3 mars 2021

Temps de lecture : 9 min

Observatoire Cetelem : le sans contact pour le meilleur et pour le pire

Chaque année l’Observatoire Cetelem part à la rencontre des Européens pour connaître leur moral, leurs intentions de consommer, voir ce qui a changé dans nos mode de vie, et notamment les effets de l’extension des champs et des pratiques sans contact. Des réponses contrastées selon les pays.

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Voilà maintenant un an que le grand méchant Covid a créé une crise sans précédent. Un an que nous essayons de ne pas trop perdre le moral, mais les Français n’en peuvent plus et leurs proches voisins ne vont guère mieux. « Depuis plus de 20 ans que le baromètre de l’Observatoire Cetelem* scanne l’humeur des Européens, c’est seulement la deuxième fois qu’il enregistre une telle déflagration », souligne Flavien Neuvy, économiste et directeur de l’Observatoire, qui publie les résultats de son enquête auprès de 14200 individus interrogés dans 15 pays.

Une situation globale qui inquiète…

Premier constat : quand on demande aux Européens « comment va votre pays ? », ils sont très pessimistes. Sans surprise, par rapport à 2020, la note moyenne de confiance s’établit à 4,7 points (-0,7 point). Il faut remonter à 2015 pour trouver une note inférieure. Tous les pays sont affectés par la baisse dans des proportions plus ou moins importantes. L’Allemagne reste le plus optimiste (5,7 sur 10 mais en baisse de 0,8%). Avec – 0,9 pt, la France connaît la troisième plus forte chute avec un score de 4,4…

… Mais une situation personnelle mieux perçue

En revanche, lorsqu’on demande aux Européens, « et vous, comment ça va ? », ils considèrent toujours que leur situation personnelle est meilleure que celle de leur pays. Ce sentiment est encore plus marqué cette année, avec une moyenne en Europe de 5,7 (soit une petite baisse seulement de 0,3 par rapport à 2020), et en France de 5,9 (contre 6,1 en 2020). « Il est intéressant de constater que les Français sont toujours pessimistes sur l’avenir de leur pays mais pour autant ils sont plutôt confiants sur leur propre situation et l’écart s’est même accru », réagit Flavien Neuvy. Un optimisme qui s’explique par le fait que malgré la crise sanitaire et les discours anxiogènes, les mesures conséquentes prises par le gouvernement – le fameux « quoiqu’il en coûte » – pour soutenir les ménages, ont empêché un cataclysme économique personnel.

Consommation en baisse, épargne en hausse : la machine économique au ralenti

Alors que l’imprévisible est l’une des caractéristiques majeures de la crise sanitaire, les Européens affichent une grande prudence. Sans surprise, seuls 34 % prévoient d’augmenter leurs dépenses de consommation dans les 12 mois à venir (-6 pts par rapport à 2020). Seuls les Portugais(+3 pts), les Allemands (+2) et les Britanniques affichent (+1) des intentions légèrement en hausse. Les Français, quant à eux, (29 % seulement pensent augmenter leur consommation) se situent au niveau de la moyenne européenne.

Par un effet de balancier, les intentions d’épargner davantage sont à la hausse. Une volonté logique face à une consommation contrainte dans un contexte sanitaire incertain. Plus d’un Européen sur deux témoigne de cette volonté (+3 pts par rapport à 2020). La plupart des pays du Baromètre ont enregistré des croissances spectaculaires du taux d’épargne : triplement en Espagne et au Portugal, scores dépassant les 25 % en France, en Belgique et en Allemagne.

Quels que soient ses moyens, moins d’envie de consommer

La morosité est telle que l’envie même de dépenser n’est plus là. Près d’un Européen sur deux le reconnaît, qu’il ait ou non les moyens. 55 % des Français subissent une véritable anémie consumériste (+12 pts). Seuls les Italiens affichent des envies de dépenses très nettement à la hausse (+3 pts). Alors quels types de produits et services pourraient malgré tout tenter les consommateurs ? Le cocooning vécu pendant de nombreux mois profite aux équipements et services qui permettent de s’évader. Les plateformes vidéo et les consoles de jeux ressortent gagnantes des intentions d’achats (+5pts). Pour la plupart des autres postes c’est une sorte de statu quo qui est enregistré. Un signe supplémentaire, sans doute de l‘attentisme consumériste des Européens.

Une stabilité du pouvoir d’achat en trompe-l’oeil

37 % des Européens estiment que leur pouvoir d’achat a baissé, un résultat en hausse de 5 points par rapport à 2020. Dans tous les pays on assiste à un sentiment partagé de dégradation du pouvoir d’achat et parfois même dans de très fortes proportions comme en Roumanie (-16 points) ou au Portugal (13 points). Un seul pays se distingue : la France ! Souvent critiques pour estimer qu’ils ont de moins en moins les moyens de consommer, alors que les chiffres montrent le contraire, nos compatriotes pour une fois sont à contre-courant. « Il est évident que les mesures de chômage partiel, parmi les plus favorables en Europe ont contribué également à cet état d’esprit positif », commente le directeur de l’Observatoire.

Le sans contact, une source de sentiments contrastés

Dans cette période compliquée, le sans contact est devenu roi. Certes la vie sans contact n’est pas apparue spontanément, les signes de son émergence étaient déjà présents il y a des années, mais la crise sanitaire a accentué à la fois sa présence, ses pratique et surtout la perception qu’en ont les Européens. Une vie sans contact qui génère des sentiment contrastés, où le positif le dispute au négatif et qui est perçue différemment selon les zones géographiques.

– Premier enseignement : quand on demande aux Européens ce qui symbolise le mieux la vie sans contact, 48 % répondent : « la crise du Covid », suivis par 37 % qui citent « le paiement sans contact », 35 % « les communications virtuelles entre les gens » et 33 % « le télétravail »

– deuxième constat : L’Observatoire a demandé aux interviewés quels termes symbolisaient pour eux la vie sans contact . «Il est très frappant de voir que les termes négatifs resortent bien plus que les positifs. 73 % associent au moins un terme négatif à la vie sans contact contre seulement 58 % un terme positif », commente Flavien Neuvy. Et un mot se détache nettement du lot : la solitude (43 % la placent au premier rang), témoignage d’une mise à distance physique qui s’est exacerbée avec le Covid. Trois autres sentiments négatifs sont ensuite associés par les Européens à la vie sans contact : la tristesse (31%), notamment en France, au Portugal et en Espagne, la difficulté (23%) et la peur (21%). Et cela pèse sur toutes les générations, même si l’on voit que les plus de 50 ans et les moins de 24 ans sont les plus impactés. Il es également intéressant de noter qu’on vit dans une Europe à deux vitesses, « l’Europe du Sud est beaucoup plus méfiante sur la vie sans contact », détaille Flavien Neuvy. Le premier item positif arrive seulement en 5è position, c’est le côté pratique (20 % des opinions), puis la facilité (17%), le progrès (16%), la liberté (14%) et l’entraide (10%). – troisième enseignement : « La crise a accentué le développement des pratiques sans contact dans la société, mais pas autant que je le pensais », s’étonne Flavien Neuvy. Seuls 39 % en Europe (en France 43%) répondent en effet par l’affirmative et 73 % estiment qu’elles existaient avant. « La crise sanitaire nous a fait rentrer de plain pied dans la vie sans contact avec de nouvelles pratiques qu’on n’imaginait pas une seule seconde avant le 15 mars », constate Flavien Neuvy. Des pratiques qui font désormais partie de la vie quotidienne des Européens, 8 sur 10 affirment qu’elles sont présentes au jour le jour

La vie sans contact, entre contrainte et insatisfaction

Constater la réalité de la vie sans contact ne signifie pas pour autant qu’elle soit naturellement acceptée. 6 Européens sur 10 vivent les évolutions qui lui sont liées comme une contrainte. Évolutions subies mais aussi jugées plutôt défavorablement puisqu’elles plaisent seulement à 45 % des Européens, à 37 % des Français, mais à 56 % pour les Britanniques et 52 % les Allemands…
Cette vie sans contact se concrétise par un ensemble de pratiques qui génèrent également des opinions contrastées. Un domaine emporte une majorité d’opinions positives, c‘est celui de la santé et de la sécurité sanitaire (44 % affirment que ces évolutions sont positives pour ce secteur). Mais pour tous les autres items, on voit que la vie sans contact est plutôt vécue négativement, et souvent même ils rassemblent plus de la moitié des personnes interrogées comme pour les relations amoureuses (56 % des réponses), l’enseignement, la liberté (54%), l’économie du pays et la confiance entre les gens.

Des tâches du quotidien simplifiées, une mise à distance regrettée

Un an après, on le voit, les gens en ont carrément assez de la vie sans contact. Mais quand il s’agit de la regarder sous un angle plus concret, les Européens font preuve de plus d’optimisme pour souligner ses avantages : faire ses courses en ligne (79%), s’informer par écrans interposés (76%), utiliser le paiement sans contact (74%) gérer son budget et accomplir à distance des démarches administratives (73%) , se divertir en ligne (67%) se cultiver virtuellement (64%), télétravailler (62%) … recueillent une grande moisson de « like ». En revanche le pouce est tourné vers le bas pour tout ce qui concerne la vie sociale, les Européens n’aiment pas faire une rencontre à distance (26%), être loin de leurs amis (40%) et apprendre à se connaître en visio (41%%).

Dans le détail, les réponses des Européens diffèrent selon les pays ; les Français sont ainsi les moins enthousiastes à faire les courses en ligne (51 % versus 73%), ils restent loin des champions britanniques et ne suivent pas l’engouement toujours plus grand des Espagnols (+36 % d’intérêt cette année). Question culture en ligne, les Italiens devancent les autres nations (70 % versus 58%)…

Facile pour moi, moins pour les autres

Alors finalement, facile ou difficile la vie sans contact ? « Plutôt facile nous disent les Européens avec, une nouvelle fois, un distinguo sensible entre ce qui relève du général ou du particulier », répond Flavien Neuvy. 53 % des interviewés affirment en effet qu’il est difficile pour la société de s’adapter à ces pratiques sans contact mais 66 % estiment qu’ils s’y adaptent facilement ! « Un jugement « qualitatif » sur une vie sans contact boostée par la pandémie vient préciser cette dichotomie entre « collectif » et « personnel », explique Flavien Neuvy. Ainsi 48 % jugent que le renforcement des pratiques sans contact est négatif pour la société alors que seulement 42 % le pensent à titre personnel

Entre innovations technologiques et distanciation physique : un équilibre à trouver

Les témoignages des Européens montrent qu’ils louent la pratique de la vie sans contact, particulièrement au quotidien . Ils font également émerger de façon latente de sérieuses réserves quant à la qualité des relations humaine qu’elle engendre. Et lorsqu’on interroge plus précisément ces mêmes Européens pour savoir si la vie sans contact physique affaiblit, voire dégrade les relations humaines, trois quarts d’entre eux l‘affirment clairement (77 % en France).

Un développement inéluctable qui laisse à désirer

Et demain ? L’Observatoire a également interrogé les participants sur le futur. 80 % sont persuadés que le sans contact sera de plus en plus présent dans la société. « Chaque crise violente dans le passé s’est transformée en un accélérateur de tendances, rappelle Flavien Neuvy. Là c’est la même chose, le sans contact était quelque chose qu’on voyait apparaître, la crise a accéléré le phénomène, on vivra dans un monde de plus en plus sans contact ». Et il ajoute : « Pour autant quand on demande s’il est souhaitable ou non que le phénomène s’accélère, il n’y en a plus que 53 % qui le réclament. Je pense qu’il restera des choses et d’autres sur lesquels on reviendra quand la crise sanitaire aura disparu ».

Le télétravail : le point d’interrogation des prochaines années

67 % des Européens affirment que le télétravail a bien fonctionné (69 % pour les Français, 72 % pour le Royaume Uni et 79 % pour la Suède) sur le plan technique. « cela montre un certaine forme d’adaptation et d’adaptabilité », reconnaît Flavien Neuvy. « Mais quand on leur demande : « dans l’idéal préférez vous travailler uniquement sur votre lieu de travail, uniquement chez vous, ou parfois sur votre lieu de travail et parfois chez vous », les réponses sont mitigées, 43 % des Français répondent qu’ils veulent juste travailler sur leur lieu de travail et 39 % un mix des deux »

Et le directoire de l’Observatoire Cetelem conclut : « je pense que quand on sera débarrassé de ce satané virus, on ne reviendra pas comme avant, mais ce sera un entre deux et il y aura des conséquences profondes et durables dans tout un tas de secteurs, le commerce, l’immobilier, l’aménagement du territoire, etc. C’est un des effets de la crise qui aura le plus de conséquences à long terme ».

* chaque année l’Observatoire interroge les Européens et décortique les grandes tendances de consommation . Les terrains de l’enquête consommateurs quantitative ont été conduits par Harris Interactive du 27 novembre au 8 décembre 2020 dans 15 pays : Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Espagne, France, Hongrie, Italie, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Slovaquie et Suède. Au total, 14 200 individus ont été interrogés en ligne (mode de recueil CAWI) âgés de 18 à 75 ans ( méthode des quotas, sexe, âge). 3 000 interviews ont été réalisées en France et 800 dans chacun des autres pays.

Musnik Isabelle

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