IA et emploi : 63 % des 18-25 ans ont peur que l’IA ne détruise leur futur métier, même s’ils en sont de gros usagers
Premiers utilisateurs de l'intelligence artificielle générative, les jeunes Français voient dans l'IA un formidable levier de productivité. Tout en redoutant une menace pour leurs compétences et leur avenir professionnel.
Ils sont les premiers à adopter les outils d’intelligence artificielle générative. Pourtant, cette génération qui dialogue quotidiennement avec ChatGPT et d’autres assistants numériques, est aussi celle qui s’interroge le plus sur les conséquences de cette révolution technologique. Entre gain de temps, dépendance cognitive et incertitudes sur l’emploi, les jeunes Français vivent un paradoxe inédit.
D’après une étude Ipsos réalisée pour CESI en 2025, près de trois jeunes de 18 à 24 ans sur quatre déclarent utiliser une IA générative. Plus d’un tiers des Français (34%) se servent de ce nouvel outil pour effectuer leurs recherches, selon une étude menée en septembre 2025 par Heroiks Pulse pour Peak Ace. Chez la Gen Z, cette proportion atteint 54%. Elle grimpe encore à 70% chez les 18-24 ans qui utilisent Google.
« Près de 40% des jeunes Français ont déjà abandonné les moteurs de recherche au profit de l’IA », nous déclarait récemment Nicolas Marette, le fondateur de Custplace, une plateforme SaaS de gestion des avis.
83% des moins de 25 ans utilisent l’IA pour la recherche d’emploi
ChatGPT, Gemini et autres Claude se sont imposés comme des outils de référence, utilisés pour les études, les projets professionnels ou simplement pour obtenir des réponses rapides à des questions du quotidien.
Dans l’enseignement supérieur, 99% des étudiants se servent de cette nouvelle technologie et ils sont presque autant (92%) à reconnaître un usage régulier, selon une étude publiée par Léonard de Vinci x Talan.
Les jeunes Français sont également de plus en plus nombreux à intégrer l’IA dans leur stratégie d’insertion professionnelle. Selon le premier Observatoire IA & Futur de l’emploi de France Travail, 46 % des demandeurs d’emploi ont déclaré avoir utilisé au moins un outil d’IA au cours de leur recherche d’emploi. Cette proportion atteint 83 % chez les moins de 25 ans.
Chez les jeunes actifs, les usages de l’IA concernent principalement la rédaction de CV et de lettres de motivation, les recommandations d’offres ou encore la préparation aux entretiens. Si ces outils facilitent les candidatures, ils contribuent aussi à homogénéiser les dossiers, ce qui pousse les recruteurs à accorder davantage d’importance aux compétences démontrées lors des entretiens ou des mises en situation.
L’IA, un exhausteur de compétences
Les avantages de l’IA sont nombreux. Grâce à ces outils, les étudiants gagnent du temps dans leurs recherches, les jeunes entrepreneurs élaborent plus rapidement leurs présentations ou leurs business plans, tandis que les salariés automatisent certaines tâches répétitives. Pour beaucoup, l’IA devient un véritable assistant personnel capable d’améliorer la productivité et de stimuler la créativité.
Les établissements d’enseignement supérieur eux-mêmes commencent à intégrer ces outils dans leurs formations. L’objectif n’est plus seulement d’interdire leur usage, mais d’apprendre à les utiliser avec discernement. Demain, savoir dialoguer avec une intelligence artificielle pourrait devenir une compétence aussi essentielle que la maîtrise d’un logiciel bureautique.
Attention au déclin cognitif par trop grande délégation à l’IA !
Mais cette révolution soulève également des inquiétudes. À mesure que l’IA répond aux questions, rédige des textes ou résout des problèmes, certains craignent une diminution de l’effort intellectuel. Pourquoi mémoriser une information ou apprendre une méthode si une machine peut fournir la réponse instantanément ?
Des chercheurs alertent sur le risque d’une dépendance cognitive. Une utilisation excessive pourrait réduire les capacités de réflexion, d’analyse ou de résolution autonome des problèmes. Plusieurs études montrent déjà que les utilisateurs les plus intensifs ont parfois tendance à vérifier moins souvent les informations produites par les outils d’IA, augmentant le risque d’erreurs ou de désinformation.
Une enquête du MIT Media Lab révélée en 2025 a montré que les utilisateurs intensifs de ChatGPT mobilisaient moins leurs capacités cognitives lors de certaines tâches de rédaction, qu’ils mémorisaient moins bien leur travail et montraient une implication cérébrale plus faible que les autres groupes.
Cette préoccupation est largement partagée. En France, près d’un utilisateur sur deux considère la perte de capacités cognitives comme l’un des principaux risques associés à l’IA générative. Les enseignants observent eux aussi une évolution des pratiques. Certains étudiants produisent des devoirs très bien rédigés mais rencontrent davantage de difficultés lorsqu’ils doivent expliquer leur raisonnement à l’oral.
63 % des jeunes ont peur que l’IA ne détruise leur futur métier
Au-delà des études, les jeunes s’interrogent sur leur avenir professionnel. L’IA transforme déjà de nombreux métiers. Les secteurs de la communication, du marketing, de la programmation informatique, de la traduction ou encore de la création de contenus voient apparaître des outils capables d’exécuter certaines tâches en quelques secondes.
Cette évolution nourrit des inquiétudes. Beaucoup redoutent que certains emplois disparaissent ou soient profondément transformés. 63 % des jeunes craignent d’ailleurs que leur futur métier disparaisse au profit de l’intelligence artificielle, si l’on en croît les conclusions d’une étude menée par l’agence Heaven et intitulée BornAI.
Une chose est acquise : les jeunes, qui entrent tout juste sur le marché du travail, devront évoluer dans un environnement où les compétences attendues changeront rapidement.
Apprendre à travailler avec l’IA, sans trop en dépendre
Face à ces bouleversements, un consensus se dessine : l’intelligence artificielle ne doit pas remplacer les compétences humaines mais les compléter. Les experts insistent sur l’importance de conserver des savoir-faire fondamentaux : analyser une information, argumenter, résoudre un problème complexe, collaborer et faire preuve de créativité.
L’enjeu pour les jeunes Français n’est donc pas de choisir entre utiliser ou refuser l’IA mais d’apprendre à en faire un partenaire et un allié. Comme Internet ou le smartphone avant elle, cette technologie est appelée à s’imposer durablement. La différence se fera entre ceux qui s’en servent pour développer leurs compétences et ceux qui en deviennent dépendants.
La jeune génération en ligne de front
Les jeunes Français incarnent aujourd’hui le visage de la révolution de l’intelligence artificielle. Plus connectés, plus curieux et plus rapides à adopter les innovations, ils sont aussi les premiers à mesurer les défis qu’elles soulèvent.
Entre promesse d’une productivité accrue et crainte d’un appauvrissement des compétences, ils avancent sur une ligne de crête. Leur capacité à conserver leur esprit critique, à développer des compétences humaines irremplaçables et à utiliser l’IA comme un outil plutôt que comme une béquille déterminera en grande partie leur réussite dans le monde du travail de demain.