réunions de collaboration. La montée en puissance va ensuite se faire progressivement, sur trois ou quatre mois. C’est une période d’ « onboarding » mutuel : au-delà des équipes qui ont construit le projet de rapprochement, les autres collaborateurs vont apprendre à se connaître, avant que l’on développe ensemble des offres, des projets et des méthodes communes, et que s’installe progressivement cette nouvelle habitude de travailler ensemble.