13 janvier 2026

Temps de lecture : 5 min

Que veulent les « vieux » ? Qu’on ne les prenne plus pour des vieux… mais pas que ! Enquête sur une génération qui ne ressemble plus à la précédente

Premiers concernés par l’allongement de la vie, les "vieux" veulent bien vieillir, mais pas seulement. Cette génération, parfois invisibilisée, entend garder sa place dans la société, en montrant ce qu’elle peut apporter à la collectivité. Enquête qui pourfend les stéréotypes.

Dans une société française qui vieillit mais continue à célébrer une jeunesse souvent idéalisée, les seniors sont parfois stigmatisés – attention à ceux qui s’aventureraient à nouveau de les qualifier de boomers -, se sentent pour la plupart peu valorisés, voire carrément ignorés.

Un déni de la vieillesse en pleine « gérontocroissance » ? Etonnant, d’autant que les chiffres de l’Insee sont sans appel :

Les plus de 65 ans devraient constituer un quart de la population en 2040 et plus d’un tiers en 2070.

Plus cashs que les sociologues et marketeurs qui naviguent entre « boomers bohèmes », early seniors et autres nolds (ces moins de 65 ans qui ne se sentent pas vieillir), les seniors sont souvent les premiers à s’appeler « les vieux ».

Mais au fait, entre âge réel, âge social et âge ressenti, à quel âge devient-on vieux ?

La vieillesse, ce sera après 70 ans (ou plus)

En entreprise, on est souvent considéré comme senior un peu avant la cinquantaine et parfois déjà invité à laisser sa place à des collègues plus jeunes. Chez les sportifs, on devient vétéran dès 35-40 ans. Pour les actifs, le départ à la retraite marque une étape symbolique.

Ce changement de vie, qui intervient autour de 63 ans et demi dans le privé, n’est pas pour autant associé à la vieillesse, si l’on en croit les résultats du sondage mené auprès des 18-75 ans par Ipsos.Digital pour la plateforme Zenior et La Nouvelle Agence, rendus publics en décembre 2025.

Si la venue de la vieillesse se situe à 69 ans en moyenne, les premiers concernés repoussent très nettement ce seuil : pour 68 % des 55-75 ans, ce ne sera pas avant 71 ans et plus !

De quoi donner une perspective aux 20 % des 18-34 ans qui imaginent que la vieillesse pointera le bout de son nez vers 50 ans ou moins…

Les usages priment sur l’âge

Urbains ou ruraux, à 65 ou 100 ans, vivant à domicile, en habitat partagé, en maison de retraite ou en Ehpad, les vieux ont une grande diversité d’habitudes.

« Les vieux sont avant tout des habitants et des usagers des services publics, qui se définissent moins par leur âge que par leurs usages », a d’ailleurs observé Pierre-Olivier Lefebvre, délégué général du Réseau francophone des villes amies des aînés (RFVAA), au salon Silver Economy Expo, qui s’est tenu fin novembre 2025 à Paris.

Pour tous, vieillir c’est changer progressivement de rythme dans son quotidien, ses activités ou ses déplacements. Puisque l’on vit désormais plus longtemps en bonne santé mais aussi lorsque l’autonomie commence à régresser, les attentes sont très différentes à chaque étape du parcours de vie.

Pour sonder ces attentes, rien de mieux que de leur donner directement la parole. Le RFVAA a mis en place une démarche participative avec des ateliers réunissant habitants, professionnels et élus, qui sont un préalable à la mise en place de plans d’action et d’adaptation.

Une attente forte d’activités intergénérationnelles

Le troisième baromètre du RFVAA, publié fin 2025 à la suite de ces ateliers, a précisé la diversité de leurs besoins. Aux premières places du top 30, ils citent :

  • 70,2 % veulent pouvoir pratiquer des activités intergénérationnelles
  • 68,8 % appellent à la constitution d’instances de consultation des aînés
  • 66,7 % entendent bénéficier d’actions et de dispositifs de prévention en matière d’autonomie, de services et de soins disponibles
  • 60,8 % demandent des formations pour utiliser les nouvelles technologies
  • 56,5 % veulent être orientés grâce à un interlocuteur unique en cas de problème de santé.
  • 55,6 % ont besoin de commerce de proximité.

« Les vieux veulent d’abord continuer à être en relation avec les autres et pas seulement dans une compensation de ce qu’ils ne peuvent plus faire, a poursuivi Pierre-Olivier Lefebvre. Cela suppose que ce qui existe soit adapté à leur rythme et à leurs usages. Les prestations adaptées à ceux qui en ont besoin arrivent dans un deuxième temps et doivent s’inscrire un parcours de vie. »

Pierre-Olivier Lefebvre (RFVAA), Martine Gruère-Arnaud (Old’Up) et Dominique Consille (ANCT) au salon Silver Economy Expo en novembre 2025.

Un espace à vivre à tous les âges de la vie

Pour bien vieillir dans une société plus inclusive, les vieux attendent de pouvoir évoluer dans l’espace commun en toute sécurité. Cela suppose d’aménager la voirie, d’installer de bancs ou de fauteuils urbains adaptés à leurs besoins…

Pour la mobilité, les transports en commun ne doivent pas être des repoussoirs… Dans les petites communes dépourvues de transports en commun, des solutions de covoiturage entre habitants gagnent à être mises en place.

Les seniors veulent aussi pouvoir bénéficier de tiers lieux où assister à des conférences ou de structures pour continuer à faire du sport. Les conciergeries sont utiles pour trouver une réponse aux petites questions et réparations du quotidien

A Nice, le dispositif Artisans confiance séniors dresse une liste d’artisans « de confiance » pour réaliser de petits travaux à domicile chez les personnes âgées.

Vieillir chez soi : un choix de plus en plus affirmé…

Un logement adapté joue un rôle fondamental dans le maintien de l’indépendance et du bien-être des aînés, rappelle le baromètre du RFVAA. Vieillir chez soi, dans un cadre familier et sécurisé, est une priorité pour de nombreuses personnes âgées.

C’est aussi ce que souligne une note de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publiée en septembre 2025 sur la base d’une étude réalisée en 2023 :

74 % des Français n’envisagent pas de vivre dans un établissement pour personnes âgées dans le futur

Cette proportion a fortement augmenté sur les deux dernières décennies, passant de 53 % en 2001 à 74 % en 2023. Quelle que soit la classe d’âge considérée, de moins en moins de personnes se déclarent favorables à vivre en établissement dans le futur.

Contrairement aux idées reçues, c’est d’ailleurs déjà le cas, même en cas de perte d’autonomie. Dans un rapport de 2024, l’IGAS notait que plus des trois quarts d’entre elles vivent à leur domicile et non en Ehpad. Idem pour plus de la moitié des personnes lourdement dépendantes, mais au prix d’une très forte mobilisation de l’entourage : 36 heures hebdomadaires d’implication des aidants contre moins de 9 heures pour les professionnels.

… qu’il convient d’anticiper

Si les Français soient favorables au maintien à domicile, seuls 6 % des logements ont été adaptés et 10 000 chutes mortelles par an sont encore à déplorer.

Pour espérer passer ses vieux jours le plus longtemps possible à domicile, il est essentiel d’anticiper les évolutions, avait noté Martine Gruère-Arnaud, vice-présidente de l’association Old’Up à Silver Economy Expo :

« De 60 à 75 ans, c’est trop tôt pour adapter son cadre de vie. Après 85 ans, c’est trop tard. Au milieu, c’est un peu : j’y pense et puis j’oublie… »

Cette association, qui veut « donner du sens à l’allongement de la vie », se place du côté de la population et applique une « pédagogie Montessori pour les vieux » : favoriser l’autonomie des personnes âgées, dans l’esprit de la devise « Aide-moi à faire seul » de Maria Montessori.

Dans le prolongement de son enquête nationale sur le cadre de vie des personnes âgées, Old’Up a publié un guide des bonnes questions à se poser pour mieux anticiper et prendre au bon moment les bonnes décisions pour vivre jusqu’au bout selon ses propres choix.

Une opportunité pour les petites villes

Le vieillissement de la population étant « encore plus important dans les territoires ruraux et dans les petites villes », les élus doivent avoir une approche globale qui touche au commerce, à l’habitat, à la mobilité, aux services publics et au patrimoine, expliquait à Silver Economy Expo Dominique Consille, directrice des programmes Action cœur de ville et Petites villes de demain à l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT).

« L’adaptation des logements et la création de maisons de retraite ne suffissent pas. Penser un espace public plus inclusif peut être une opportunité pour revitaliser ces villes qui ont souffert de l’étalement urbain et de l’installation des centres commerciaux en périphérie », ajoute-t-elle.

Issus de générations d’après-guerre et du baby-boom, qui ont beaucoup fait évoluer la société et dans lesquelles les femmes de conquis une autonomie par le travail, les vieux d’aujourd’hui entendent désormais prendre toute leur place et faire évoluer le regard sur les aînés.

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