25 septembre 2026

Temps de lecture : 11 min

Florian Grill (CoSpirit et FFR) : « Je suis un vrai miraculé »

Florian Grill considère qu’il a fait deux écoles, et que la plus importante, est peut-être celle du rugby. Le CEO et co-fondateur de CoSpirit et président de la Fédération française de Rugby répond au « Questionnaire d’INfluencia », autour d’une madeleine et d’un thé, au sein de l’Hôtel Littéraire Le Swann* – Proust oblige

INfluencia : Votre coup de cœur ?

Florian Grill : C’est le monde associatif, sans aucun doute. J’y vois un lieu qui permet d’embarquer les gens, de leur donner du sens au-delà du quotidien. En septembre, c’est aussi la rentrée de toutes les associations et des clubs sportifs auxquels je suis très attaché, notamment au sein de la Fédération. J’ai une grande affection pour les bénévoles et pour cette idée de “temps long” que le bénévolat incarne : c’est, pour moi, un critère essentiel.

Et forcément, il y a le rugby et tous les clubs amateurs. Parce que ma vision du rugby dépasse largement son rôle sportif : il est d’abord éducatif et citoyen. Éducatif, parce que ce sport est né à l’école et qu’il transmet naturellement des valeurs comme le respect, l’engagement, la solidarité et l’esprit d’équipe, que l’on  retrouve très vite chez les jeunes qui pratiquent le rugby.

Citoyen aussi, parce qu’il y a une vraie diversité d’actions sur le terrain : du “rugby à 5 santé” pour des femmes touchées par le cancer du sein (170 clubs sur les 2000 clubs de rugby en France), du rugby adapté pour des personnes en situation de handicap (100 clubs), du travail dans les quartiers prioritaires (271), et même des actions de job dating. Nous avons 15 % de femmes à la fédération, et 35 % dans les quartiers. Le rugby est vrai un levier d’émancipation.

Ce qui rend cet univers encore plus cher à mon cœur, c’est l’énergie et le temps que les gens y consacrent. Et franchement : sans le bénévolat en France, le lien social se fragiliserait davantage.

La bassesse de certains comportements sur les réseaux sociaux me touche davantage pour ma famille et mes enfants, qui ont parfois du mal à le vivre

IN. : Et votre coup de colère ?

F. G: Mon coup de colère, c’est la bassesse de certains comportements sur les réseaux sociaux : le manque de courage derrière un écran, souvent de façon anonyme, et la facilité à attaquer les autres. En tant que président de la Fédération française de Rugby, je suis assez exposé et c’est vrai que je peux le subir de temps en temps.

Ce qui me touche le plus, ce n’est pas pour moi. Quand on choisit une forme de vie publique, on sait qu’il y aura aussi des critiques. En revanche, ça me touche davantage pour ma famille et mes enfants, qui ont parfois du mal à le vivre.

Heureusement, il y a aussi beaucoup de messages positifs. Je suis sur le terrain tous les weekends, jeudi après-midi, vendredi, samedi et dimanche, et je n’ai au contraire que des satisfactions. Ce qui est surtout étonnant, c’est le contraste : on a des règles et des principes contre la diffamation dans la presse, alors que sur les réseaux sociaux, sous prétexte de liberté d’expression et de démocratie, on a l’impression que tout est permis.

À ce moment-là, je me dis que je suis tétraplégique.

IN. : L’évènement qui vous a le plus marqué dans votre vie ?

F.G. : Deux événements m’ont particulièrement marqué. Le premier, c’est un accident de taxi qui m’a fait craindre d’être tétraplégique. C’était en février 2024. Je sortais de Marcoussis, après une réunion des clubs de Fédérale 1. Je monte dans un taxi : d’habitude, je mets toujours ma ceinture, mais là, j’étais au téléphone. À seulement 100 ou 150 mètres de Marcoussis, un chauffeur ivre, sous cocaïne nous a littéralement foncés dedans à environ 80 km/h. Le chauffard n’a rien eu. Mon chauffeur a été protégé par son airbag et sa ceinture, mais il a quand même été arrêté six mois.

Pour ma part, j’ai tapé très fort sur le plafonnier. Sous le choc, mon téléphone s’est déclenché : il a envoyé automatiquement un message à mon numéro d’urgence, donc à ma femme et à mes deux enfants. Imaginez leur angoisse. Et, pendant ce temps, le téléphone a aussi appelé directement le 112. Dans un brouhaha et avec les deux voitures pliées en deux – vous imaginez la scène – une voix me dit : « Monsieur, vous êtes dans une voiture, est-ce qu’il y a de la fumée ? Est-ce que vous pouvez sortir ? ». Je vois le chauffard et mon chauffeur dehors, tandis que je ne peux pas bouger. À ce moment-là, je me dis que je suis tétraplégique.

J’ai été hospitalisé. J’ai eu un gros choc médullaire et une commotion cérébrale importante. Heureusement, tout est revenu : je suis vivant. Je suis un vrai miraculé.

La danse des joueurs est devenue un marqueur de coordination de l’équipe, un peu le Haka français.

Le deuxième événement est plus joyeux : le titre de champion olympique de rugby à 7 de l’équipe de France. C’est un moment de joie incroyable. Au-delà de la performance sportive, il y a ce sentiment, dans un stade, que le sport peut aider à faire nation, à donner le sourire aux gens. Dans un pays parfois fracturé et tendu, on a besoin de ces moments de communion collective et de joie.

Ce qui restera gravé, c’est aussi l’énergie de tout un stade, la fête. Vous vous souvenez de la danse des joueurs, qui a fait le buzz : elle est devenue un marqueur de coordination de l’équipe, un peu le Haka français.

À l’époque, je me suis dit : “Oh, mais des finales de championnat de France, j’en ferai d’autres.”

IN. : Votre rêve d’enfant ou si c’était à refaire

F.G. : J’ai démarré le rugby à 11 ans. J’avais fait plein d’autres sports, mais j’ en suis immédiatement tombé amoureux. Tout comme mon petit frère – enfin, petit :  il fait 140 kg et lui, il a été champion de France – (rires). C’est un sport qui sublime l’interdépendance entre les gens : On comprend à quel point, sans l’autre, on n’est rien.

Quand j’avais 20 ans, j’étais capitaine de mon équipe en junior – Je faisais du rugby trois fois par semaine – et nous sommes allés en finale du championnat de France. Dès le début de la saison, j’avais dit à l’équipe qu’on irait loin parce que je savais qu’on avait une très bonne équipe. Mais comme j’avais les oraux d’HEC au même moment, j’avais annoncé que je ne pourrais pas jouer la demi-finale ni la finale. Et c’est ce qui s’est produit : je n’ai pas joué. Je suis quand même venu : ils m’ont mis sur le banc. Mais à l’époque, les remplaçants ne rentraient pas, et de toute façon, je me suis dit que je ne pouvais pas me permettre de rentrer, parce que je ne voulais pas prendre le risque de me blesser alors que j’avais les oraux le lendemain.

Aujourd’hui, avec du recul, je me demande si j’ai été trop prudent – ce qui n’est pas mon tempérament – mais j’ai un petit regret : Cela n’aurait probablement pas changé le résultat final parce que le rugby est tellement collectif. En revanche, j’ai raté un rêve : la possibilité de participer à ce moment collectif, l’aboutissement d’une saison. À l’époque, je me suis dit : “Oh, mais des finales de championnat de France, j’en ferai d’autres.” Or, je n’en ai jamais fait d’autres : c’était le plus haut niveau junior de l’époque.

Finalement, j’ai fait le choix des études. J’adorais le rugby : j’en faisais trois fois par semaine, mais pas au point d’y consacrer mon métier. J’avais besoin de cet équilibre entre le rugby, la vie étudiante, puis la vie professionnelle. Et je continue encore aujourd’hui. Je considère que j’ai fait deux écoles, et la plus importante, c’est peut-être celle du rugby.

Terminer le marathon de New York, sans entraînement. Pour quelqu’un de plus de 110 kg, c’est loin d’être évident

IN. : Votre plus grande réussite ? (pas professionnelle)

F.G. : C’est d’avoir réussi, au début des années 90, à courir et à terminer le marathon de New York, sans entraînement. Pour quelqu’un de plus de 110 kg, c’est loin d’être évident et c’est aussi arrivé un peu par hasard.

Des copains journalistes de L’Équipe étaient sur place pour couvrir l’événement. Mon entraîneur de rugby et moi avons dîné la veille avec eux. Nous sortons du restaurant vers 1 h du matin en ayant bien fait la fête et ils nous disent : « nous avons des accréditations pour demain pour courir le marathon », ce qui est pratiquement impossible à obtenir.  « Chiche ». Et nous voilà le lendemain avec des sacs poubelle sur le dos. Vers la moitié de la course, les deux journalistes de L’Équipe se sont arrêtés. Nous, on a décidé de continuer, et nous avons fini -en marchant- en environ 5 heures.

Ce marathon a surtout été un bel exemple de résilience collective. Si nous n’avions pas été deux et nous ne nous étions pas soutenus mutuellement, je n’aurais pu aller au bout. C’est donc une réussite mentale et collective. En revanche, les conséquences ont été très dures : je portais un maillot de rugby, pas du tout adapté à la course. Le frottement m’a provoqué des saignements à l’intérieur des cuisses, et pendant trois jours je n’ai quasiment pas pu marcher, avec une sensation d’avoir les jambes sciées sous les genoux (rires).

J’ai mené une première campagne contre Bernard Laporte au sein de la FFR. En 2020, je perds nettement : c’est donc un échec. Mais trois ans plus tard, nous gagnons

IN. : Votre plus grand échec ? (idem)

F.G. : J’ai répondu à votre question sur ma plus grande réussite, mais en réalité je n’aime pas trop opposer ces deux notions. Pour moi, une réussite peut être la suite logique d’un échec auquel on a donné du temps.

Je vais donc répondre avec un exemple professionnel, même si ce n’est pas directement le thème : quand j’ai cofondé CoSpirit en 1994 avec Olivier Delavoye, l’entreprise a connu une période très critique après l’explosion de la bulle internet. En 2001, nous avons frôlé le dépôt de bilan. À ce moment-là, l’échec était réel et immédiat. Pourtant, nous avons rebondi : aujourd’hui, l’agence compte environ 300 personnes et elle fonctionne durablement. Cette trajectoire montre que l’échec n’est pas une fin : c’est un passage, une épreuve qui peut construire la suite.

Un autre exemple concret : j’ai mené une première campagne contre Bernard Laporte au sein de la Fédération française de Rugby. En 2020, je perds nettement : c’est donc un échec. Mais trois ans plus tard, en 2023, nous gagnons, avec environ 58 % des voix. Là encore, l’histoire confirme ma conviction : un “non” peut devenir un “oui” si l’on travaille, qu’on s’ajuste et qu’on persévère.

Dans ma pratique rugbystique, le plus intéressant, c’est le match perdu, ce qu’on apprend après une défaite. Je suis quelqu’un qui doute en permanence, mais j’ai un doute qui est positif, dans le sens où il me force à me remettre en question et à progresser. Dans ma façon de voir, l’échec n’est pas dramatique. Je le glorifie mais je refuse l’idée que tout se joue d’un seul coup, en blanc ou en noir.

IN.: Votre plus grande fierté ?

F.G. : Ma plus grande fierté, c’est la résilience. Mon accident n’a pas été sans conséquences, y compris physiques, et donc il y a des choses que je fais moins facilement. Je suis en train de travailler là-dessus, et je suis fier de commencer à le verbaliser et à l’assumer.

Je suis aussi fier de regarder le côté positif, et de ne pas m’enfermer dans un “OK, il y a des trucs que tu ne pourras pas faire”. Parce qu’il y a, de fait, des choses que je sais ne pas pouvoir récupérer, mais je refuse de m’enfermer là-dedans. Je préfère avancer en gardant la bouteille à moitié pleine : “Tu es vivant, tu n’es pas tétra.”

Après mon accident, je me suis réorganisé progressivement : dans mon fonctionnement, dans mon environnement fédéral, et aussi dans mon travail chez CoSpirit. Forcément, ce type d’épreuve remet les pendules à l’heure. Mais je réussis à faire front différemment, et je suis fier de cette forme de résilience par l’adaptation.

Vous n’imaginez pas à quel point le fait d’écouter ses enfants – qui sont mes héros – m’a amené à changer de prisme, professionnellement et personnellement.

IN.: Vos héros dans la vie ?

F.G. : Je sais que je ne dois pas parler de mes enfants, mais vous ne pouvez pas imaginer à quel point ils m’impactent et me rendent fier. J’ai un petit regret : à l’époque, quand ma mère, qui était viticultrice, m’a dit : « Je veux des gens pour m’aider », j’avais 15 ans, donc je n’ai pas pu la suivre. Ce sont mes deux sœurs qui ont pris le relais. Et je regrette un peu quand même de ne pas avoir entrepris dans le domaine. Ensuite, c’est ma nièce qui a repris la propriété familiale, puis ma fille a racheté une propriété en terrasse, sur le Larzac. Vivants à Paris, nous croyions avoir fait une fleur de bitume… mais un jour, elle nous a dit : « Non, mais en fait, moi, il y a qu’un truc qui me passionne : c’est le vin. » Elle a fait un Master Vin à la KEDGE Wine School, un BTS Viti-Oeno, un BTS matériel agricole… Et avec son mari, elle gère une propriété de 12 hectares. Elle bosse comme une folle, parce que la vigne, ce n’est pas un cadeau. C’est physiquement éprouvant.

Et puis il y a mon fils : il a fait un Master à l’ESSEC en développement durable, et il a rejoint notre Family Office. Au-delà de CoSpirit, j’ai investi dans une dizaine de start-up. J’avais une règle d’investissement : Tout d’abord : « Je sens bien l’équipe ». Ensuite : « Je comprends le business plan avant d’investir ». Et enfin : « Ça a de l’impact. » Mais mon fils a complètement changé l’ordre : d’abord « Ça a de l’impact », puis « Je sens bien l’équipe. »

Et vous n’imaginez pas à quel point le fait d’écouter ses enfants – qui sont mes héros – m’a amené à changer de prisme, professionnellement et personnellement. Ma fille m’a complètement fait changer ma vision du vin, alors que c’était un ADN familial extrêmement fort. Elle est à fond dans la biodynamie, dans la cristallisation sensible… Le regard de mes enfants est incroyablement inspirant. Sous l’action conjuguée de ma fille et de mon fils, j’ai supprimé la voiture : je ne prends pas l’avion, sauf quand je suis contraint. J’ai aussi diminué ma consommation de viande – j’ose à peine le dire à mes amis du rugby – (rires).

Quand je dis que mes héros sont mes enfants, je veux dire que ma femme et moi sommes profondément impactés par ce qu’ils disent. Grâce à ce qu’ils nous racontent, nous avons changé tellement de choses. C’est dingue. On a tendance à caricaturer en disant que la transmission, ce sont les parents vers les enfants. Mais l’inverse est incroyablement vrai aussi.

En dehors de mes enfants, je n’aime pas trop la notion de héros, parce qu’elle est un peu antinomique avec le rugby. Le héros, il est collectif. Un leader, que ce soit en sport ou en politique, c’est l’expression de la dynamique des gens qui l’entourent.

Finalement, si je devais avoir un héros, ce serait la vigne

IN.: Quel objet emmèneriez-vous sur une île déserte ?

F.G. : Cela dépend un peu de l’ensoleillement de l’île bien sûr, mais admettons que ce soit possible… J’emmènerais un cep de vigne pour le planter, parce que la vigne, c’est une plante incroyable, incroyablement résistante. Et puis, autant être honnête :  j’emmènerais aussi l’idée de pouvoir boire un bon vin, à l’occasion.

Mais au-delà du vin, je le prendrais pour avoir sous les yeux un exemple de résilience. Quand la vigne souffre, elle va chercher au plus profond dans ses racines, et pour moi c’est incroyablement inspirant.

Finalement, si je devais avoir un héros, ce serait la vigne.

* l’Hôtel Littéraire Le Swann, situé au cœur du quartier historiquement proustien de la plaine Monceau et de Saint- Augustin, présente une collection d’œuvres originales sur l’écrivain ainsi que des pièces de haute couture, des photographies, des tableaux, des sculptures. Notre interviewé(e) pose à côté d’une sculpture de Pascale Loisel représentant bien sûr l’auteur d’ « À la recherche du temps perdu »

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L’actualité

– La Fédération française de Rugby

Le XV de France féminin est engagée dans une nouvelle compétition: Trois rencontres sont organisées en France face à la Nouvelle-Zélande à Lyon, l’Australie à Aix-en-Provence et le Canada à La Rochelle. Elles s’envoleront ensuite pour la Nouvelle-Zélande en octobre, où elles affronteront à trois reprises les Black Ferns. Elles jouent ce samedi le Canada à la Rochelle après un match remporté contre l’Australie après avoir joué à 11.

Le XV de France masculin retrouvera le public français en novembre pour la deuxième partie Championnat des Nations. Trois rencontres face aux Fidji à Lyon, à l’Afrique du Sud et à l’Argentine au Stade de France, avec un enjeu : terminer en tête de sa conférence pour disputer la finale à Londres fin novembre face à la meilleure équipe de l’hémisphère Sud.

– CoSpirit

. Après une année 2025 de forte croissance (20 nouveaux clients + 100% de rétention) et une reconnaissance du marché lors du Prix Agences Média de l’Année 2026 le premier semestre 2026 a été consacré à la consolidation des acquis et à l’innovation. Annonces à venir sur le T4 (gains de nouveaux clients et innovations).

. CoSpirit franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de transmission progressive du capital avec le lancement, en mai et juin 2026, de sa première campagne d’actionnariat salarié : 126 ont choisi de souscrire, soit près de 50 % des équipes concernées.

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