Le perfecto, nouvel uniforme de la grande bourgeoisie ? «Se donner des airs de faux loubard transgressif, c’est une rébellion de beaux quartiers »…
Le blouson de biker a quitté les épaules des rebelles pour rejoindre les dressings féminins, surtout dans les hautes sphères... Le vêtements de loubards, qui n'en finit pas de se réinventer, fait son grand retour sur les podiums.
Le cuir est épais, les zips, bien présents, la forme, carénée. Ça, c’est un vrai perfecto, résistant au vent et à la pluie lorsqu’on chevauche sa moto, un vrai bouclier protecteur en cas de chute sur l’asphalte en plein tonnerre mécanique… Un pur perf’ à la Brando, période «L’Équipée sauvage ». Du perf’ qui ne plaisante pas, quoi.
La femme qui le porte est pourtant une blonde frêle, qui plaque délicatement quelques accords au piano. Interrogée ce jour-là pour l’émission 7 à 8 de TF1, elle affirme d’une voix douce au phrasé délicat :
« Je ne m’attache pas vraiment aux chiffres, l’argent ne fait pas le bonheur ».
Sans blague ? Cette femme, c’est Hélène Mercier-Arnault, l’épouse de l’un des hommes les plus riches du monde : le patron de LVMH, Bernard Arnault.
Un peu plus tard, elle récidivera sur le plateau de Quelle Époque, assurant sans rire : «Les SDF, j’y pense pas tous les jours». Ce jour-là, elle est encore vêtue d’un blouson de biker. Pas rebelle-rebelle, tout ça…
On connaissait le chino framboise de dentiste de Bénodet qui fait de la voile, les chaussures pointues d’agent immobilier âpre à la commission, la doudoune sans manche de louveteau de la Défense… Depuis plusieurs années déjà, on constate l’émergence d’une nouvelle panoplie : le perfecto de bourgeoise.
Il n’est plus forcément en cuir rock n’roll, mais se décline en douce suédine, n’est plus forcément noir, mais dilue sa rage de vivre dans des roses pastels… Elles ne jurent que par lui.
On a ainsi pu voir Claire Chazal, en couv’ de Paris Match, il y a quelques années, faire ses adieux au 20 heures en perf’… Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, adopte souvent, elle aussi, un parti-pris très «cuir» et semble compter dans son dressing une impressionnante collection de perfectos – au moins aussi pléthorique que les multiples minidoudounes d’Isabelle Balkany.
Claire Chazal, Aurore Bergé… toutes fans du perf’
Mais par quelle farce du destin un vêtement de hors-la-loi, limite cas sociaux, épris de liberté, est-il devenu un uniforme bourgeois ? À quand la 8.6 Ruinart ?
«Se donner des airs de faux loubard transgressif, c’est une rébellion de beaux quartiers », résume Vincent Grégoire, grand ordonnateur des tendances chez Nelly Rodi.
Le perf’, remarque-t-il, a fait son grand retour sur les podiums, notamment celui du défilé Agnès B, laquelle, souligne-t-il, « nous décline ses symboles de transgression depuis le début de sa carrière, comme la veste de postier adoptée massivement par la bourgeoisie d’ultra-gauche. »
Le perf’ revient également dans l’édition, relève Vincent Grégoire :
«“Renaud, le livre”, paru fin 2025, rendait hommage à l’apport du chanteur à la mode : le bandana, le jean moulant et évidemment le perfecto. »
Du Renaud au Ricard à Hélène Arnault au piano… Mais qu’est-ce qui excite tant la bourgeoisie dans le perf’ ?
« L’imaginaire du perfecto, c’est le chef de bande qui joue avec des crans d’arrêt, avec une notion de pouvoir. En perf’, on est puissant, invulnérable.»
D’autant que porter le perf’, remarque Vincent Grégoire, ça se mérite : « C’est une sorte de corset, très architecturé, qui fait une taille de guêpe. Ce n’est pas le vêtement le plus confortable, il implique des sacrifices, de ne pas se laisser aller.» Telle une armure de cuir ? « Le perf à un côté chevaleresque, avec ses zips en flèche, très “Ralliez-vous à mon panache blanc”, très chevalier Bayard. »
Préparez-vous. 2027 pourrait bien être la grande année du perf’, selon Vincent Grégoire : « Avec la sortie du Jeanne d’Arc de Baz Luhrmann, on va revoir des vêtements guerriers comme le perfecto. »
Mais ne dégainez pas la Visa Infinite chez Zadig et Voltaire trop vite, prévient le tendanceur :
« Le perf’ reste aujourd’hui référencé comme un vêtement de vieille bourgeoise qui s’encanaille. »