20 mai 2021

Temps de lecture : 3 min

Seconde main : la fausse B.A ?

En s’offrant un produit d’occasion, les acheteurs ont l’impression de faire une bonne action. Mais les études montrent que cette mode nous encourage à consommer encore davantage.

Se faire plaisir tout en respectant ses principes. Acheter sans culpabiliser. Dépenser sans gâcher. Consommer tout en préservant notre planète. Les adeptes de la seconde vie ont presque l’impression de faire une bonne action lorsqu’ils s’offrent un chemisier ou une veste déjà porté. Plus d’un tiers des cyberacheteurs (34%) ont effectué un achat d’occasion en ligne, selon Foxintelligence. Ce chiffre a doublé en moins de quatre ans. En 2020, 9% des achats non alimentaires réalisés sur la Toile étaient des produits de seconde main contre à peine 3% en 2017. Un Français sur cinq s’offre au moins une fois par an un article culturel d’occasion, d’après Kantar. Le marché de la seconde main est encore loin d’être mature. Une étude du Boston Consulting Group estime qu’il devrait croître annuellement de 15% à 20% lors des cinq prochaines années.

Les acteurs sont de plus en plus nombreux

Les acteurs de ce marché se multiplient comme des petits pains. Présent dans 13 pays, Vinted a déjà séduit plus de 37 millions d’utilisateurs. L’an dernier, 1,3 milliard de ventes ont été bouclées sur la plateforme du plus grand joueur dans la mode de seconde main. Après le textile, ce marché se développe sur de nouveaux secteurs. Back Market propose des équipements électroniques, Selency de la décoration et Beebs des articles pour la puériculture et la petite enfance. La nouvelle licorne française, Vestiaire Collective, vient, pour sa part, de lever 178 millions d’euros pour financer sa croissance stratosphérique.

Le géant du luxe Kering qui possède de nombreuses marques prestigieuses comme GucciSaint Laurent, Balenciaga et Botega Veneta n’a pas hésité une seconde à participer à cette opération financière. « Le luxe de seconde main est désormais une tendance réelle et profonde, en particulier parmi les jeunes consommateurs, constate son PDG, François-Henri Pinault. Plutôt que de l’ignorer, nous voulons au contraire saisir cette opportunité pour orienter l’avenir de notre secteur vers des pratiques plus innovantes et plus durables. » Durable ? Vraiment ?

Toujours plus

Une étude réalisée l’an dernier par la banque Oney montre que le critère du prix est la première motivation pour 86% des Français qui achètent des produits d’occasion ou reconditionnés. La protection de l’environnement n’est citée que par 78% de ces shoppeurs. Les individus intéressés par la seconde vie ont un profil orienté shoppeur (offline et online) et ils ne sont pas réfractaires à la consommation, bien au contraire, si l’on en croît une enquête de Weborama. « Le succès des sites de seconde main peut être lié à notre volonté de ne pas surconsommer mais ces plateformes nous encouragent dans le même temps à acheter de plus en plus d’articles car nous nous disons que nous pourrons facilement les revendre sur la Toile », constate Amélie Aubry, la directrice générale d’Elan Edelman. Les distributeurs traditionnels ont fait le même constat.

Les distributeurs traditionnels pénètrent dans la brèche

E.Leclerc a inauguré en 2018 dans son hypermarché de Roques-sur-Garonne non loin de Toulouse, là même où le premier drive de l’enseigne avait été testé il y a treize ans, son tout premier corner de vêtements de seconde main. Son succès a été immédiat. « Cela a été incroyable, expliquait à LSA, Jean-Paul Oger, adhérent à Moulins et membre du groupe de travail sur le sujet. On a été surpris. Et en année 1, le chiffre d’affaires a atteint 780.000 euros. Nous nous sommes rapidement rendu compte que cela ne faisait pas baisser nos ventes de produits neufs. Et même, au contraire, que cela les boostait. » Avec l’argent récupéré, les clients achètent en effet souvent des articles qu’ils n’auraient pas pu s’offrir faute de budget. La seconde main permettrait ainsi de consommer plus. Les commerçants « physiques » commencent à vouloir profiter de ce filon. E.Leclerc possède aujourd’hui plus de 40 espaces de 170 à 350 m2 dédiés aux produits d’occasion et il compte en ouvrir entre 30 et 40 cette année. Fnac Darty vient, pour sa part, de recruter une « directrice de la seconde main » et Cdiscount met en relation sur son site les particuliers afin de marcher sur les platebandes de Le bon coin. L’arrivée de ces enseignes sur ce marché prouve son potentiel.

Acheter et revendre des articles déjà portés ou utilisés permet de se donner bonne conscience et d’empêcher -un peu- le gaspillage. Mais cette mode en plein essor nous encourage également à consommer davantage. Chaque médaille a son revers…

Therin Frédéric

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