22 novembre 2020

Temps de lecture : 4 min

Jean-Baptiste Epron : l’homme derrière le design des bateaux du Vendée Globe

Corum, Banque Populaire, Arkea Paprec et Yes We Cam. Ces voiliers qui participent actuellement à la course à la voile autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance ont tous été dessinés par Jean-Baptiste Epron. Rencontre avec ce designer pas comme les autres.

Corum, Banque Populaire, Arkea Paprec et Yes We Cam. Ces voiliers qui participent actuellement à la course à la voile autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance ont tous été dessinés par Jean-Baptiste Epron. Rencontre avec ce designer pas comme les autres.

Le lignes gracieuses qu’il avait tracé pour décorer les voiles du monocoque doivent flotter entre deux eaux au nord-ouest des îles du Cap Vert en plein coeur de l’Atlantique. Jean-Baptiste Epron a eu un pincement au coeur lorsqu’il a appris que Nicolas Troussel avait démâté avant le lever de soleil lundi huit jours après le coup d’envoi du Vendée Globe, la course à la voile autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance qui s’élance tous les quatre ans des Sables d’Olonne. « Je suis un bon copain de Nicolas et j’apprécias la démarche qu’il avait suivi pour se lancer aussi tard dans cette compétition, nous raconte ce parisien âgé de 54 ans qui vit aujourd’hui entre la capitale, Lorient et le Finistère. Et puis j’aimais bien le design que j’avais imaginé pour son Imoca, Corum, que je trouvais élégant ». Cet homme de l’ombre du monde de la voile pourra se réconforter en voyant d’autres de ses créations continuer de participer au « Graal » des navigateurs. Le tout nouveau Arkea Paprec avec ses immenses foils qui lui permettent de « voler » au-dessus des vagues, les plus anciens Banque Populaire de la jeune et pétillante Clarisse Crémer et l’antique « Yes We Cam » du sexagenaire et légendaire Jean Le Cam sont tous passés sous les crayons de Jean-Baptiste Epron.

Un marin chevronné

Ce parigot affirme vivre un rêve éveillé depuis sa plus tendre enfance. Gamin, le designer était déjà attiré par le grand large et les beaux voiliers. « Je passais mes journées à dessiner des bateaux qui ressemblaient à ceux de Tabarly, explique celui qui possède aujourd’hui un pied à terre à Gouesnac´h, ce village près de Quimper dans lequel son idole a vécu de nombreuses années. Je suivais chaque transat et écoutais sur Europe 1 les voix déformées des marins lors des vacations. Pour remplir mon contrat avec mes parents, j’ai suivi une formation classique en faisant une prépa HEC et une école de commerce mais je ne pensais en réalité qu’à naviguer… » A force de trainer ses basques sur les pontons, le parisien finit par se lier d’amitié avec de nombreux marins prestigieux. Son carnet d’adresses ressemble aujourd’hui à un Who’s Who de la voile. Il enchaîne au fil des années les traversées et les records. Il remporte à deux reprises le Trophée Jules Verne à bord du catamaran Orange de Bruno Peyron en battant le record du tour du monde en équipage et sans escale. Record de l’Atlantique et du Pacifique, deux Solitaires du Figaro, deux Transats AG2R, deux victoires au Tour de France à la voile, deux Trophées Clairefontaine. L’homme voit tout en double. Sa dernière année de compétition en 2009 lui permettra de gagner le Grand prix 50 pieds sur Actual, de remporter le Tour de Bretagne sur Generali et de battre le record SNSM sur Veolia. Ce coéquipier de luxe n’a pas attendu d’accrocher définitivement son ciré au port pour penser à sa reconversion.

 Franck Cammas est un de ses principaux fans

Sa passion du dessin l’avait déjà encouragé entre deux régates à « gribouiller » pour ses copains. « C’est un milieu dans lequel l’entraide est forte, explique t-il. Lorsqu’un copain cherche un financement, je lui fais deux ou trois designs pour rendre son dossier de sponsoring plus attrayant. Et quand il parvient à décrocher un partenariat, ce dernier me renvoie souvent la pièce en me demandant de décorer son bateau ». Ces « coups de pouce » lui permettent de dessiner la « robe » du Whirpool de Catherine Chabaud en 1995. Il imagine aussi les lignes du premier Groupama de Franck Cammas. Son amitié avec un des tous meilleurs skippers de l’histoire, vainqueur notamment du Trophée Jules Verne et de la Volvo Ocean Race, lui permettra de dessiner tous les navires financés par la compagnie d’assurance jusqu’au tout dernier qui a participé à la Coupe de l’America qui s’est tenue aux Bermudes en 2017.

 Une liste impressionnante

Toutes les grandes courses à la voile comportent, depuis de nombreuses années, au moins un voilier dessiné par Jean-Baptiste Epron. Ericsson, Groupama, AkzoNobel, Dongfeng sur la Volvo Ocean Race, Artemis et Groupama Team France sur la Coupe de l’America, Quéquiner, Newrest Matmut, CommeUnSeulHomme, Bioline, SMA, Banque Populaire et Edmond de Rothschild lors des précédents Vendée Globe, ce designer a également imaginé les décorations de la quasi-totalité des Maximulti construits à ce jour, ces catamarans et ces trimarans géants qui battent tous les records. Orange, Groupama, Banque Populaire, Spindrift, Idec Sport, Sodebo, Actual, Macif et Gitana ont tous été dessinés par ce parigot et breton d’adoption. Transformer les enjeux business et marketing des marques en couleurs, identités visuels et formes tout en faisant de ces bolides des mers des œuvres belles à voir n’est pas chose aisée.

Etre « directeur artistique du grand large » vous oblige à une multitude de compromis.

« Je peux tout faire sur ma planche à dessin mais il faut prendre en compte les attentes des sponsors et des marins, résume Jean-Baptiste Epron. Le plus compliqué est qu’un bateau peut avoir plein de configurations différentes. La superficie de sa voilure peut aller de 50 m2 à 600 m2. Et les plus beaux clichés qui paraissent dans la presse ne sont pas fait au port mais au large quand la brume peut être épaisse ou le contre-jour parfait. Cela complique beaucoup mon travail car il faut prendre en compte tous ces facteurs au moment d’imaginer un design et il faut faire comprendre au sponsor qu’un logo ne grande taille n’est pas forcément le plus efficace ». Ce designer travaille, en général, entre deux et trois mois sur chaque projet et ses tarifs varient entre 1000 et 30.000 euros en fonction de la taille du navire et des demandes des entreprises. Même si sa réputation n’est plus à faire dans la voile, ce cinquantenaire dessine aussi des meubles et des logos pour boucler ses fins de mois. Il aime aussi décorer les automobiles et les montgolfières. Tous les projets sont bons à prendre dès qu’il s’agit de flotter sur les océans ou dans les nuages…

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