6 janvier 2026

Temps de lecture : 3 min

Médiamétrie : comment « le bon élève » a diminué son bilan carbone de 27% sur le cloud et amélioré sa notation RSE de 17 points

Cinquième médaille d’argent EcoVadis consécutive, un score de 74/100 et une progression de +17 points depuis le lancement de sa stratégie RSE : Médiamétrie revient, avec Victor Vermelle, responsable stratégie RSE, sur les leviers de cette accélération et sur ce qui a réellement changé en interne.

À l’heure où la confiance dans la data, les médias et les plateformes est de plus en plus questionnée, la mesure d’audience ne relève plus seulement de la technique. Elle devient un sujet stratégique, voire politique.

Pour Médiamétrie, acteur central de la mesure en France et en Europe, la RSE s’impose désormais comme un socle de crédibilité, de transparence et de souveraineté.

Gouvernance, achats responsables, impact environnemental du numérique : Victor Vermelle, responsable stratégie RSE, décrypte les transformations à l’œuvre dans un métier en pleine mutation.

INfluencia : Utilisez-vous l’intelligence artificielle pour mesurer ou optimiser votre performance RSE ?

Victor Vermelle : Oui, mais avec prudence. Nous utilisons l’IA pour des usages ciblés du quotidien, notamment pour benchmarker nos pratiques, par exemple en analysant des rapports RSE afin de nous situer et progresser.

En parallèle, nous avons mis en place un comité de pilotage IA interne afin de nous assurer que ces usages respectent à la fois la protection des données et nos engagements environnementaux. L’IA est un outil d’aide, pas une fin en soi.

INfluencia : Vous préparez actuellement votre rapport RSE. Où en êtes-vous ?

Victor Vermelle : Nous lançons la rédaction en début d’année pour une publication prévue en juin. Ce sera notre cinquième rapport RSE, basé sur les données 2025.

Ce qui a changé depuis nos débuts, c’est la structuration. En 2020, nous avions des actions, mais pas de stratégie formalisée. En 2022, nous avons bâti une véritable stratégie RSE, fondée sur une analyse de matérialité, une gouvernance dédiée et un pilotage régulier.

INfluencia : C’est cette structuration qui explique votre progression de +17 points chez EcoVadis ?

Victor Vermelle : Exactement. EcoVadis évalue moins les résultats bruts que la solidité des politiques et de la gouvernance mises en place.

Nous avons nommé un responsable RSE, intégré la RSE au Comex, instauré des référents dans chaque direction et mis en place des suivis trimestriels. La RSE ne se pilote plus une fois par an, mais en continu.

INfluencia : Comment ces transformations sont-elles perçues en interne ?

Victor Vermelle : Très positivement. La RSE apporte du sens aux métiers. Un responsable achats ne pilote plus seulement le coût, la qualité et le délai : il intègre désormais des critères RSE.

Nos équipes sont fières de concevoir des équipements de mesure plus sobres, plus efficaces énergétiquement, mieux éco-conçus. Sur les sujets sociaux, d’éthique ou de transparence, la RSE est vécue comme un facteur de fierté collective.

INfluencia : Vous visez -50 % d’émissions de CO₂ d’ici 2030. Quels sont les leviers les plus complexes dans un métier fondé sur la data ?

Victor Vermelle : Notre empreinte carbone est relativement modérée -entre 4 000 et 5 000 tonnes de CO₂ par an- mais la difficulté réside dans l’explosion des volumes de données liée au digital, au streaming et à la fragmentation des usages.

Nous avons travaillé avec nos prestataires pour optimiser nos infrastructures : processeurs plus performants, stockage différencié (chaud/froid), migration des données vers la France, où le mix énergétique est moins carboné. Résultat : -27 % d’émissions sur le périmètre cloud.

INfluencia : Mais cette optimisation a ses limites…

Victor Vermelle : Oui. Si les volumes de données continuent d’augmenter, les émissions repartiront mécaniquement à la hausse. C’est pourquoi nous travaillons désormais en amont, dès la conception des mesures : éco-conception des projets, questionnement systématique sur l’impact carbone, sélection des fournisseurs dès le départ.

L’enjeu est de réduire le volume de données à traiter “by design”.

INfluencia : Les achats responsables semblent centraux dans votre stratégie.

Victor Vermelle : Ils le sont. Environ 80 à 85 % de nos émissions relèvent du scope 3, donc de nos fournisseurs. Nous avons priorisé notre “top 100” -les fournisseurs représentant 70 % de notre empreinte carbone- avec lesquels nous menons un dialogue régulier : bilan carbone, trajectoires, plans d’action.

La RSE pèse aujourd’hui 33 % dans l’évaluation de nos fournisseurs lors des appels d’offres. C’est un changement structurel.

INfluencia : Médiamétrie revendique une mesure transparente et indépendante. En quoi la RSE devient-elle un enjeu de souveraineté ?

Victor Vermelle : La souveraineté se joue aujourd’hui sur la mesure d’audience elle-même. Face à la croissance des plateformes internationales dans le paysage médiatique, disposer d’une mesure indépendante est un enjeu démocratique.

La réglementation européenne, via l’European Media Freedom Act, reconnaît la mesure d’audience indépendante comme un instrument essentiel de régulation.

Nos mesures reposent sur sept principes clés : transparence, impartialité, comparabilité, proportionnalité, inclusion, non-discrimination et vérifiabilité. C’est ce cadre qui fait de Médiamétrie un véritable architecte de la confiance.

INfluencia : Comment voyez-vous l’évolution des mesures d’audience face aux enjeux environnementaux et à l’IA ?

Victor Vermelle : Les mesures évolueront avec les usages et les contraintes environnementales. L’impact de l’IA sur l’énergie et les ressources pose de vraies questions, parfois même des tensions entre innovation et sobriété.

Nous avançons par tests, avec notre comité IA interne, pour nous poser les bonnes questions avant de déployer. L’enjeu est de concilier performance, confiance et responsabilité.

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