29 mai 2026

Temps de lecture : 2 min

Les créateurs ne louent plus leur influence, ils créent leurs marques. Anatomie d’un mouvement de fond qui concurrence les annonceurs

Le marketing a longtemps construit des audiences pour vendre des produits. Les créateurs-entrepreneurs inversent la logique : ils arrivent avec une audience existante, puis développent des produits autour d’elle. Ce modèle tend à se répandre avec ses acteurs, ses outils et une nouvelle manière de penser la construction de marque.

Pendant longtemps, les créateurs ont monétisé leur notoriété en collaborant avec des marques. Mais une rupture s’opère : beaucoup ne veulent plus seulement être des ambassadeurs, ils veulent devenir propriétaires de leur activité.

Le changement est profond. L’audience n’est plus vue comme un simple levier de visibilité, mais comme un actif capable de soutenir une marque dans la durée.

Aux États-Unis, le phénomène s’est accéléré avec des marques comme Feastables de MrBeast ou Chamberlain Coffee de Emma Chamberlain. En France, la dynamique commence aussi à se structurer avec des initiatives comme Le Bon Moment portées par Kyan Khojandi et Donatien Bozon.

Donatien Bozon résume bien ce basculement lorsqu’il explique que les créateurs ont longtemps “loué leur influence” à des marques tierces avant de décider de l’utiliser pour construire leurs propres actifs.

Sans cohérence, l’audience ne suffit pas

Avoir une grosse communauté ne garantit pas le succès. Ce qui compte, c’est l’alignement entre l’identité du créateur, le contenu qu’il produit et ce qu’il vend.

MrBeast construit Feastables dans la continuité directe de son univers. Snoop Dogg s’appuie sur un capital culturel installé depuis des décennies. En France, Squeezie montre avec Ciao Kombucha qu’un produit peut fonctionner même lorsqu’il n’a pas de lien évident avec le contenu, à condition que l’identité globale reste cohérente.

Le point commun entre ces exemples n’est pas la taille de leur audience. C’est le sentiment de continuité entre la personne, le discours et le produit. L’identité du créateur devient alors la vraie valeur de la marque et le produit n’en est souvent qu’une extension.

Le buzz ne suffit pas

Le contre-exemple le plus cité reste Prime Hydration, lancé par KSI et Logan Paul. Le démarrage a été spectaculaire, mais les ventes ont ensuite fortement ralenti au Royaume-Uni, avec des produits bradés dans certaines enseignes.

Le problème ne venait pas du lancement. Il venait surtout de la difficulté à transformer un énorme pic d’attention en habitude de consommation durable.

En France, la marque de bijoux Boboche d’Isabeau Delatour illustre une autre limite du modèle. Le lancement a très bien fonctionné, avec des ruptures de stock immédiates. Mais la marque a ensuite dû ralentir, notamment parce que la structure n’était pas encore dimensionnée pour absorber cette croissance.

Dans les deux cas, l’audience a permis de créer une forte demande. Elle n’a pas suffi à construire une marque durable.

Isabeau De La Tour pour Boboche

Le modèle devient une industrie

Ce qui relevait encore récemment d’initiatives individuelles commence désormais à s’industrialiser.

Des structures comme Banger Ventures prennent en charge la logistique, la distribution ou le développement produit pour permettre aux créateurs de se concentrer sur leur image et leur communauté. L’objectif n’est plus seulement de lancer un produit dérivé, mais de construire de véritables marques de grande consommation. Le Bon Moment suit une logique proche côté production et financement de contenus.

En parallèle, les créateurs élargissent progressivement leurs ambitions. MrBeast ne se limite plus à l’alimentaire et dépose désormais des projets autour de la téléphonie ou de la banque. Les distributeurs, eux, commencent à considérer les creator-led brands comme une catégorie stratégique capable de générer du trafic et de l’attention.

Mr Beast

Le phénomène n’a plus grand-chose d’expérimental. Le créateur-entrepreneur n’est plus simplement un relais média. Il devient une marque à part entière, avec sa propre audience, ses produits et parfois même son infrastructure. Ce modèle ne remplace pas le marketing traditionnel. En revanche, il redistribue une partie de la valeur et oblige les marques à revoir certaines certitudes.

La vraie question n’est plus de savoir si le phénomène est crédible. Les chiffres ont déjà répondu. Le sujet désormais, c’est la vitesse à laquelle les marques vont s’adapter et leur capacité à distinguer un simple pic de lancement d’une marque réellement durable.

En résumé

  • Les créateurs ne louent plus leur image, ils construisent des actifs.
  • Sans alignement entre contenu, communauté et produit, le modèle ne tient pas.
  • L’audience seule ne crée pas de valeur : la cohérence de l’identité est centrale.
  • Le modèle se structure avec l’émergence d’acteurs dédiés comme Banger Ventures et Le Bon Moment.
  • Le pic de lancement n’est pas une marque : Prime Hydration et Boboche rappellent que l’infrastructure compte autant que l’audience.

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