14 octobre 2021

Temps de lecture : 4 min

Luc Wise, The Good Company : « Nous avons un rôle à jouer dans « la politique du monde »

Avec son accent irrésistible tout droit venu de Plymouth, Luc Wise fondateur de celle qu’il surnomme affectueusement,  » The Good Co », convaincu que vie personnelle et professionnelle doivent aller dans la même direction vertueuse,  annonce son entrée dans le club encore très fermé des entreprises à mission. Un « dossier de première importance », précise-t-il,  porté au sein de la structure, par Céline Picoré Skrzynski.

INfluencia : vous êtes une des premières agences de communication à plonger dans le bain de l’entreprise à mission. Qu’est-ce que cela implique ? Pourquoi les agences sont elles à la traine ?

Luc Wise : la loi Pacte est récente (NDLR, la loi PACTE, a été promulguée le 22 mai 2019 ). Près de 260 entreprises en France sont inscrites dans l’observatoire qui répertorie ces dernières. Sidièse y est inscrite, nous sommes effectivement agiles et aptes, par notre taille, à nous soumettre à des engagements qui demandent un engagement sans faille.

IN.: dans l’immédiat, il n’y a aucun cadre légal, pas d’organisme particulier dédié aux entreprises à mission ? Comment procède-t-on ?

L.W. : la loi Pacte en est la garante. Pour en faire partie, il y a un vrai travail fait à l’interne, de partage de concepts, d’engagements. La raison d’être est bien plus qu’une belle phrase, même si elle est aujourd’hui utilisée à tort et à travers. C’est une cohérence de pensée autour du rôle et de la responsabilité de l’entreprise. Ensuite, il est vrai, qu’il n’y a pas à proprement parler de vrai registre aux greffes du tribunal, pas de cadre légal, l’objectif est d’en compter 10 000 à horizon de 2025. Chacun a pour objectif de se fixer un cadre RSE qui l’engage réellement. Des objectifs qui sont audités par un organisme extérieur. C’est… une vraie mission !

IN. : quels sont précisément vos engagements ?

L.W. : il y en a cinq, dont découlent 18 points précis à atteindre (lire en résumé, ci-dessous). Travailler avec des annonceurs qui œuvrent pour un monde plus juste et durable, contribuer à la transition énergétique, former aux bonnes pratiques environnementales et sociales et favoriser l’insertion sociale et professionnelle, oeuvrer pour une répartition plus juste de la richesse créée, lutter contre toutes les formes de discrimination…

IN. : quelle est la moyenne d’âge de vos collaborateurs ? Et leur implication dans la philosophie de The Good Co?

L.W. : ils ont en moyenne 34 ans,  sont hyper-concernés. Ils y tiennent beaucoup à leur nouveau statut. D’une part parce qu’ils sont acquis à ce type de raisonnements, sinon ils ne sauraient pas chez nous (rires). Par ailleurs, nous nous rendons compte que nous avons besoin existentiellement d’être cohérents, en accord avec nos idéaux. Le temps des grands écarts entre bons sentiments, et actes est n’est plus à l’ordre du jour. Il y va de la « santé mentale » de tout un chacun.

IN. : que pensez-vous apporter de plus ou de différent d’une agence telle qu’Utopies ?

L.W. : Utopies est une entreprise formidable pionnière sur les enjeux RSE en France. Elle a été fondée en 1993 et reste plus que jamais une référence en la matière de conseil, d’innovation et stratégies RSE. The Good Co n’apporte pas plus, mais différemment. Notre cœur de métier est un peu différent ; nous sommes une agence créative qui a fait le choix de mettre la force de la créativité, -notamment à travers des campagnes de communication-, pour promouvoir des modes de vie plus justes et plus soutenables. C’est cette raison d’être que nous avons inscrit dans nos statuts.

IN. : en tant que citoyen comment percevez-vous la France, sa politique, ses avancées dans ce domaine?

L.W. : au regard des urgences sociales et environnementales auxquelles nous sommes confrontés, la politique est l’affaire de tous et de toutes. La politique, -au sens de la bonne conduite de la société-, est trop importante pour être laissée aux seuls politiques. Celle-ci passe aussi par nos choix de consommation, de mode de vie, de nos choix professionnels. Les citoyens français ne s’y trompent pas en considérant que les entreprises ont autant de responsabilités que les gouvernements quant à la santé et la société. (cf. voir étude « Life reimangined : mapping the motivations that matters for today’s consumers » d’Accenture). Le monde de l’entreprise ne peut pas être apolitique. Lorsqu’elle décide par exemple de délocaliser sa production ou de ne pas s’acquitter de ses impôts dans un pays, elle fait également un choix éminemment politique.

IN. : The Good Company est par essence missionnaire… Que vous apporte exactement le « label » entreprise à mission ? Un cadre, une légitimation ? Ne vous sentez-vous pas un peu seul… face à vos consoeurs?

L.W. : au-delà de sa dimension économique, quel rôle l’entreprise peut-elle jouer dans la société ? Quel est le rôle qu’elle joue par rapport à la société et par rapport à la planète ? Elle est là l’avancée. Nous avons un rôle à jouer dans « la politique du monde ». Ses impacts ne sont plus simplement économiques. L’apport de la loi pacte et le statut d’entreprise à mission nous donne un cadre, des obligations, des objectifs à atteindre, une clarté d’esprit partagée. En 1970 Milton Freedman considérait que la responsabilité sociale de l’entreprise était d’accroître les profits… Il a fait beaucoup de mal en considérant que l’entreprise n’avait qu’une finalité économique. Le grand mal entendu nait au début des années 80. La révolution néolibérale de ces années-là a voulu nier ses impacts sur la planète et les hommes. Un aveuglement qui revient comme un boomerang aujourd’hui… La loi Pacte permet de rappeler que nous n’avons pas qu’une finalité lucrative. Un rappel à l’ordre salutaire.

IN. : qu’avez-vous pensé de l’action de 180Amsterdam Planet Vs. Bolsonaro, campagne de AllRise ?

L.W. : je crois beaucoup dans la capacité de la communication à faire bouger les lignes. Les associations environnementales comme Greenpeace, Extinction Rebellion, ou aujourd’hui AllRise avec cette campagne ont toujours fait preuve d’une très grande créativité pour éveiller les consciences et mobiliser l’opinion publique. Lorsqu’AllRise dit que les crimes contre la nature sont aussi des crimes contre l’humanité , cela me paraît absolument juste. On a trop longtemps dit que le réchauffement climatique était un problème environnemental alors que c’est aussi un problème humanitaire, sanitaire, géopolitique. Le réchauffement climatique est le grand problème de l’humanité.

 

 

En résumé

Les principales missions conséquentes des 5 engagements piliers de The Good Company.

Avoir en permanence dans notre portefeuille clients, a minima 25% de notre MB réalisés avec des acteurs de l’économie sociale et solidaire ;

Reverser 1% de notre CA à des associations environnementales, via 1% for the planet ;

En développant une politique de formation des plus jeunes, en engageant au moins 2 contrats d’apprentissage ou de professionnalisation par an ;

  • En s’engageant à régler les travailleurs indépendants sous 30 jours date de réception de facture ;
  • En termes d’écart salarial, le ratio du salaire le plus bas / le salaire le haut de l’entreprise, ne pourra excéder 10 ;
  • En formant l’ensemble des collaborateurs de l’entreprise, à raison de 4H par an et par personne, contre les inégalités de sexe, de genre, de race, etc. mais aussi en formant les managers à la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, et enfin en s’assurant que tous les collaborateurs connaissent leurs droits pour qu’ils soient en mesure d’identifier les situations de harcèlement.

Cristina Alonso

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