GenZ désengagée, nombriliste, superficielle… vraiment ? Ce n’est pas ce que ce que racontent les usages, selon ce nouvel ouvrage « Teen spirits »
Lennie Stern, fondatrice de l’agence Folks Theory, bat en brèche quelques idées reçues sur la génération Z, dans son ouvrage "Teen Spirit". Elle résume le malentendu générationnel par cette phrase tirée de la série Adoslescence : "vous ne lisez pas bien ce qu’ils font".
Il a la petite trentaine. Un âge de Millenial pour l’un des films cultes sur ce que l’on n’appelait pas encore, à l’époque, la GenZ : Le Péril Jeune, de Cédric Klapisch, sorti en 1994, ses ados échevelés, sa jeunesse révoltée.
C’est au moment de cet anniversaire que Lennie Stern, fondatrice de l’agence Folks Theory et experte associée de la Fondation Jean Jaurès, a commencé à vouloir scruter à la loupe cette génération jeune qui cristallise tant de fantasmes.
« Lorsque j’étais en agence, [chez BETC en tant que Head of creative and entertainment strategies, notamment], je me suis beaucoup intéressée aux réseaux sociaux, à la manière de toucher les jeunes alors que les campagnes en télévision ou en affichage ne marchaient plus vraiment, et qu’un bon mème vaut mieux qu’un long discours. »
Mère d’une fille de 14 ans, Lennie Stern se penche dans « Teen Spirits – Dans la tête d’une génération incomprise » sur les idées reçues sur la GenZ. Tour d’horizon en quatre points.
1. « bg , ick, kys… Si vous ne voyez pas le problème, demandez à un ado. »
En exergue de l’ouvrage de Lennie Stern, cette phrase, « You’re not reading what they’re doing » [Vous ne lisez pas bien ce qu’ils font]. Extraite de la stupéfiante série de Netflix, Adolescence, elle est prononcée par Adam (protagoniste de la mini-série), qui dit en substance à son père : « qu’il ne sait pas décoder ce que les messages Instagram, les emojis et les vidéos signifient vraiment sur les réseaux sociaux.
Il lui montre que le problème n’est pas ce qui est dit, mais l’agencement des signes, qui, selon le contexte, ont une signification intuitivement codifiée que les adultes sont manifestement incapables de décrypter. », explique Lennie Stern.
Le fossé se creuse entre les adultes et les ados, tout simplement parce qu’ils ne parlent plus le même langage. L’autrice de Teen Spirit évoque une récente campagne d’Allianz France, consacrée au cyberharcèlement, adressée aux adultes. Elle donne à voir quelques emojis, une mention « bg », « ick » ou encore « kys ».
En face, cette accroche : « Si vous ne voyez pas le problème, demandez à un ado. »
Autre poncif battu en brèche : la GenZ tournerait en permanence autour de son nombril, les yeux rivés, comme des zombies, sur leurs smartphones.
Erreur. « Ils sont massivement plus engagés qu’on ne le croit, même s’ils le sont selon des critères qui ne sont pas les nôtres : ils ne sont pas nécessairement encartés dans un parti, par exemple, comme les générations précédentes qui se mobilisaient, étaient de toutes les manifs, etc. »
Pas besoin de mégaphone pour faire bouger les lignes.
« Aujourd’hui, partager des stories, s’indigner sur les réseaux sociaux peut faire tomber un gouvernement, souligne Lennie Stern. Comme en 2025 au Népal, où une mobilisation contre la censure a réussi à renverser le gouvernement, et à faire nommer une femme Premier ministre choisie sur TikTok…»
Au Liban, La Thawra, terme qui signifie « révolution » en arabe, a été déclenchée en 2019 par une taxe sur les appels WhatsApp – mais nourri par une colère plus profonde contre la corruption, la crise économique et l’effondrement des services publics, via des messageries comme Telegram.
« Ces contestations répondent à une organisation totalement horizontale, qui peut paraître vaporeuse et disparate, loin des pratiques syndicales, relève Lennie Stern. La GenZ s’engage ponctuellement mais très fortement, grâce aux infrastructures des réseaux sociaux.»
3. « Pour féliciter un ami, on ne poste pas trois cœurs rouges – plein de sous-entendus – mais trois cœurs bleus »
On connaît bien cette caricature des jeunes qui préfèrent rester avachis, le regard bovin, devant leurs écrans, plutôt que d’aller se promener dans la vraie vie avec leurs amis, qui regardent l’amour et la sexualité d’un air las…
« Rencontrer l’amour, cultiver ses amitiés, restent des valeurs cardinales, observe Lennie Stern. Entre eux, les GenZ s’impliquent énormément dans la santé mentale des uns et des autres, dans une grande forme d’empathie. »
Le langage des réseaux sociaux est décrypté avec une sophistication de tous les instants.
« Pour féliciter un ami, on ne poste pas trois cœurs rouges – plein de sous-entendus – mais trois cœurs bleus. Un silence va être scruté et analysé et pourra nourrir des heures de conversation. Et lorsque l’on poste quelque chose, c’est forcément adressé à quelqu’un en particulier, comme envoyer des flammes sur Snap… Tout est prétexte à relation. »
4. Les réseaux sociaux, une panique morale comme les autres ?
Les réseaux sociaux déchaînent les anathèmes, comme en témoigne la proposition de loi (PPL) interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, approuvée par Le Sénat le mardi 31 mars dernier.
Lennie Stern rappelle un autre épouvantail : les comics, soupçonnées en 1954 de pervertir la jeunesse, avec un Batman qui pouvait incarner une atteinte à la démocratie, une Wonder Woman par trop indépendante…
« Un psychiatre est allé jusqu’à dire que le malaise de la jeunesse était lié aux bandes dessinées… »
Alors que sort, aux éditions Gallimard, « Malaise dans la Génération Z », Lennie Stern estime qu’il s’agit, si on ne veut pas encore creuser le gouffre générationnel, « changer de focale : même si le mal-être est réel, il y a aussi de jolies choses à raconter sur la GenZ. »