INfluencia : Votre coup de cœur ?
Oriane Tristani : Mes coups de cœur sont tous des hommages aux femmes. D’abord, il y a la BD de Titiou Lecoq et Marie Dubois, « Les Grandes Oubliées de l’histoire », adaptée du livre de Titiou Lecoq. Ce livre est une pépite : il part de l’âge des cavernes jusqu’à aujourd’hui et redonne vie à toutes ces femmes effacées de l’Histoire, ces invisibles qui ont pourtant changé le monde. Ce qui me frappe, c’est à quel point leur invisibilisation a été systématique, souvent pour des raisons différentes mais toujours avec la même volonté de les faire taire. La BD rend ce travail encore plus accessible, et c’est un vrai plaisir de lecture.
Côté cinéma, j’ai adoré « La Rue Malaga », un film réalisé par une femme, Maryam Touzani, avec Carmen Maura. C’est l’histoire d’amour d’une femme de 79 ans, et il y a une scène tellement ahurissante que je ne peux pas la raconter, il faut la vivre. C’est rare de voir ça au cinéma, et c’est bouleversant.
Il y a aussi trois séries qui m’ont vraiment marquée. « Funny Woman » d’abord. C’est l’histoire d’une femme dans les années 1960, partie de sa petite ville de Blackpool pour conquérir Londres et devenir actrice. Ce n’est peut-être pas une histoire vraie, mais elle est drôle, enlevée, et tellement inspirante. Ensuite, « Lessons in Chemistry », qui se passe aussi dans les années 60, une période que j’adore. Elle raconte le parcours d’une jeune femme dont le rêve de devenir scientifique se heurte à une société misogyne. Elle finit par animer une émission de cuisine à la télé, et à sa manière, elle contribue à l’émancipation des femmes au foyer. C’est malin, drôle, et profondément féministe.
Et puis, il y a « Riot Woman », une mini-série britannique qui suit cinq femmes d’un certain âge, cabossées par la vie, qui se retrouvent et se reconstruisent grâce à la sororité et à la musique punk. C’est puissant, c’est drôle, et ça rappelle que la rébellion n’a pas d’âge.
Ma liste de coups de cœur est sans fin. Jane Austen est une de mes autrices préférées. Je collectionne tout ce qui tourne autour d’elle : films, séries, livres. Et récemment, j’ai découvert « The Other Bennet Sister », un roman qui donne la parole à Marie, la sœur du milieu dans « Orgueil et Préjugés », celle dont on ne parle jamais. Timide, un peu gauche, mais profondément libre et authentique, elle devient une héroïne à part entière. J’ai adoré.
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Aucun mot de l’équipe masculine de hockey américaine pour défendre les collègues féminines, elles aussi médaillées d’or
IN. : Et votre coup de colère ?
O. T: Mon coup de gueule ? Cette scène où l’équipe masculine de hockey sur glace américaine, médaillée d’or aux JO, se fait féliciter par le président des États-Unis. Dans une vidéo, on l’entend lancer, avec une ironie lourdingue : « Bravo les gars, super. On va faire une grosse fête à la Maison Blanche. Mais on va être obligés d’inviter les filles aussi, sinon je vais me faire destituer ! » Un trait d’humour d’une misogynie crasse, qui déclenche l’hilarité générale chez les joueurs.
Le pire ? Aucun d’eux n’a réagi. Juste des rires gras, complices, comme si c’était normal. Comme si, une fois de plus, les femmes n’étaient que des figurantes dans leur moment de gloire.
Le comble ? Ce jour aurait dû être le plus beau de leur carrière. À la place, leur attitude leur a valu une volée de critiques. Certains joueurs ont fini par présenter des excuses, mais le mal était fait. Résultat : les championnes, elles, ont décliné l’invitation à s’asseoir parmi les invités d’honneur lors du discours sur l’état de l’Union.
Un accident de ski m’a appris à désacraliser l’urgence, à distinguer l’essentiel du superflu
IN. : L’évènement qui vous a le plus marquée dans votre vie ?
O.T. : Il y a quinze ans, j’enchaînais les journées de travail à un rythme effréné, hyper-investie sur un compte. Trop impliquée, trop émotionnellement engagée… comme si ce projet était ma vie. Et puis, un jour, en skiant, je me suis détruit le genou : ménisque et ligaments croisés arrachés. Opération, douleur, et cette certitude étrange que ce n’était pas un hasard. Mon corps m’a forcée à m’arrêter.
Pour une sportive comme moi, ce fut un choc. On se croit invincible, et en fait on ne l’est pas. Trois mois de rééducation, au début j’ai eu très peur de ne plus pouvoir marcher normalement. Puis, petit à petit, la confiance est revenue. Et contre toute attente, cette période est devenue comme une sorte de congé maternité improvisé (rires). Le soleil inondait ma terrasse parisienne, et pour la première fois depuis longtemps, j’ai vu la vie autour de moi.
J’ai réalisé que ce n’était que du travail. Pas mon âme, pas ma vie. Juste du travail. Cet accident m’a appris à désacraliser l’urgence, à distinguer l’essentiel du superflu. Aujourd’hui, je gère mes émotions différemment, avec ce recul précieux : mon métier est passionnant mais la vraie vie ne se joue pas dans les budgets ou les compétions mais dans ces instants où, clouée sur une terrasse, on redécouvre le ciel bleu.
IN. : Votre rêve d’enfant ou si c’était à refaire
O.T. : Assez tôt, j’ai pensé à la publicité, un domaine qui m’attirait. Mais comme je le disais, « on n’y sauve pas des vies ». Aujourd’hui, si je devais tout recommencer, je choisirais un métier où l’impact serait plus tangible.
À l’époque, j’ai longtemps hésité entre trois voies : une prépa Math Sup bio, une prépa Math Sup classique, ou une prépa HEC. Finalement, j’ai opté pour cette dernière. Mais avec le recul, je pense que j’aurais fait médecine. C’est un métier magnifique, où l’on se sent profondément utile.
Pourtant, je mesure aussi sa difficulté : les conditions de travail sont éprouvantes et c’est un engagement qui ne se vit pas à moitié. Alors, même si l’idée me plaît, je sais que ce n’est pas un choix anodin.
Mon seul « chef-d’œuvre » à ce jour ? Une « cagole marseillaise » dont la tête était si ratée que j’ai dû lui fabriquer un chapeau pour la cacher
IN. : Votre plus grande réussite ? (pas professionnelle)
O.T. : Avoir construit et préservé, année après année, un cercle d’amis incroyablement solide, une quinzaine de copains et copines qui forment ma famille choisie. Comme me le disait récemment l’une d’elles : « Tu es souvent le moteur, le ciment de cette amitié. » Et c’est vrai que ce rôle me va comme un gant. Certains, je les connais depuis 35 ans, des amis d’école, des complices de toujours. On se voit sans cesse : week-ends, vacances partagées, fêtes, projets… Un mélange joyeux et éclectique, où chacun a sa place, qu’on soit en couple, célibataire, avec ou sans enfants.
Je passe un peu pour la « folle de l’organisation
Et nous avons nos rituels. Chaque année, on ouvre l’été à Arcachon (on est toujours une douzaine) et Noël est sacré, lui aussi. Dès janvier-février, on planifie l’année à venir. On se retrouve quelque part au moins un week-end sur deux. J’adore ça. J’adore surtout l’anticipation : réserver les lieux, imaginer les moments… On se moque de moi, je passe un peu pour la « folle de l’organisation », mais c’est mon plaisir. L’attente fait partie du bonheur. Se dire « Ça va être génial » est presque aussi grisant que de le vivre. Ce réseau, c’est mon ancrage. Ma fierté. Parce qu’au fond, la vraie réussite, c’est de savoir s’entourer, et de ne jamais lâcher ces liens.
Ma deuxième réussite : Avoir enfin osé m’inscrire à un cours de céramique – et surtout, me réserver une journée par semaine rien que pour moi. Un luxe absolu. Bon, parlons franchement : pour l’instant, je produis des trucs… très moches (rires). Mon seul « chef-d’œuvre » à ce jour est une « cagole marseillaise » dont la tête était si ratée que j’ai dû lui fabriquer un chapeau pour la cacher. Mais à part ça, elle a du charme, cette cagole !
Depuis le deuxième trimestre, je me lance dans le tour de potier. Et là, c’est une autre paire de manches. Beaucoup plus technique, bien plus exigeant… mais quel kiff ! Avoir les mains dans la terre, sentir le temps filer sans y prêter attention, découvrir un nouveau langage…
Mes 12 bols pourris s’accumulent à la maison
IN. : Votre plus grand échec ? (idem)
O.T. : Mes 12 bols pourris qui s’accumulent à la maison. Chaque semaine, j’en rapporte deux. Et chaque fois, mon mec, avec une politesse héroïque, me lance un « Oh, super… » (rires). Le pire ? Ils sont minuscules. Parce que faire des pièces plus grandes, c’est beaucoup trop compliqué pour l’instant.
Plus sérieusement, j’ai eu un projet auquel je tenais et qui n’a pas abouti. Il y a une quinzaine d’années, je n’ai pas eu une promotion que je convoitais. Ce raté m’a fait douter : « Est-ce que je veux vraiment faire ce métier toute ma vie ? » Parce que ma vraie passion, c’est le cinéma. Une passion dévorante : l’année dernière, j’ai vu 130 films. La semaine dernière, 7. Bref, je vis presque dans les salles obscures.
À une l’époque, j’ai sérieusement envisagé d’ouvrir un cinéma à Marseille. Les signes étaient bons : peu de salles, un public potentiel, une ville en manque de lieux culturels. J’avais même commencé à me renseigner… puis la peur a pris le dessus. Peur de ne pas savoir faire, de me lancer sans filet. Mon étude de marché avait raison (depuis, des cinémas ont ouvert ou été rénovés), mais il m’aurait fallu apprendre le métier de l’intérieur : me faire embaucher dans une salle, comprendre les rouages, ne pas arriver « la bouche enfarinée » en prétendant savoir tout gérer.
Aujourd’hui, je me dis que ce n’est pas trop tard pour assouvir cette envie. Quand j’arrêterai de travailler, pourquoi ne pas rejoindre un collectif qui organise des festivals ? Devenir bénévole dans un cinéma indépendant ? M’occuper de programmation, de rencontres, de ces petits riens qui font vivre le 7e art ? Le cinéma, c’est mon amour inavoué. Et si je n’ai pas osé sauter le pas il y a 15 ans, l’idée est toujours là, tapie. Prête pour un second acte.
Quand quelque chose me plaît, je plonge tête première, de façon un peu obsessionnelle
IN. : Votre addiction?
O.T. : Je suis un peu boulimique culturellement, avec une FOMO (« Fear of Missing Out, ndlr ») aigue pour les films. Tous les mardis, j’attends Télérama comme une enfant attend Noël. Mon mari se moque gentiment de moi parce que je suis leurs recommandations à la lettre. Mais comme j’habite entre le Cinéma des Cinéastes (avenue de Clichy) et le Wepler, je n’ai pas vraiment d’excuse : je vois tout. Ou presque.
Les BD, c’est une autre passion. J’ai dû me calmer – faute de place – mais j’en ai encore entre 3 000 et 4 000 qui traînent chez moi. Oui, c’est beaucoup, je sais. Et puis, il y a mes quatre chats (rires). Bref, la modération n’est pas mon fort. Quand quelque chose me plaît, je plonge tête première, de façon un peu obsessionnelle. En ce moment, c’est la poterie : cours, stages, je ne parle plus que de ça à mes copines. Heureusement, j’ai réussi à arrêter la clope… et je n’ai pas troqué cette addiction contre l’alcool (rires.)
Quand j’étais petite, je rêvais d’être reine. Et une reine a le droit d’entrer chez ses sujets sans prévenir
IN. : quel don aimeriez-vous avoir ?
O.T. : Ce serait le pouvoir de me téléporter partout, comme un super-héros, avec la cape d’invisibilité de Harry Potter en bonus. Pourquoi ? Parce que j’ai une passion secrète : l’immobilier. J’adore visiter les maisons et les appartements des gens. Quand j’étais petite, je rêvais d’être reine. Et une reine, après tout, a le droit d’entrer chez ses sujets sans prévenir. Alors imaginez : pouf ! Je me retrouve dans un loft new-yorkais, puis dans la maison la plus haute de Marseille, puis dans un appartement haussmannien de 300 mètres carrés… Sans frais d’agence, sans rendez-vous, et sans me faire repérer ! (rires)
IN. : Quel personnage de cinéma emmèneriez-vous sur une île déserte ?
O.T. : Je partirais bien avec un personnage inspiré de la littérature, Elizabeth Bennett (la protagoniste principale de « Orgueil et Préjugés », de Jane Austen). Je pense qu’elle pourrait être une super copine. Elle est hyper intéressante, elle a du caractère, elle est indépendante, elle est drôle, elle lit. Je ne m’ennuierais pas avec elle.
* l’Hôtel Littéraire Le Swann, situé au cœur du quartier historiquement proustien de la plaine Monceau et de Saint- Augustin, présente une collection d’œuvres originales sur l’écrivain ainsi que des pièces de haute couture, des photographies, des tableaux, des sculptures. Notre interviewé(e) pose à côté d’une sculpture de Pascale Loisel représentant bien sûr l’auteur d’ « À la recherche du temps perdu »
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