Dircom magazine, les fausses « unes » de presse qui font rire (jaune) les directeurs de la communication
Le succès viral d’un magazine parodique intrigue depuis l’été le milieu des directions de la communication... et de la com' en général. Son autrice Bénédicte Vanderschaeve, elle, s’amuse de l’ironie de la situation : critiquer sa propre profession sans jamais avoir quitté ses rangs.
C’est tellement bien vu qu’on se demanderait presque si c’est encore de l’humour. Sur les couvertures inspirées des tabloïds, couleurs rouges et jaunes pétantes, points d’exclamation à tout-va, on ne sait où donner de la tête : quelle accroche est la plus irrésistible ?
Florilège : « Interview : “Moi, perso, j’aurais plutôt mis du vert” par Jean-Claude de la compta », « Disparition inquiétante : on est toujours sans nouvelles du directeur général qui devait envoyer son édito » ou encore ce titre-choc : « Nouveau logo : pourquoi n’ont-ils pas été consultés ? Fabienne et Jean-Claude témoignent : d’accord, on ne s’est pas inscrit au groupe de travail, mais on a quand même le droit d’avoir un avis ! »
Depuis le début de l’été, les vraies-fausses « unes » de Dircom Magazine réjouissent les professionnels des directions de la communication – mais aussi tous ceux connaissent les affres de la production de contenus corporate…
Regard laser, ton caustique, formules ravageuses… On imaginait plutôt une journaliste derrière ce – gentil – jeu de massacre. Fausse piste. Sa facétieuse autrice, Bénédicte Vanderschaeve, est… directrice de la communication dans le logement social.
Bénédicte Vanderschaeve, la directrice de la communication qui se cache derrière le parodique «Dircom Magazine »
Au téléphone, la voix est rieuse et les bons mots fusent. Bénédicte Vanderschaeve a gravi tous les échelons de la fonction communication, d’assistante à dircom. « Chaque année, au moment de la rédaction du rapport annuel, j’ai besoin de me défouler », lâche-t-elle.
La quinquagénaire avoue un goût ancien pour le pastiche : « Depuis mes premiers logiciels de PAO [presse assistée par ordinateur], je concocte des fausses couvertures pour les anniversaires des membres de ma famille, les fêtes du quartier… J’y retrouve les codes de l’humour de la BD.»
« La fausse “une”, c’est un peu le village gaulois d’Astérix : elle permet de dire sans dire, de décontextualiser tout en faisant rire. »
Sur sa première «une» de juin, la dircom s’épanche avec drôlerie sur son quotidien : « Procrastination et rapport d’activité : “La solution, c’est juste de se persuader que ça va intéresser quelqu’un”. » Bénédicte Vanderschaeve envisage un « one-shot ». Mais immédiatement, son post s’envole : 900 likes.
Viennent une deuxième couverture, puis une troisième, jusqu’à la septième, parue le 15 septembre, avec des likes culminant à 2500 pour la deuxième édition : « Ce coup d’essai m’a donné encore plus d’idées. Sur la deuxième couverture, j’ai tout donné ! Ça bouillonnait, ça foisonnait, presque ! »
Punchline dont Bénédicte Vanderschaeve est la plus fière ? « Desigual va lancer une collection à base de publications Linkedin générées par IA. »
Ce petit buzz a-t-il alléché de potentiels recruteurs, attirés par la créativité de la dircom ? «J’ai 59 ans. Je ne suis plus chassée depuis des années ! », s’amuse-t-elle.
L’intérêt des médias (comme, récemment, Le Blog du Communicant) ne la flatte pas plus que ça. Ce serait même plutôt le contraire. « Cela me donne plus de pression… Si j’ai trop de contraintes, l’envie disparaît. »
Un nouvel os à ronger s’annonce pour l’effervescente parodiste : les échéances électorales et leur cortège de communicants politiques : « C’est vrai, je cogite déjà sur les présidentielles ! » Tous aux abris !