20 mars 2026

Temps de lecture : 4 min

La Redoute : 200 ans d’histoire, de catalogue à plateforme culturelle

Né en 1837 à Roubaix, l'ex-vépéciste devenu champion du e-commerce y expose une rétrospective baptisée « La Redoute - Un temps d'avance ». Près de 200 ans d'histoire traversées par le passé textile du Nord, les années folles, les Trente Glorieuses, les Yéyés, la pub des années 1980, les plus grands créateurs... Saga.

Les briques rouges, typiques des villes du Nord, contrastent avec le bleu azur de l’intérieur. Autour du bassin, des statues antiques contemplent l’eau chlorée, tandis que les vitraux se reflètent dans l’eau miroitante. Lieu magique que La Piscine de Roubaix, musée dont les collections se dévoilent au gré des cabines des nageurs.

Roubaix, ville née au XIXe siècle autour de la révolution industrielle et du textile. Début mars, les journalistes étaient conviés par La Redoute pour un voyage dans le temps, au gré de l’exposition « La Redoute, un temps d’avance », qui se tiendra jusqu’au 5 juillet.

Mode, design, publicité : La Redoute, c’est avant tout l’histoire d’une famille d’entrepreneurs, celle de Joseph Pollet, patron d’une usine de filature familiale créé en 1837 et installée… rue de La Redoute dans ce que l’on appelait alors la « capitale de la laine peignée ».

C’est presque un siècle plus tard, en 1922, alors qu’une commande de pelotes de laine vient d’être annulée, que les Pollet décident de vendre ces stocks via une annonce dans la journal. Carton plein.

En 1925, une revue mensuelle, Pénélope – du nom de la femme d’Ulysse, qui attendait le retour de son bien-aimé en filant et défilant sur son métier à tisser – donne des conseils de tricot, inspirées des créations des grands couturiers de l’époque, Schiaparelli ou encore Jean Patou.

« Ce sont les prémices d’un catalogue iconique qui verra le jour trois ans plus tard », rappelle Béatrice Héricourt, directrice générale de La Redoute. 

Formica, Sheila et Carte Kangourou

124 pages, plus entièrement dévolues à la laine, mais aux vêtements, tissus, laines, rideaux, corsets et gaines amincissantes, imperméables pour bicyclette… La Seconde Guerre mondiale donne un coup d’arrêt à la parution du catalogue, qui revoit le jour en 1949.

La France est en reconstruction, l’électro-ménager se développe, le prêt-à-porter aussi, et La Redoute accompagne le mouvement via, notamment, son catalogue Ventac – pour Vente à correspondance –, consacré au mobilier mais aussi aux activités de plein air.

« L’enseigne a accompagné les Trente Glorieuses et la volonté d’équipement des foyers français, raconte Karine Lacquemant, conservatrice des collections Arts Appliqués de La Piscine et co-commissaire de l’exposition. La revue propose des cuisines en formica, des objets liés aux loisirs, qui reflètent parfaitement les tendances de l’époque, tant dans les matériaux que les formes : chêne, acajou, mobilier en kit. La Redoute joue alors un rôle d’intermédiaire entre le design, l’industrie et le quotidien des familles. »

20 ans plus tard, le catalogue contient plus de 46 000 références, déployées au fil de 500 pages. En 1969, alors que les femmes ne peuvent encore acheter à crédit sans la signature de leur époux, le vépéciste crée la Carte Kangourou, une petite révolution. Dans les années 1960, années « yéyé », Sheila, Sylvie Vartan et même Johnny incarnent les collections… 

Les années « 48h Chrono»

La Redoute, c’est aussi une histoire de com’. Dans les années 1970-1990, le vépéciste multiplie les opérations de communication placées sous le signe de la rapidité. On voit apparaître, en 1974, les camionnettes vertes estampillées La Redoute avec le slogan « Vite, on livre ! », puis, en 1983, le fameux « 48h chrono ».

Via un autre fleuron français, le Minitel, la clientèle peut passer ses commandes 24h/24. Une préfiguration du e-commerce… En 1986, le vépéciste accueille sa 15 millionième cliente avec un catalogue de 1232 pages.

Euro RSCG et Jacques Séguéla, puis Nomad de Denise Fayolle et Maïmé Arnodin sont à la manœuvre pour des campagnes donnant à voir des femmes conquérantes et pétillantes dans des couleurs qui claquent, avec des signatures qui ont marqué la pub : « Moi, j’écoute la Redoute », ou encore « La Redoute s’occupe de tout ».

Les créateurs par correspondance

De la même manière que Pénélope tissait des liens avec les stars de la mode des années 1920, La Redoute intensifie, dans les années 1990-2000, ses liens avec les créateurs, inaugurés dans les années 70 par une première collaboration avec Emmanuelle Kahn.

Les noms donnent le tournis : Azzedine Alaïa, Karl Lagerfeld, Jean-Paul Gaultier, Anthony Vaccarello (aujourd’hui directeur artistique d’Yves Saint Laurent), Carven, Vanessa Seward, Isabel Marant, mais aussi Jacquemus, dès 2018… Les collections-capsule s’arrachent, tout comme les créations signées par des grands noms du design : Jean-Michel Wilmotte, Rena Dumas, Philippe Starck… 

En 1994, l’entreprise familiale rejoint le giron de PPR (Pinault Printemps La Redoute), devenu aujourd’hui Kering. C’est aussi l’année où le vépéciste, sentant souffler le vent du numérique, lance son premier site internet, assorti d’une boutique en ligne.

Bien lui en prendra : 2025 signe la mort du mythique catalogue, achevé par le déclin de ce que l’on appelait alors la vente par correspondance. L’offre se resserre autour de deux secteurs : la mode et la maison – via notamment sa marque de mobilier, la très chic AM.PM et la création de La Redoute Intérieurs.

Sous le signe de l’audace

Sylvette Lepers, directrice Partenariats créatifs et Image à la Redoute et co-commissaire de l’expo, a travaillé sur près de deux siècles d’archives et y voit un fil rouge : « S’il fallait ne retenir qu’un seul mot, ce serait l’audace, la capacité à anticiper, à oser, à expérimenter ».

Elle relève aussi un autre lien, encore plus immatériel : « La dimension affective qui traverse toute son histoire avec ses clientes, mais aussi ses collaborateurs. Avec son catalogue, souvent évoqué comme “une Madeleine de Proust”, qui incarne des souvenirs familiaux. » 

Aujourd’hui, le groupe continue, souligne Sylvette Lepers, « à soutenir la jeune création, révéler des talents à un public qui n’a pas forcément accès aux sphères de la mode et du design. »

La « Grande Dame de Roubaix » porte toujours beau !

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