3 juin 2026

Temps de lecture : 2 min

La dette technique et l’IA : le problème dont personne ne parle

L'IA mal maitrisée ne va pas simplifier les projets web. Elle va les rendre incontrôlables. Et les agences qui ne l'assument pas clairement ont une part de responsabilité là-dedans.

[TRIBUNE PARTENAIRE – par Jérôme Daubresse, président de Novius]

Il y a quelques semaines, j’ai construit une application. Quinze minutes. Pas une ligne de code tapée moi-même, juste mes idées plutôt bien structurées posées à Claude, quelques itérations, et le tour est joué. Claude a fait le boulot ! J’étais plutôt fier. « Voilà, c’est ça l’avenir. Plus besoin de développeur, je me débrouille seul. »

Quelques semaines plus tard, j’ai voulu améliorer mon appli. Et là, ça a commencé à tourner en rond. Ce qui fonctionnait s’est mis à planter. Régressions inexplicables, des aberrations et beaucoup d’énervements. J’ai passé plus de temps à réparer qu’à avancer. Jusqu’au moment où j’ai lâché, et suis revenu à la version d’avant – celle qui m’allait avant que j’ai eu envie de l’améliorer.

Je n’ai tout simplement pas la capacité de reprendre le code et probablement pas (encore) l’expertise suffisante pour aller au bout des choses avec Claude. 
L’apprenti sorcier, j’y étais en plein.

Ce n’est pas une expérience isolée. Je l’entends chaque semaine, de connaissances, de clients, de confrères. L’enthousiasme des premières semaines, puis le moment où ça coince et où personne ne sait vraiment comment s’en sortir.

La dette technique n’a pas attendu l’IA

La dette technique existe depuis que les développeurs écrivent du code. Ce n’est pas nouveau. Mais l’IA lui donne une dimension plus sournoise.

Avant, elle s’accumulait lentement, visiblement. On pouvait en parler, l’anticiper. Maintenant on peut générer des milliers de lignes en quelques minutes. Pire, parfois, ce sont des gens qui ne comprennent pas toujours ce qui est produit qui sont aux manettes. La dette n’est plus visible. Elle explose d’un coup, quand tout se bloque. Souvent trop tard.

Le danger silencieux : les juniors qui produisent sans comprendre


Les développeurs vont disparaitre ! C’est la prophétie du moment. Je suis peut être trop naïf mais je n’y crois pas vraiment. Ce métier ne va pas s’éteindre, comme depuis 50 ans, il va se transformer.


Mais il y a un danger plus discret, et plus immédiat. Celui des jeunes qui arrivent dans nos agences et qui utilisent l’IA a tout bout de champs, que ce soit poussé par l’agence ou dans son dos. Il ne faut pas en faire une généralité mais ils existent.

Et franchement, je ne sais pas si j’aurais eu envie de faire l’effort de ne pas m’en servir à leur place. Ils produisent sans comprendre. Le code sort, ça tourne, l’agence est contente, le client est content. Sauf que galérer sur un bug, lire du code qu’on n’a pas écrit, comprendre pourquoi quelque chose casse, c’est aussi ce qui construit un développeur. Si l’IA court-circuite ça, on n’accélère pas la formation. On l’empêche.

Et le jour où ça ne tourne plus, parce le risque est grand, reprendre tout est un enfer.

Ce que les agences doivent assumer


Une agence a une responsabilité qui va au-delà de la livraison. Livrer dans les délais, dans le budget, avec les fonctionnalités prévues, c’est le minimum. Ce n’est pas suffisant.

Un projet numérique, ça vit. Ça évolue, ça se reprend, ça change de mains. La vraie question n’est pas « est-ce que ça tourne le jour de la mise en production ? » mais « est-ce que quelqu’un pourra s’en emparer dans deux ans, sans repartir de zéro ? »

Poser cette question-là en amont, c’est un choix. Ça oblige à refuser certains raccourcis. Ça oblige à des conversations moins confortables avec les clients qui veulent aller vite. Ça oblige parfois à dire que non, générer une application en quinze minutes ce n’est pas une stratégie, c’est un prototype.


L’IA, on l’utilise. Tous les jours. Moi le premier. Mais entre utiliser l’IA et en être prisonnier, la limite est ténue. Notre boulot d’agence, c’est de ne jamais la franchir.

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