Khalamité : « On ne sort jamais vraiment de l’étiquette du X, on apprend simplement à vivre avec »
Khalamité - l'une des personnalités francophones les plus visibles de Pornhub - est aujourd'hui streameuse et créatrice de contenu. Son parcours interroge moins la possibilité d'effacer son passé que celle de construire la suite sans le renier.
De Brigitte Lahaie à Clara Morgane, l’histoire montre qu’on ne se défait jamais complètement d’une étiquette associée au X. Mais à l’heure où les créateurs construisent des communautés qui débordent largement leur activité d’origine, cette frontière est peut-être en train de bouger.
Khalamité, l’une des personnalités francophones les plus connues du porno en ligne, nous explique en tout cas sa stratégie et son avis sur la question.
INfluencia : Ton nom a longtemps été associé à Pornhub, à « La française la plus suivie d’OnlyFans » et plus largement à l’industrie pour adultes. Aujourd’hui, tu développes d’autres activités et d’autres contenus. As-tu le sentiment d’avoir changé de récit ou simplement ajouté de nouvelles couches à une image qui reste la même ?
Je ne pense pas que les gens m’aient réellement considérée comme « la Française la plus vue sur OnlyFans ». Ma plateforme principale a toujours été Pornhub. C’est là-bas que je suis classée n°1. OnlyFans est un monde à part : les créatrices les plus regardées y sont souvent inconnues du grand public. Pornhub, pour nous, c’est un peu notre YouTube.
Si cette étiquette m’a suivie, c’est surtout parce que j’ai toujours été très présente sur les réseaux sociaux grand public. J’ai probablement été l’une des actrices indépendantes les plus visibles sur Instagram et TikTok.
Finalement, mon contenu n’a jamais radicalement changé.
IN: Selon toi, est-ce qu’on sort un jour complètement d’une étiquette aussi forte que celle du X ou est-ce qu’on apprend simplement à vivre avec ?
L’histoire nous a montré qu’on n’en sort jamais vraiment. Mais ce n’est pas un problème.
J’ai choisi de l’accepter et de me battre pour que les autres l’acceptent aussi : les marques, les audiences, les streamers, les créateurs…
Si je ne peux pas faire oublier ce passé, alors je préfère le porter avec fierté. Sans en faire ma marque de fabrique ni y revenir, mais sans jamais le renier.
IN: On parle beaucoup de personal branding, avec l’idée qu’un créateur peut faire évoluer son image au fil du temps. Ton parcours te donne l’impression que c’est vrai ou qu’il existe des étiquettes dont on ne se débarrasse jamais totalement ?
Nos anciennes étiquettes font partie de notre histoire. Elles s’ajoutent à notre image actuelle, elles ne disparaissent pas.
Je sais que mon image a énormément évolué en huit ans. J’ai appris à me faire aimer et découvrir en accentuant certains traits de ma personnalité. Aujourd’hui, je reviens à une version plus naturelle de moi-même.
Sur Twitch, je suis simplement Khala, et je crois que ça suffit.
Je me demande d’ailleurs si la vingtaine n’est pas justement une période où l’on apprend à se découvrir et à s’aimer, qu’on soit créateur de contenu ou non.
IN: Tu as construit en parallèle des communautés autour du gaming, des mangas ou du roller. Est-ce que c’était déjà une manière de préparer l’après ou simplement l’expression de passions que ton audience a fini par découvrir ?
J’ai toujours montré ce qui me passionnait. Il m’était impossible de ne pas parler de mes centres d’intérêt ou de les partager avec ma communauté. Je ne jouais jamais un rôle à ce niveau-là. Mon jeu d’actrice s’arrêtait à mes films.
En revanche, il est vrai que nous mettions davantage en avant certaines passions qui résonnaient avec notre audience principale. Mais quoi de plus intéressant qu’une personne passionnée ?
IN:Quand une marque travaille avec toi aujourd’hui, est-ce que tu as le sentiment qu’elle travaille avec Khalamité la créatrice de contenu ou avec Khalamité, l’ancienne actrice X ?
Cela ne fait que deux mois, donc il est encore difficile d’avoir suffisamment de recul. Mais depuis mon annonce, je reçois davantage de propositions et beaucoup moins de refus.
J’ai l’impression que les marques commencent à comprendre mon nouveau travail et à le percevoir comme moins risqué. Même si, au fond, je rêve d’un monde où collaborer avec une travailleuse du sexe ne serait pas considéré comme un risque. C’est un métier honnête, au même titre qu’un autre.
IN: Selon toi, ce qui freine encore certaines marques, c’est ton passé ou la réaction qu’elles imaginent de leur propre public ?
Dans la plupart des cas, les retours que je reçois concernent une crainte pour leur image. Pourtant, je pense clairement faire partie du futur. Et bien souvent, le public est en avance sur son temps.
Les marques mettent plus de temps à accepter qu’une norme a changé. J’ai hâte qu’elles réalisent que ma communauté me soutient et que mon image est souvent très éloignée des fantasmes ou des préjugés qui persistent encore.
IN: Tu es aujourd’hui dans une position relativement unique. Pour une créatrice X moins connue qui souhaiterait suivre la même trajectoire, les portes des marques sont-elles réellement ouvertes ?
Absolument pas.
J’ai parfois l’impression d’être un ovni, à la croisée du X et de l’influence. C’est un équilibre très précaire, mais qui m’a toujours passionnée.
Je ne suis d’ailleurs pas un bon exemple. Je suis l’exemple de la réussite. Pour quelqu’un de moins connu, le parcours reste extrêmement difficile.
Je me suis créé une place qui n’existait pas, et pour l’instant elle reste assez unique. J’espère sincèrement que cela changera.
IN: Si tu devais conseiller une créatrice de 20 ans qui veut construire une carrière durable, tu lui dirais de passer par le X ou de l’éviter ?
Je le répète : je suis une anomalie, pas un modèle.
Si votre objectif est de réussir sur YouTube ou dans l’influence grand public, le X n’est pas un tremplin. C’est souvent l’inverse. C’est une partie de votre vie que personne n’oubliera jamais et, tant que les stigmates associés à ce métier existeront, ils continueront à fermer certaines portes.
De manière générale, je ne conseillerais d’ailleurs à personne de se lancer dans cette carrière.