16 avril 2014

Temps de lecture : 3 min

Le selfie déforme t-il la perception de soi ?

Et si l'auto-portrait n’était pas aussi léger qu’on le pense ? Ce phénomène de société est en train de redéfinir les critères de la beauté et l'estime de soi. Un constat qui s’amplifie auprès des moins de 30 ans, selon la récente étude de The American Academy of Facial Plastic and Reconstructiv Surgery.

Souvent discutés voire critiqués car trop improbables pour la majorité, les canons de beauté étaient jusqu’à présent diffusés et imposés par les défilés de mode, les annonces publicitaires, les articles ou les reportages. Depuis peu, ils sont aussi dictés par les réseaux sociaux et notamment par ceux axés sur l’image comme Selfienet, Snapchat, ou Instagram, selon la récente étude menée annuellement par The American Academy of Facial Plastic and Reconstructiv Surgery  (AAFPRS), et qui évalue les dernières tendances en matière de demandes esthétiques et plastiques (*).

Le diktat de l’apparence imposé par Selfie, Snapchat, Instagram, FaceTime ou Skype

En 2013, la clientèle d’un chirurgien esthétique sur 3 -composée à 81% de femmes- a augmenté en raison de patients « préoccupés par leur image sur les plateformes sociales ». Parmi les actes les plus réclamés certains ont ainsi augmenté comme les rhinoplasties avec + 10% (demandées à parité par les femmes et les hommes de moins de 35 ans), les implants capillaires avec + 7% (hommes) et les liftings des paupières avec + 6% ou du visage (femmes et hommes). Sans compter la liposuccion du cou (hommes), l’implant de menton (hommes) et la réduction des rides (hommes et femmes) ou des cicatrices dues à l’acné (hommes). Des interventions en augmentation mais sous couvert du naturel et c’est pourquoi des procédures moins invasives que la chirurgie comme l’injection de Botox ou d’acide hyalururonique, les peelings superficiels, le laser, la microdermabrasion constituent de solides alternatives et représentent ¾ des interventions.

L’autre problème soulevé est que ce boum des demandes n’est pas lié qu’à la lutte contre le vieillissement de personnes mûres, car 58% des chirurgiens reçoivent désormais des patients âgés de moins de 30 ans plus que jamais très critiques à leur propre égard. Et qui,  rassurés par les progrès de cette chirurgie en matière de résultats, de cicatrisation et de souffrance ou de coûts abordables, n’hésitent plus à sauter le pas.

Une sévère autocritique avant la quête du paraître et de la popularité

« Il est indéniable que la multiplication des smartphones équipés de caméras et les médias sociaux favorisant le partage de photos et donc particulièrement centrés sur l’apparence jouent un rôle influent dans la vie des personnes de plus en plus jeunes et même chez les adolescents », confirme dans le rapport, Edward Farrior, médecin-chirurgien et président de l’AAFPRS. Une tendance qui ne cesse de prendre de l’ampleur, car, l’an dernier cette même étude avait déjà pointé du doigt le vidéo-chat comme une source d’augmentation de consultations. «Les gens ne veulent pas qu’on se focalise sur leurs (ba)joues, les plis de leur cou ou leurs rides alors qu’ils sont en vidéo conférence via Skype ou FaceTime », soulignait dans la précédente étude, Malcolm Z. Roth, médecin et ancien président de l’association. C’est peut-être aussi l’effet de toutes ces applications qui d’un clic amincissent, gomment un bouton, changent de couleurs les yeux ou blanchissent les dents, mais qui restent éphémères et donc sources d’insatisfaction!

Au-delà du simple besoin de popularité, du paraître ou de se conformer à un style, la principale raison affichée est une forme plus ou moins atténuée de narcissisme pour d’abord contenter son amour propre et bien sûr renvoyer une image parfaite. Mais il y a aussi des motivations romantiques pour décrocher le premier rendez-vous, de séduction renforcée vis-à-vis de son partenaire ou professionnelles pour rester dynamique et compétitif dans le monde du travail. Du côté des moins de 18 ans et même des enfants, il s’agit surtout ne plus être le sujet de moquerie ni de s’enfermer dans une timidité qui les prive de faire partie de ces communautés où l’image est reine. Mais pour l’instant, les chirurgiens interviennent dans ces cas, davantage pour régler des situations déjà anxiogènes (69%)  que pour les prévenir (31%). Plutôt rassurant mais pour combien de temps encore?

Florence Berthier

(*) 2700 membres interrogés.
Source : aafprs.org

La rédaction

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