TikTok : derrière le soft power et l’influence, une stratégie économique et militaire de la Chine
Entre TikTok, investissements stratégiques, cyberattaques et montée en puissance militaire, la Chine s’impose comme un acteur géopolitique incontournable et controversé en Europe.
La « creator card » a été conçue pour résoudre les problèmes de trésorerie rencontrés par les utilisateurs qui attendent souvent plusieurs jours ou semaines pour que les paiements soient traités.
Une étude commandée par Visa révèle que 49 % des créateurs ont été confrontés à des retards ou à des irrégularités dans les paiements, ce qui a nui à leur capacité à gérer leur activité, tandis que 41 % ont dû refuser des missions en raison de problèmes de trésorerie.
Accessible sur demande et sans frais d’inscription via l’application TikTok, cette carte est destinée aux utilisateurs âgés de plus de 18 ans qui génèrent des revenus grâce à TikTok live, une fonctionnalité de diffusion en direct où les créateurs reçoivent des cadeaux virtuels (comme des roses) de la part des spectateurs, cadeaux qui sont ensuite convertis en argent. Cette fonctionnalité, lancée en 2020, a été utilisée par plus de 15 millions de personnes en Europe en 2025.
TikTok est un symbole de l’essor de la Chine dans nos sociétés occidentales. Lancée en 2016 par la firme chinoise Bytedance, ce réseau social compte près de deux milliards d’utilisateurs actifs.
Les Etats-Unis sont son deuxième marché avec 153 millions d’adeptes l’an dernier, derrière l’Indonésie (180 millions) et devant le Brésil (130 milions), le Mexique (98 milions), le Pakistan (79 milions), le Vietnam (76 milions) et la Russie (66 milions).
Plus de 23 millions d’utilisateurs réguliers de TikTok en France
L’an dernier, TikTok était la seconde application la plus téléchargée au monde derrière ChatGPT. En France, 23,4 millions d’internautes s’en servent régulièrement. Ses utilisateurs la consultent en moyenne dix fois… par jour. Ce réseau est un des symboles les plus visibles de la « soft power » chinoise.
Utiliser les créateurs pour mieux diffuser son story-telling
En attirant sur ses plateformes des créateurs de contenus populaires, Pékin cherche à les utiliser pour diffuser ses récits.
Ces influenceurs reprennent ainsi des narratifs favorables à la Chine sans apparaître comme des relais officiels. Une méthode que le think tank European Council on Foreign Relations décrit comme « borrowing mouths » (« emprunter des bouches »). La Toile n’est pas le seul terrain de jeu de la république populaire.
« La Chine cherche à influencer les pays occidentaux en contrôlant le discours chinois et le cas échéant, en recourant à la coercition », explique une note publiée dans le Revue Défense Nationale. Les instituts Confucius ont été particulièrement efficaces dans ce domaine. Financés par Pékin, ils proposent des cours de chinois gratuits dans les établissements d’enseignement supérieur.
Récemment, la Chine a menacé de retirer ses instituts si l’université bénéficiaire agissait ou prenait des positions contraires aux intérêts de la Chine, comme la reconnaissance de Taïwan. Certains instituts en Europe sont allés plus loin et ont été accusés d’espionnage par les États qui les accueillaient, ce qui a entraîné leur fermeture. Cette évolution vers une politique plus agressive a conduit à la réduction de deux tiers du nombre d’instituts Confucius aux États-Unis.
La Chine a investi 288 milliards d’euros en Europe entre 2008 et 2019
Quand le soft power ne suffit pas, le gouvernement du Président Xi n’hésite pas à faire pression sur le plan économique. L’Europe reçoit 4% des exportations totales de la Chine. Entre 2008 et 2019, ce partenaire a investi 335 milliards de dollars dans notre continent. Ce flux de cash ne semble pas prêt de se tarir.
Selon la Commission européenne, le stock des investissements directs chinois dans l’UE atteignait 79,8 milliards d’euros en 2024. Les flux annuels ont progressé de 10,6 milliards d’euros en douze mois, dépassant pour la première fois depuis plusieurs années les investissements européens en Chine. Les secteurs les plus ciblés sont l’automobile, l’énergie, les matières premières et les technologies.
La Hongrie est devenue leur principale porte d’entrée, attirant de grands projets comme ceux du constructeur automobile BYD et du fabricant de batteries CATL.
Cette présence commence à susciter des inquiétudes. L’Union européenne considère ainsi la Chine à la fois comme un partenaire mais aussi comme un concurrent économique et un rival systémique.
Cyber-attaques, piratages et soutien aux autocraties : la face noire de l’empire du milieu
Bruxelles a d’ailleurs mis en place un mécanisme de contrôle des investissements étrangers afin de protéger les secteurs stratégiques tels que les semi-conducteurs, les infrastructures et les technologies sensibles. Lorsque la pression économique ne suffit pas, Pékin n’hésite pas à utiliser des méthodes plus contestables.
En 2021, l’OTAN et l’Union européenne ont attribué à des acteurs liés au ministère chinois de la Sécurité d’État la vaste attaque contre Microsoft Microsoft Exchange Server, qui a touché des milliers d’organisations dans le monde.
En 2024, l’OTAN a de nouveau dénoncé des cyberactivités malveillantes provenant de Chine, ciblant notamment des institutions gouvernementales, des entreprises technologiques et des infrastructures critiques européennes. Le Center for Strategic & International Studies répertorie régulièrement les attaques cyber dans le monde.
Pékin soutient ouvertement des régimes non démocratiques comme la Russie et la Corée du Nord.
Une course à l’armement et des centaines de milliards dépensés chaque année
La Chine est, par ailleurs, le deuxième pays au monde en matière de dépenses militaires, derrière les États-Unis. L’an dernier, ce pays a dépensé environ 336 milliards de dollars pour son armée en 2025, soit une hausse de 7,4 % par rapport à 2024, selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI). Taïwan est plus que jamais sous la menace de son puissant voisin.
Le risque d’un confit est réel. « Les activités d’influence chinoises peuvent compromettre la souveraineté et l’intégrité des systèmes politiques visés », prévient la professeure néo-zélandaise Anne-Marie Brady qui est reconnue pour ses travaux sur les opérations d’influence du Parti communiste chinois.
Kevin Rudd ne dit rien d’autre « La Chine de Xi Jinping représente le défi à long terme le plus important pour le système international », note l’ancien Premier ministre australien dans son ouvrage intitulé « The Avoidable War ».
Graham Allison est tout aussi inquiet. « Le plus grand enjeu international actuel, et pour l’avenir prévisible, est la Chine, résume ce professeur à Harvard et ancien secrétaire adjoint à la Défense aux Etats-Unis. Jamais une nation n’a progressé aussi loin, aussi vite, sur autant de dimensions. » Nous voilà prévenus…