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Le commerce local a droit aussi à ses shoppers


Publié le 09/02/2016

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Répondre aux désirs des Shoppers écolos de Wiesbaden opposés aux « géants » de la distribution afin de tirer des enseignements utiles pour les… multinationales. C’est l’ambition du site kiezkaufhaus créé par l’agence allemande Scholz & volkmer*. Explication de l’un des créateurs Daniel Sieben.

 

IN : quelles raisons vous ont encouragé à lancer Kiezkaufhaus ?

 

Daniel Sieben : nous souhaitions créer une plateforme qui permette de mettre en contact des commerces de proximité avec les consommateurs qui font leurs courses sur la Toile. Si Amazon poursuit un développement rapide, son impact sur l’environnement est réel et suit la même courbe. Une étude a ainsi montré que près de 800 000 colis sont renvoyés chaque jour en Allemagne par des clients qui n’ont finalement pas souhaité acquérir les produits qui leur ont été envoyés. Ce qui fait près de 400 tonnes de CO2 toutes les 24 heures ! Si l’on met les distances parcourues par les camionnettes bout à bout, cela représente 255 fois l’aller de Francfort à Pékin…

 

 

IN : vous cherchez donc à séduire les shoppers « écolos » ?

 

DS : pas uniquement. Certes, les commandes passées sur notre site sont livrées en vélos électriques. Et nous évitons ainsi le rejet de gaz nocifs dans l’atmosphère et ne créons pas d’embouteillage en centre-ville. Mais nous cherchons aussi à aider Wiesbaden, la commune où se trouvent nos bureaux. Avec l’essor du commerce en ligne, qui génère un chiffre d’affaires annuel de 180 millions d’euros rien que dans notre agglomération, la mairie a vu ses rentrées fiscales chuter de 1,8 million d’euros. En soutenant les petits commerçants, nous aidons également les pouvoirs publics.

 

 

IN : comment êtes-vous parvenus à convaincre les commerçants d’utiliser votre plateforme ?

 

DS : deux stagiaires sont partis à la rencontre des commerçants de Wiesbaden en octobre 2014 pour leur parler de notre initiative. Cela n’a pas été simple, car beaucoup de professionnels n’avaient même pas Internet dans leur boutique ! Mais nous avons rencontré un certain succès et persuadé une vingtaine de magasins de proposer leurs références sur le site – que nous avons lancé au mois de mars. De nombreux produits alimentaires sont aujourd’hui disponibles sur la plateforme, comme des fruits, des légumes, du café ou de la confiture, mais aussi des jouets, des livres, des instruments de musique, des fleurs et des ampoules électriques.

 

 

 

 

IN : quelles règles façonnent votre modèle ?

 

DS : toute commande passée avant 14 heures est livrée le jour même. Tout achat supérieur à 50 euros est exonéré de frais de port et les produits sont facturés aux mêmes prix que dans les magasins. Nous nous contentons de prendre un pourcentage sur les ventes afin de couvrir nos coûts de fonctionnement.

 

 

IN : combien de personnes se servent de ce site et comment entrez-vous en contact avec elles ?

 

DS : Wiesbaden est une ville de taille moyenne, où tout le monde se connaît. Le bouche à oreille a donc bien marché et nous avons placé des encarts dans la presse locale. Nous sommes aussi très présents sur les réseaux sociaux, avec notre compte Facebook. Nous comptabilisons ainsi aujourd’hui 350 clients réguliers et ambitionnons de développer notre modèle dans d’autres villes, avec des partenaires locaux.

 

 

IN : vos « gros » clients sont-ils intéressés par cette initiative ?

 

DS : tout à fait. Ils regardent ce que nous faisons afin d’en tirer des enseignements pour leurs activités propres. Les médias sociaux ont déjà changé la manière dont les particuliers consomment. Une petite marque locale peut aujourd’hui toucher un public très large si elle communique bien sur la Toile. On devrait d’ailleurs, dans les années à venir, voir des produits lancés dans des zones très limitées devenir des succès planétaires ! Parallèlement à ce phénomène, de plus en plus de gens sont soucieux de protéger leur environnement et d’aider leurs commerces de proximité. Les grandes marques doivent prendre en compte ces nouvelles tendances, et Kiezkaufhaus peut les aider à définir leur stratégie dans ce sens.

 

(*) Scholz & Volkmer est une importante agence digitale en Allemagne qui compte de prestigieux clients dans son portefeuille comme Coca-Cola, Mercedes-Benz, Deutsche Bahn, Montblanc ou L’Oréal. Cette année, cette société de 166 salariés, qui a reçu plus de 600 récompenses depuis sa création en 1994 – dont un Grand Prix et six Cyber Lions à Cannes –, s’est lancée dans le commerce en ligne. Son site, Kiezkaufhaus, vise à (re)tisser des liens entre les habitants de Wiesbaden, une ville de 275 000 habitants située dans la Hesse, et leurs commerces de proximité.

 

Illustrations : Elvire Caillon

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