Le programmatique DOOH a profondément transformé l’achat média.
En quelques années, il a permis aux marques d’accéder à un inventaire très large et à disposer d’une donnée toujours plus riche pour affiner le ciblage et la diffusion en temps réel.
Mais à mesure que le marché gagne en maturité, une question s’impose : cette sophistication se traduit-elle véritablement en création de valeur pour les annonceurs ?
La prochaine frontière du programmatique ne sera pas technologique, mais business. Dans un marché où la donnée est abondante et l’attention rare, la performance ne se mesure plus à la seule capacité d’exposer une audience, mais à celle de générer de l’influence, de la préférence et, in fine, de l’action.
Le programmatique a transformé les capacités d’activation, mais pas encore suffisamment les usages
Le potentiel du programmatique est considérable. Les marques peuvent aujourd’hui sélectionner des audiences spécifiques, adapter leurs créations en fonction du contexte, personnaliser leurs messages et adapter la pression publicitaire comme les budgets en temps réel et en fonction des flux.
Pourtant, une part significative des campagnes continue d’être exploitée selon des logiques relativement traditionnelles. Beaucoup d’annonceurs utilisent encore le programmatique comme un simple outil d’automatisation de l’achat média alors qu’il ouvre la voie à une approche beaucoup plus intelligente de l’activation.
Prenons l’exemple de la Dynamic Creative Optimization. Cette technologie permet d’adapter automatiquement un message publicitaire en fonction de multiples variables : contexte, météo, heure de la journée, localisation ou profil de l’audience. Pourtant, son adoption reste limitée par rapport à son potentiel réel.
Le paradoxe est là : les outils n’ont jamais été aussi puissants, mais leurs capacités restent largement sous-exploitées.
La véritable révolution du programmatique ne réside pas dans l’automatisation. Elle réside dans sa capacité à rendre la communication plus pertinente, plus contextuelle et plus utile pour le consommateur.
Encore faut-il définir ce que l’on cherche réellement à optimiser.
D’une audience affinitaire à une audience intentionniste : le changement de paradigme
Pendant des années, l’industrie publicitaire a construit ses stratégies autour de la notion d’audience affinitaire. L’objectif consistait à identifier les individus présentant les meilleures affinités avec une catégorie ou un univers de marque : amateurs de mode, passionnés de sport, consommateurs de produits de beauté ou voyageurs fréquents. Cette approche conserve évidemment sa pertinence mais elle atteint aujourd’hui ses limites car une affinité ne se traduit pas nécessairement en résultat business.
Etre intéressé par la mode ne signifie pas être dans une démarche d’achat. Être identifié comme amateur de cosmétique ne signifie pas que l’on s’apprête à acquérir un nouveau produit.
Dans un contexte où les investissements marketing sont de plus en plus scrutés, l’enjeu n’est plus seulement de toucher les bonnes personnes. Il est d’identifier celles qui sont susceptibles d’agir.
C’est ici que le programmatique doit franchir un cap.
La performance ne consiste plus à atteindre l’audience la plus large ou même la plus qualifiée sur le papier. Elle consiste à atteindre la bonne personne au moment où elle manifeste une intention réelle. C’est ce basculement de l’affinité vers l’intention qui doit désormais guider la performance média. Il fait émerger une notion clé : celle du « reach utile », c’est-à-dire la part de l’audience réellement susceptible d’agir.
Ainsi, les marques ont un intérêt stratégique à toucher les personnes les plus susceptibles de passer à l’action plutôt qu’à maximiser artificiellement un volume d’impressions sans impact concret sur leurs résultats.
La donnée seule ne suffit pas
Dans cette recherche d’intention, la question de la donnée demeure centrale.
À l’heure où les annonceurs disposent de volumes d’informations considérables, la question n’est plus la quantité mais la pertinence. La valeur de la donnée dépend de sa qualité, de sa fiabilité, et de sa capacité à refléter des comportements réels.
Par ailleurs, la meilleure donnée perd de sa valeur lorsqu’elle est activée dans un contexte inadapté. Un consommateur n’apporte pas la même attention aux messages diffusés selon qu’il se trouve dans un moment de divertissement passif ou dans une démarche active de découverte, d’achat ou d’expérience. Le contexte reste un multiplicateur d’efficacité souvent sous-estimé.
C’est notamment ce qui redonne toute leur valeur aux environnements physiques directement connectés à l’acte d’achat. Dans les centres commerciaux, par exemple, il devient possible de croiser compréhension des audiences, parcours, visites et centres d’intérêt dans un contexte où le consommateur est déjà engagé dans une démarche de découverte, d’expérience ou d’achat.
La valeur ne réside donc pas seulement dans la capacité à identifier une audience, mais dans la possibilité de l’activer dans un environnement propice à l’action. Car une exposition ne garantit ni l’engagement ni l’action : c’est précisément dans l’articulation entre qualité de la donnée, intention et contexte de diffusion que se joue une part croissante de la performance.
De la performance média à la performance business : le rôle décisif de la mesure
Cette évolution appelle naturellement une transformation de la mesure. Pendant longtemps, les indicateurs dominants du programmatique ont été les impressions et le coût contact. Ces métriques restent utiles mais ne suffisent plus.
Les annonceurs attendent désormais des campagnes qu’elles démontrent leur contribution à des résultats business tangibles : génération de trafic, visites en magasin, engagement, ventes ou incrément de performance.
La question n’est plus seulement : « combien de personnes avons-nous touchées ? », la question devient : « qu’avons-nous réellement changé ? »
Les progrès réalisés dans la mesure permettent aujourd’hui d’apporter des réponses de plus en plus précises. Grâce au croisement de données, à l’intelligence artificielle et aux méthodologies de comparaison entre populations exposées et non exposées, il devient possible d’évaluer l’impact réel des activations.
C’est sans doute là que se situe la prochaine maturité du programmatique : sa capacité à démontrer sa contribution concrète aux objectifs des annonceurs.
Le programmatique est arrivé à un stade de maturité où accumuler davantage de données ou affiner encore le ciblage ne suffira plus. Le prochain changement d’échelle viendra de notre capacité à mieux identifier l’intention, à activer les audiences dans les contextes les plus pertinents et à mesurer ce que les campagnes produisent réellement.
Demain, la valeur du programmatique ne se mesurera donc plus seulement à la précision avec laquelle il permet de toucher une audience, mais à sa capacité à transformer cette audience en action.
C’est à cette condition que le programmatique passera définitivement d’une logique de performance média à une logique de performance business.
Par Candice Mayer-Gillet, Directrice Générale de Westfield Rise Europe
Pour aller plus loin :
Du print à l’affichage digital : l’OOH, un média “au milieu du gué”