Oui l’ia produit vite. Et en quantité instantanée. Correctement avec des textes fluides, calibrés, sans faute, sans angle mort, sans mot plus haut que l’autre non plus. Des prises de parole qui ressemblent à des prises de parole. Des contenus qui performent au sens mécanique du terme.
Pourtant, plus elle produit, plus quelque chose devient rare. Une voix. Une vraie.
Etre visible c’est une chose. Etre respecté, identifiable, c’est différent. On ne parle plus de visibilité, mais d’autorité. Cette dernière a un prix : celui de l’incarnation.
Le grand malentendu : on croit encore que la bataille est rédactionnelle
Elle ne l’est pas. Elle se joue sur l’incarnation et c’est une toute autre guerre. Ce que l’ia ne sait pas
faire pas encore vraiment (et peut-être jamais vraiment) ce n’est pas écrire, c’est être quelqu’un.
Elle peut imiter un ton, reproduire une structure, simuler une émotion, avec une précision troublante,
mais elle ne porte ni vécu ni contradictions, ni risque ni coquille, ni accident d’écriture.
Or c’est précisément cela qui capte l’attention aujourd’hui. Et les chiffres le confirment avec une netteté qui devrait donner à réfléchir à tous ceux qui pilotent des stratégies de contenus. Une enquête de Deloitte en 2024, révèle que 70 % des personnes familières avec l’ia générative estiment que les contenus qu’elles produit rendent la confiance en ligne plus difficile.
68 % craignent d’être trompés ou arnaqués, 84 % réclament un étiquetage obligatoire.
En France, 58 % des répondants déclarent faire moins confiance au contenu créé par une IA qu’à ceux rédigés par des humains. Et même si la méfiance recule avec l’usage, 52 % de la population française se déclare encore méfiante à l’égard de l’IA (Baromètre du numérique 2026, Arcep) Ça fait une sacrée quantité de méfiants. Et côté marketing client : près de deux personnes sur trois préfèrent désormais du contenu “piloté par des humains”. 64 % en hausse par rapport à 60 % l’année précèdent.
Or ce qui fidélise et ce qui vend, c’est en grande partie l’atout confiance. Le signal est net. Et il s’amplifie. Plus l’ia inonde les espaces de prise de parole, plus le public développe un instinct de détection (et nous avons tous un radar à fake qui s’active) et une forme de nostalgie active pour ce qui porte une signature humaine réel.
Ce qui disparaît, ce n’est pas le contenu médiocre. C’est le contenu interchangeable.
Et c’est là que beaucoup d’experts, y compris des communicants chevronnés font encore fausse route. Il pense que bien écrire suffit. Que structurer suffit. Qu’être pertinent suffit. Mais dans un monde où n’importe qui peut produire du contenu correct en 30 secondes, la différence ne tient plus au “quoi” ni même au “comment”.. Elle tient au “qui”. D’où ça parle. Qui le porte. Pourquoi cette personne-là, maintenant, sur ce sujet.
Ce que l’ia a rendu obsolète, ce n’est pas la mauvaise communication. C’est la communication sans auteur.
Quand tout peut être imité seule l’incarnation résiste
On peut aujourd’hui cloner une voix en quelques secondes. Générer un texte indiscernable d’un texte humain en quelques lignes. Produire une vidéo sans jamais apparaître devant une caméra. Bref, faire semblant n’a jamais été aussi simple. Voici le Canada Drive de l’authenticité.
Et pourtant, précisément parce que c’est technologie progressent, une évidence de plus en plus massive s’impose : ce qui n’est pas incarné devient suspect car non vérifié. Ce qui n’a pas de corps, pas de regard, pas de trajectoire assumée, pas de position qui coûte quelque chose à défendre… devient remplaçable. Vite.
A l’inverse, une prise de parole qui est parfait imparfaite, demeure, elle, réelle. Un point de vue situé, une expérience racontée sans filtre de mise en scène, ce sont des actifs rares. Presque précieux. Et en tout cas stratégiques. Nous arrivons à trouver unique et luxueux un contenu film et cousu main ou écrit maladroitement, parce qu’il est honnête, a le courage de n’’être pas plus pas moins que ce qu’il vient amener, et assume pleinement sa rugosité dans son authenticité.
Le retour du corps dans la communication
On pensait que le digital allait désincarner de nos échanges. C’est rigoureusement l’inverse qui se
produit. On assiste à un retour massif de la vidéo face camera, de la voix brute, de podcasts, de
vocaux, de lives non scriptés, et de formats longs, imparfaits, mais portés par quelqu’un de reconnaissable.
Je me surprends à apprécier les textes contenant quelques coquilles, ou du moins, d’être bien plus tolérante qu’auparavant face à ces accidents d’écriture. Non pas parce que le médiocre et la négligence sont devenus des standards acceptables, mais tout simplement parce que cela rassure. Le texte devient vulnérable, donc réel.
Boutayna Burkel, Fondatrice de The Helpr, auteure et spécialiste des vulnérabilités au travail, déclare
“Les gens utilisent l’IA comme un outil d’autocorrection sociale pour éviter d’être discriminés ou
rejetés. La peur du mépris social encourage encore plus à utiliser l’ia sans garde-fou.
Dans une hiérarchie où la légitimité passe encore par des textes parfaitement orthographiés et une syntaxe irréprochable, le moindre écart peut exposer à la disqualification. L’IA agit alors comme un filtre Instagram : elle embellit, lisse, corrige… mais au prix d’une singularité qui se retrouve photoshopée. Résultat : des discours propres, mais aseptisés, où les aspérités disparaissent.”
Le corps est devenu dans la communication n’ont pas comme tendance esthétique mais comme
signal de crédibilité. Parce qu’on ne consomme plus seulement du contenu, on cherche à ressentir
quelqu’un derrière les données. Les données confirment cette bascule à l’échelle des organisations.
Le contenu publié par des personnes génère en moyenne huit fois plus d’engagement que le même
contenu diffusé par une page entreprise, (LinkedIn, 2025).
82 % des salariés se disent plus enclins à rejoindre une entreprise dont le PDG communique activement sur les réseaux sociaux, selon plusieurs études récentes, (DSMN8, 2024). Le dirigeant est devenu le premier média de son organisation. Son image personnelle, un actif stratégique mesurable, pas une question égo, une question de confiance préalable.
Ce que ça change vraiment pour les dirigeants et leurs équipes de com’
Si tout le monde peut désormais produire du contenu avec l’ia, produire n’est plus un avantage
compétitif. C’est une commodité. L’avantage, c’est l’incarnation.
Un dirigeant invisible devient interchangeable. Un expert sans visage, devient remplaçable. Une
marque sans voix humaine identifiable devient fragile, structurellement fragile, pas conjoncturellement.
Et 73 % des consommateurs considèrent aujourd’hui légitime que les PDG prennent position sur des enjeux sociétaux (baromètre Edelman, 2025). Ce n’est pas une injonction militante. C’est un indicateur de confiance. C’est ce qui, au moment de la décision, fait pencher la balance. Aucune IA ne peut substituer durablement cela.
Trois bascules à opérer maintenant
Si vous ne deviez retenir qu’une chose : il ne s’agit pas de produire plus. Il s’agit de s’exposer mieux. Concrètement, cela implique trois changements de posture.
Le premier : passer du contenu à la présence . Arrêter de se demander “quoi publier ?” et
commencer à se demander “comment j’apparais ?” Ce sont deux questions radicalement différentes, et seule la deuxième stratégique.
Le deuxième: assumer une voix située. Arrêter de chercher le ton parfait ou le consensus qui ne
froisse personne. Prendre position. Raconter. Nuancer. Déranger parfois, parce que ce qui ne dérange personne ne retient personne.
Le troisième : réintégrer, le corps dans la communication. Parler. Montrer. Enregistrer. Filmer. Réseauter et connecter. Même imparfaitement, et surtout imparfaitement. L’imperfection n’est plus un défaut à corriger.
C’est la preuve que quelqu’un est vraiment là. Bien sûr, ne tombons pas dans le piège du vrai faux
défaut recréé ou de la fausse faute d’orthographe pour “faire authentique”. Etre humain n’en devient
pas moins rester professionnel., recrée non plus pour faire Authentique. Cela doit sentir votre parfum
au-delà du prompt et du code généré.
L’humain a de beaux jours devant lui parce que ça nature-même attire et rassure ses congénères.
Dans un monde saturé de contenus lisses, calibrés générés à la demande, ce n’est plus la qualité formelle qui fait la différencie. C’est la réalité. Le problème ou plutôt l’opportunité, la voici : demandez-vous comment votre ia dirait “je t’aime” ou “merde”. Puis demandez-vous comment vous l’exprimeriez. Les émotions déclenchent des maladresses ultra humaines logées dans une maison intérieure dont il y a n’a pas encore les clés.
Quand l’autorité fait foi
A force d’être entraînée, l’ia va continuer à écrire. Et de mieux en mieux, de plus en plus vite. C’est
inévitable et c’est loin d’être un problème en soi, rassurez-vous. Car plus elle écrira, plus une évidence s’imposera à ceux qui communique pour exister : ce qui fera la valeur d’un message, ce ne sera plus son contenu. Ce sera son auteur. Et là on ne parle plus de visibilité mais d’autorité. Et donc aussi de singularité.
La présence de l’auteur. Son incarnation. Sa capacité à dire, et à assumer qui il est fera toute la différence : ce que je dis, je le porte. Place au vécu, à la chair et au retour de la soif de l’autre.
La question n’est donc plus “est-ce que c’est bien écrit ?” mais “est-ce que je crois à la personne qui parle ?