23 janvier 2026

Temps de lecture : 3 min

« Les robots représentent entre 30% et 90% du trafic des éditeurs de presse », Yan Gilbert (Botscorner)

Fondé en 2017, Botscorner renseigne les éditeurs de presse sur le trafic non humain présent sur leurs sites internet et qui est, de fait, effectué par des bots, ces programmes informatiques automatisés qui exécutent des tâches répétitives. Son CEO, Yan Gilbert, revient sur le combat inégal -mais pas forcément perdu d’avance- que les groupes de presse livrent aux géants de la tech.

INfluencia : Quel est l’impact des bots sur les éditeurs de presse ?

Yan Gilbert : Dans le passé, les éditeurs diffusaient leurs contenus sur des supports papier et leurs revenus étaient, en grande partie, générés par leur diffusion par abonnement et par la publicité. Quand Internet est apparu, ils ont tenté de reproduire un modèle similaire mais leurs flux de recettes ont été concurrencés par des sociétés qui pillaient leurs contenus allégrement.

IN : Quel est l’ampleur de ce phénomène ?

Y. G. : Les robots représentent entre 30% et 90% du trafic des éditeurs de presse. Les groupes les plus importants ne sont pas forcément ceux qui sont les plus pillés. Certains titres peuvent être très connus et avoir peu de lecteurs en raison de la niche qu’ils occupent et des prix parfois très élevés de leurs abonnements mais ces supports sont particulièrement visés par les bots.

IN : Qui se charge de lutter contre ces robots chez les éditeurs de presse ?

Y. G. : Ce sujet est souvent traité par les responsables SEO et les directeurs techniques des groupes de presse mais ces services sont toujours sous-staffés. Les crawlers qui collectent les données sur leurs sites deviennent pourtant un sujet de plus en plus important et l’IA n’a pas arrangé cette situation. Bien au contraire.

IN : Pourquoi ?

Y. G. : Depuis le lancement des plateformes d’IA générative pour le grand public, comme ChatGPT, on constate que le pillage des contenus des éditeurs de presse s’est encore accéléré.

IN : Comment lutter contre ce phénomène et inverser ce balancier ?

Y. G. : La première chose est de bien s’informer car l’information, c’est le pouvoir. Une des missions de notre société et de remonter à nos clients les informations des bots qui viennent crawler leurs sites et d’identifier les entreprises qui contrôlent ces robots. Ces données peuvent notamment permettre de bloquer les bots indésirables.

IN : Peux-t-on contraindre les géants du web à payer les contenus qu’ils pillent sur la Toile ?

Y. G. : Cela commence déjà à être le cas. Il est possible de contacter les entreprises qui se cachent derrière les bots pour les encourager à signer des contrats de licence. Des partenariats sont possibles.

IN : Trouver ces sociétés n’est toutefois pas aisées et c’est encore plus vrai pour les petits éditeurs qui n’ont pas les moyens de se payer les services d’une direction technique…

Y. G. : C’est vrai. Les plus grands groupes de presse comme Le Monde, Le Figaro, Les Echos, Le Parisien ou Ouest France peuvent rechercher, sans l’aide de personnes, ces entreprises et les encourager à signer des contrats de licences. Les plus petits éditeurs peuvent, eux, faire appel à des mandataires spécialisés dans ce secteur.

IN : Les groupes de la tech commencent-ils à passer à la caisse ?

Y. G. : Pour certains, c’est le cas. Les plateformes d’IA génératives refusent, elles, de payer sous prétexte qu’elles ne sont pas rentables. Elles reversent ainsi moins de 1 milliard de dollars par an eux éditeurs de presse. Mais si ces groupes disent ne pas avoir l’argent pour donner plus, ils n’ont aucun problème à investir 200 milliards de dollars pour accroître leurs nombres de serveurs.

IN : Qui sont vos principaux clients ?

Y. G. : Nous avons des clients en France, en Allemagne et au Canada. Parmi eux, on trouve Prisma, Le Point, Les Echos, Le Parisien, Le Monde, Le Figaro et Ouest France. Nous collaborons également avec des éditeurs de presse spécialisé dont Infopro et les Editions LVA qui publient notamment La Vie de l’Auto. Ce titre, par exemple, est particulièrement visé par les robots, car il est le seul à publier l’argus de voitures rares et anciennes et ce type d’informations est particulièrement précieux pour les bots.

IN : Vous encouragez donc les éditeurs à prendre le taureau par les cornes…

Y. G. : Si les groupes de presse ne font rien, ils vont voir tous leurs journalistes partir les uns après les autres pour fonder leurs chaînes YouTube même si peu d’entre eux parviendront à en vivre. Je plaide donc pour le lancement de négociations saines et équilibrées avec les entreprises qui utilisent des bots afin de les encourager à payer.

IN : N’est-ce pas là le combat de David contre Goliath ?

Y. G. : Cela peut y ressembler, mais rappelez-vous qui a remporté ce combat…

Allez plus loin avec Influencia

les abonnements Influencia

Les médias du groupe INfluencia

Les newsletters du groupe INfluencia