16 juillet 2026

Temps de lecture : 3 min

Santé mentale : comment un cartoon a fait un carton en termes de prévention

Au départ, l'équation paraît improbable. D'un côté, l'État français, ses campagnes institutionnelles et d'intérêt général. De l'autre, Disney, géant mondial du divertissement. Entre les deux, un sujet ultra sensible des politiques publiques : la santé mentale des jeunes.

Cette rencontre a été initiée par le SIG et fait la force du dispositif « Avec Vice-Versa, parlons Santé Mentale ! », lancé à l’automne 2025, codéveloppé avec les ministères de la Santé et de l’Éducation nationale.

Plus qu’une campagne de communication, le dispositif, salué d’un coup de cœur du jury des prix de la communication de l’état, illustre parfaitement la manière dont le gouvernement construit aujourd’hui ses politiques d’influence : en orchestrant des coalitions d’acteurs capables de toucher, avec le plus de justesse possible, chaque frange de la société.

Une licence culturelle plutôt qu’un logo institutionnel

Une logique qui rejoint les travaux sur la pop culture comme levier de dé-stigmatisation des troubles psychiques : lorsqu’un sujet complexe passe par des références familières, il devient plus facile à aborder.

Depuis la sortie des deux films “Vice-Versa” : Joie, Tristesse, Colère ou Anxiété sont devenues bien plus que des personnages, une incarnation de nos émotions facilement accessible aux enfants. Disney ne s’est alors pas contenté de « prêter une licence » au gouvernement.

Les studios Pixar ont produit des contenus originaux coconstruits avec le ministère de l’Éducation nationale, la Direction générale de l’enseignement scolaire (DEGESCO), le ministère de la Santé et le SIG. Ces ressources viennent enrichir celles utilisées dans les écoles primaires, depuis que les cours d’empathie s’y sont progressivement généralisés.

Une diffusion multicanale via de nombreuses institutions et acteurs

Le ministère de l’Éducation nationale apporte ensuite son propre réseau de diffusion : les enseignants disposent d’un kit spécifique, tandis que les familles reçoivent deux livrets conçus pour prolonger les discussions à la maison.

La Direction générale de la Santé active, de son côté, les Maisons des adolescents, les Points Accueil Écoute Jeunes, les PMI et les réseaux hospitaliers. Le Conseil national de l’Ordre des médecins relaie également les ressources auprès des professionnels.

Autrement dit, chaque administration ouvre son propre canal de confiance.

Une organisation qui permet de répondre directement à l’un des enjeux partagés avec le Ministère de l’Education nationale :

“Notre difficulté, c’est de nous adresser à trois publics très différents. D’abord, nos professeurs. Lorsque nous les formons, nous ne les préparons pas simplement à exercer un métier.

Nous les formons à transmettre à d’autres ce qu’ils auront eux-mêmes appris. C’est un exercice très particulier. Ensuite, il y a nos élèves, dont le niveau de maturité est, par définition, très variable. Enfin, il y a les parents.

Nous devons donc nous adresser directement à près de 40 % des Français. Et dans ce cas précis, celui de la santé mentale, nous faisons face à un enjeu vital. Aujourd’hui, 30 % de nos jeunes vont connaître un trouble anxieux ou dépressif entre 11 et 24 ans.

Deux fois plus de filles que de garçons et le taux monte à 60 % pour les jeunes qui passent plus de 6h par jour sur des écrans” rappelait le ministre de l’Education nationale Edouard Geffray.

Deuxième étage de la fusée : mobiliser les entreprises

Face à l’urgence et l’ ampleur de la tâche, la seconde couche du partenariat a mobilisé des entreprises privées embarquées pour amplifier le dispositif.

Doctolib pour cibler les 4,8 millions de parents d’enfants âgés de 4 à 17 ans via sa plateforme, transformant un moment de santé du quotidien en point d’entrée vers ces ressources pédagogiques. Résultat : près de 100 000 téléchargements des livrets, avec un taux de clic quatre fois supérieur aux standards observés sur ce type d’opération.

JCDecaux qui met à disposition gratuitement une partie de son réseau d’affichage numérique, UGC pour diffuser le film dans ses cinémas, Webedia Care qui mobilise ses médias ou encore l’influenceur BonjourAnxiété, dont la communauté est déjà sensibilisée aux enjeux de santé mentale, qui apporte à son tour une couche conversationnelle. 

Chacun conserve son rôle, son ton de voix.

Ingrédient clé du succès : le sentiment d’urgence largement partagé

Cette approche marque une évolution dans la communication publique française. Ici, le média est presque secondaire. Le véritable levier réside dans la mise en commun des audiences.

Les chiffres témoignent de la réussite de l’opération : plus de 6,6 millions de vues complètes pour le film, près de 150 retombées presse, des dizaines de milliers de téléchargements des livrets et une diffusion largement supérieure aux objectifs initiaux… 

« La santé mentale est devenue un sujet de société incontournable, avec un sentiment d’urgence largement partagé. Le fait qu’elle ait été reconduite comme Grande cause nationale cette année en est une illustration. C’est ce qui a d’abord permis de fédérer et de mobiliser autour de cette initiative.

Ensuite, le partenariat entre les pouvoirs publics et Disney a été un vrai facteur d’adhésion : cette association a rapidement interpellé et convaincu par sa capacité à apporter une réponse aux jeunes comme à leurs parents sur le sujet de la santé mentale comme de la gestion des émotions.

Nos partenaires avaient eux aussi identifié ce besoin, ce qui a naturellement facilité leur engagement à nos côtés » commente Csenge Nagy, cheffe de projets partenariats au SIG.

Preuves qu’une politique publique peut désormais s’appuyer sur les infrastructures du secteur privé sans perdre sa vocation d’intérêt général.

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