AccueilA NE PAS MANQUERELLEN MOELLER, STRIPE : «NOUS SOMMES SEULEMENT AU TOUT DéBUT DE LA CREATOR ECONOMY»

Ellen Moeller, Stripe : «Nous sommes seulement au tout début de la creator economy»


Publié le 15/06/2021

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Stripe - valorisée 95 milliards de dollars lors de sa dernière levée de fonds, en mars 2021 - propose une infrastructure pour favoriser l'économie en ligne et des outils pour faciliter les paiements à travers le monde. Ellen Moeller, sa directrice des partenariats en Europe, nous explique pourquoi la “creator economy” marque une nouvelle étape dans l’histoire du web.


 

INfluencia: en trois mots, “creator economy”, qu’est-ce que c’est ?

 

Ellen Moeller : c’est une partie de l’économie numérique, un ensemble d’outils et de plateformes qui démocratisent la création et facilitent la vie des créateurs, en leur donnant les moyens de gagner leur vie de façon indépendante.

 

On peut citer par exemple Substack, Patreon ou Clubhouse, qui sont maintenant très connus, mais aussi Ghost, un outil open-source pour les auteurs et les éditeurs (notamment de newsletters), Gumroad, une place de marché où les créateurs peuvent vendre leurs productions, Stir, un dashboard de suivi des revenus, Buy Me a Coffee, qui permet aux créateurs d’accepter facilement des dons et de créer des offres d’abonnement, ou encore Ko-Fi, sur le même principe, qui revendique 600 000 utilisateurs.

 

IN. : comment expliquer la multiplication de ces outils et de solutions - ou en tout cas leur démocratisation, puisque certains existent déjà depuis plusieurs années ?

 

E.M. : effectivement, ces plateformes ont vraiment commencé à gagner en traction dans les dernières années. Quand on regarde les premières décennies d’internet, la publicité était le moyen principal pour gagner de l’argent. Dans quelques cas, c’était une source de monétisation suffisante pour vivre, mais dans la plupart des situations, la publicité n’est pas viable. Ce modèle publicitaire a aussi créé un système très centralisé. En parallèle, il y avait cette croyance que les internautes n’étaient pas prêts à payer pour du contenu.

 

En fait, c’était plutôt un problème d’outils et d’infrastructures : tous ces outils qui permettent aux créateurs de monétiser leurs contenus ne sont apparus que récemment. Mais ce n’est pas la seule raison : le débit internet a aussi beaucoup augmenté, ce qui permet par exemple de faire du streaming et des événements virtuels bien plus intéressants - et monétisables. Sans oublier le mobile, qui offre un moyen d’interaction en continu entre les créateurs et leurs publics. Toutes ces tendances convergent pour favoriser l’émergence de la “creator economy”.

 

IN. : Stripe est la solution de paiement qui permet à beaucoup des plateformes que vous avez citées d’opérer : en quoi leur facilitez-vous la vie ?

 

E.M. : si vous êtes une plateforme, vous avez besoin d’une infrastructure technique pour collecter les dons et abonnements des fans. Ceux-ci sont répartis dans le monde entier. Les créateurs aussi. Cela représente donc une énorme complexité du point de vue des solutions de paiement et de la comptabilité, qui sont différentes dans chaque pays. Nous permettons de faire en sorte que tout ce processus soit le plus fluide possible, pour que les plateformes puissent se concentrer sur ce qui fait leur valeur ajoutée.

 

IN. : cette tendance reste toutefois plutôt américaine. En Europe, peu de créateurs parviennent déjà à gagner leur vie en mettant à contribution leurs fans…

 

E.M. : non, il n’y a pas vraiment de retard sur ce sujet en Europe. Nous avons récemment lancé notre offre “payment link”, qui permet aux créateurs de créer très facilement des liens de paiement, sans code, pour le partager sur Twitter ou Instagram, par exemple. L’outil a été adopté partout dans le monde, et pas seulement aux Etats-Unis.

 

Du côté des plateformes, elles peuvent être mondiales dès leur lancement. En France, nous travaillons par exemple avec Snipfeed, qui vient de lever 4,2 millions d’euros pour monétiser les audiences des influenceurs, ou Mojo, qui permet la création et l’édition de “stories” sur les réseaux sociaux.

 

IN. : le développement des modèles “direct-to-fans”, marque-t-il la fin de la publicité et des placements de produits pour les influenceurs et les créateurs de contenus ?

 

Il y aura toujours de la place pour de la publicité ! Mais sa part va diminuer. Les internautes vont avoir le choix et les créateurs vont pouvoir diversifier leurs modes de rémunération. Nous sommes convaincus que nous sommes seulement au tout début de ce mouvement : c’est une tendance encore émergente, dont on ne voit que la surface. Il va y avoir de plus en plus d’innovations et de plateformes, à mesure que les infrastructures pour leur permettre d’opérer se mettent en place. La créativité va s’en trouver décuplée.

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