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Julia de Funès: « Le travail n'est ni bonheur ni malheur, c'est un moyen au service de la vie »


Publié le 04/12/2020

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INfluencia convie pour son numéro 34 des personnalités de tous horizons: chefs d’entreprises, publicitaires, philosophes... pour aborder les sujets du Travail et de la formation, dans ce monde en pleine mutation.

 

 

Boom du digital, urgence environnementale, crise du Covid : trois sujets brûlants qui modifient profondément notre rapport au travail, font émerger des nouvelles formes d'apprentissage, imposent au système éducatif, aux entreprises de désapprendre, d'évoluer, de répondre à de nouveaux enjeux. Comment apprendrons-nous demain ? Quel rôle le digital jouera t-il dans l’éducation ? Comment offrir les meilleures formations pour répondre aux besoins des entreprises ? Quelles entreprises ont su créer une véritable marque employeur ? Quelles sont les nouvelles formes de travail ? Le sens des priorités au travail est-il bouleversé ? Autant de tensions et d'incertitudes qui seront décryptées et abordées par la rédaction.

 

[Extrait de l'article paru dans la Revue #34 d'INfluencia. Pour accéder à l'intégralité : S'abonner | acheter la revue]

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Julia de Funès: « Le travail n'est ni bonheur ni malheur, c'est un moyen au service de la vie »

 

 

INfluencia : on attribue plusieurs étymologies au mot travail. La plus connue est le mot latin trepalium, qui désigne un instrument de torture. Le travail serait-il assimilé à une souffrance ? Quel sens lui donnez-vous ?

 

Julia de Funès : en effet, il y a beaucoup de discussions sur l’étymologie du mot. Si on part du mot latin, effectivement, l’origine n’est pas très glorieuse et agréable. Je pense néanmoins que le travail n’est pas forcément une source de bonheur comme on aurait envie de le faire croire, c’est une contrainte. Travailler est une nécessité pour gagner de l’argent, pour d’abord survivre et vivre. Ensuite, si on a le luxe de travailler de sa passion, cela devient une source d’accomplissement et de joie formidable. Mais je ne suis pas sûre que les gens s’amusent et s’accomplissent en allant à l’usine, au bureau ou en faisant des ménages… ou tous ces métiers dits de premières lignes que l’on a évoqués pendant le Covid comme éboueur ou caissier. La question n’est pas de situer le travail sur le plan du malheur ou du bonheur, c’est un moyen au service de la vie. La période Covid et le télétravail remettent cela à sa juste place. Le travail n’est pas une fin en soi. C’est pour cela qu’il doit trouver un sens, une finalité extérieure à lui-même comme nourrir ses enfants, s’acheter une maison, avoir une identité sociale… qui permet de mieux vivre.

 

 

IN. : on constate que les entreprises se préoccupent de plus en plus du bonheur de leurs salariés. Dans votre ouvrage «La Comédie (in)humaine»* co-écrit avec l’économiste Nicolas Bouzou, vous dénoncez le concept du bonheur en entreprise et de la «tra gi-comédie du management». Que voulez-vous dire ? Quelles sont alors vos préconisations ?

 

JDF : aujourd’hui, il y a une véritable injonction au bonheur, mais le rôle de l’entreprise n’est pas de rendre les salariés heureux ! Le paradoxe énorme est que les entreprises et les managers ne se sont jamais autant préoccupés du bien-être des salariés, et pourtant il n’y a jamais eu autant de mal-être en entreprise ; nous constatons une forte démotivation des salariés, et un nombre d’arrêts maladie, burn-out, bore-out et autres malaises de sens. Ce qui n’est pas du tout évident, car au jourd’hui il y a énormément de métiers dénués de sens. C’est ce que l’anthropologue américain et figure de l’anticapitalisme d’Occupy Wall Street David Graeber appelait les bullshit jobs (« jobs à la con» en version française)**. Enfin, ils ont besoin de reconnaissance et de confiance de leur hiérarchie. C’est dans la liberté d’action que les gens se sentent plus heureux. Je parle ici en croissance constante. Cela veut bien dire qu’on vise mal. Les entreprises multiplient les investissements dans le «bien-être » de leurs collaborateurs. Mais ce ne sont pas le chief of happiness officer (« responsable du bonheur »), les coachs en tous genres, les plantes vertes, les smoothies bio, les rooftops végétalisés avec pots de miel et consoles de jeux, ou tout autre artifice bonheuriste parfois infantilisant, qui rendront les gens heureux. Je n’y crois pas, c’est les prendre pour des imbéciles heureux… et malheureux en l’occurrence. Le mieux être des collaborateurs dépend de choses plus essentielles, plus existentielles. Mon expérience quotidienne en entreprise renforce ma conviction que les gens ont besoin d’autonomie dans leur travail, d’être des sujets actifs et agissants, et non pas de bons petits soldats procéduriers ou des moutons de Panurge.

 

 

IN. : les grandes entreprises éprouvent des difficultés à attirer et recruter les jeunes. Cela signifie-t-il que le rapport au travail change ?

 

JDF:  nous sommes dans un changement de paradigme. Jusqu’à ma génération (j’ai 40 ans), travailler dans une grande entreprise performante et avec une identité de marque suffisait à justifier sa carrière. Or, le mode de fonctionnement des entreprises n’est plus forcément adapté aux aspirations individuelles actuelles. C’est le cas pour les plus jeunes générations, qui veulent moins d’appartenance et davantage d’expériences à multiplier. Ce sont des « slashers » (on zappe), ils changent d’entreprise régulièrement. Ce qui motive les gens aujourd’hui ce n’est plus la carrière mais le sens, la raison d’être, la mission de l’entreprise. La loi Pacte [loi du 22 mai 2019 relative à la croissance et à la transformation des entreprises présentée par le gouvernement, destinée à faire grandir les entreprises françaises et repenser la place des entreprises dans la société] va tout à fait dans cette direction et me semble être une bonne chose. Elle oblige les entreprises à question ner leur raison d’être au-delà du profit et de la per formance économique, certes nécessaires, mais plus suffisantes. Celles qui réussissent aujourd’hui à atti rer des profils sont celles qui contribuent à quelque chose de plus grand qu’elles comme des causes en vironnementales et sociétales. L’entreprise pour re trouver son sens doit donc concéder – c’est tout le paradoxe philosophique – à n’être qu’un moyen au service d’autre chose qu’elle-même, c’est parce qu’elle sert une cause plus grande qu’elle-même qu’elle re trouve tout son sens. Beaucoup d’entreprises sont déjà dans cette logique-là. Et ce mouvement s’accé lère depuis la crise sanitaire....


 

La suite de cette interview - et bien d’autres articles - est à retrouver dans notre revue #34 consacrée au Travail. Cliquez ici pour l’acheter ou souscrire à un abonnement annuel. Profitez de nos nouvelles offres 100% digital+audio ou de l'offre print + digital+audio

 

 

 

 

 

 


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