7 mai 2026

Temps de lecture : 4 min

Médias versus créateurs : « Ça fait longtemps que le mépris mutuel est terminé » pour Gaspard G

Les 30e rencontres de l’Udecam organisées sur le thème de la confiance (« TRUST ») ont permis d’échanger avec Gaspard G. Le créateur de contenus d’information a commenté la place que tiennent les nouveaux leaders d’opinion dans la fabrique de l’information. Il a aussi évoqué l’avenir des relations entre créateurs, médias et annonceurs.


Les créateurs de contenus se sont surtout imposés dans le travail de synthèse et de clarification de l’actualité. Vont-ils s’emparer de l’investigation, jusqu’à présent réservée aux journalistes ?

« On joue un rôle aujourd’hui qui est celui d’informer une génération, mais peut-être même un peu malgré nous » confie celui qui réunit plus d’1,5 million d’abonnés sur sa chaîne Youtube, dont la ligne éditoriale repose sur une promesse claire : « pour mieux comprendre le monde ».

C’est surtout la manière de créer du contenu qui explique le succès de ces créateurs et leur capacité à s’adresser à une génération qui a toujours connu le numérique, que ce soit pour se distraire, s’informer ou communiquer.

« Cette génération qui est née avec les plateformes, aujourd’hui, elle paie des impôts, elle vote, elle doit s’informer et elle n’a pas nécessairement rallumé la radio ou la télévision de ses parents » rappelle-t-il.

Selon lui, c’est une évolution naturelle des audiences qui conduit sa génération de créateurs à aborder de nouveaux champs, dont l’investigation n’est évidemment pas à exclure.

Une équipe de 20 personnes, une quarantaine de pigistes

« Pour le moment, effectivement, c’est plus de l’ordre de la synthèse de l’information, d’être des transmetteurs et de travailler avec les travaux des journalistes qui travaillent pour des médias mainstream » confirme celui qui s’est entouré d’une équipe de 20 personnes et qui emploie une quarantaine de pigistes et freelances à l’année.

« On essaye de donner des grandes clés de lecture aux audiences, principalement sur YouTube, à travers des formats de portrait, de reportage, des enquêtes. »

Progressivement, pour assurer cette promesse, sa chaîne est amenée à faire de plus en plus de terrain, recueillant des témoignages sur ce qui se passe en Ukraine ou en Palestine.

La diffusion d’un documentaire est également prévue sur sa chaîne et à l’approche des présidentielles, une série d’entretiens avec les candidats sera co-diffusée avec TF1.

Le mouvement de convergence entre ce qui pouvait être qualifié, hier, de « nouveaux médias » et les modes de diffusion plus traditionnels devient évident. « En fait, progressivement, on va avoir de plus en plus de moyens. Demain, il ne serait pas tout à fait inenvisageable qu’on arrive à révéler des scoops. »

Les créateurs de contenus sont aujourd’hui très attractifs auprès des marques. Peut-on préserver l’indépendance du travail de producteur d’information quand on dépend du financement des marques ?


« On a deux sociétés distinctes », précise celui qui a ouvert sa chaîne YouTube à l’âge de 10 ans sans se poser la question du financement ni imaginer, un jour, avoir la possibilité d’en vivre. « Moi, j’ai ma société qui s’appelle Gaspard G, une société de production éditoriale dont je suis actionnaire à 100%, qui n’est pas cessible, n’a pas vocation à l’être et qui emploie des journalistes éligibles à la carte de presse. »

Cette première entité indépendante s’appuie sur 40 annonceurs par an pour exister. Elle se distingue d’« Intello », une société qu’il a créée il y a 5 ans avec des associés parmi lesquels Xavier Niel et qui travaille pour sa part avec 150, voire 200 annonceurs à l’année. « Intello, c’est une agence, une société de production qui vise à accompagner 25 créateurs de contenu qui parlent de savoir, de culture, d’impact. »

L’idée, derrière cette entité, est de structurer une offre spécifique auprès des annonceurs sur un marché très segmenté, mais où rien n’existait jusqu’alors dans le domaine de l’information, de la culture et du savoir au sens large.

Plus indépendant que les médias du groupe Bolloré

« Moi, je me sens beaucoup plus indépendant en tant que créateur de contenu avec 40 annonceurs par an, 200 annonceurs différents sur mon autre structure qui est Intello, qu’avec un milliardaire qui viendrait financer à lui tout seul ma ligne éditoriale », confie-t-il en citant explicitement les médias du Groupe Bolloré.

« Aujourd’hui, c’est grâce à nos annonceurs qu’on peut travailler et mener des projets ambitieux. »

Le secteur de la creator economy (économie des créateurs) est aujourd’hui foisonnant grâce à l’émergence de nouvelles plateformes et de nouveaux formats. Quelles tendances peut-on attendre dans les prochaines années ?

« Ça fait longtemps que le mépris mutuel est terminé« 


« Cette économie des créateurs de contenus s’est structurée de manière fulgurante ces cinq dernières années » s’enthousiasme Gaspard G, prenant l’exemple d’un événement comme le GP Explorer, diffusé en direct sur la plateforme Twitch. Si les univers des médias et des créateurs se sont longtemps côtoyés sans se fréquenter, chercher à les opposer est, selon lui, un combat d’arrière-garde. « Ça fait longtemps que ce mépris mutuel est terminé » estime-t-il.

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« Aujourd’hui, on le voit, les groupes médias ont besoin des créateurs de contenus. Et les créateurs de contenu seraient bien bêtes de ne pas s’appuyer sur les groupes médias. Je prends le pari que demain sera le grand retour de l’IP (intellectual property – propriétés intellectuelles, soit les contenus originaux protégés par le droit d’auteur [NDLR]) qui a structuré d’énormes groupes médias, d’énormes groupes de producteurs comme Banijay ou Mediawan et a permis leur puissance aujourd’hui dans les industries culturelles. »

Le temps est aussi venu, selon lui, de rapprocher créateurs de contenu et marques autour de cette notion d’IP.

« On peut tout à fait imaginer un créateur de contenu s’appuyer sur une marque dans le cadre d’un contrat de deux, trois ans pour la création d’un format de native advertising » estime-t-il.

Il prend l’exemple de la chaîne « Déclic » lancée par Peugeot, portée par des créateurs de contenus et qui explore l’univers foisonnant de l’innovation sans pour autant aborder la marque de manière frontale.

« Ça fait longtemps que l’on dit que les annonceurs vont devenir des marques médias. Je pense que, plus que jamais avec les créateurs de contenu, cette alliance est possible. »

« Les groupes médias ont besoin des créateurs de contenus. Et les créateurs de contenu seraient bien bêtes de ne pas s’appuyer sur les groupes médias. »

Voir l’interview filmée lors de l’évènement :

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