AccueilMEDIAJEAN-ERIC VALLI : "LE CONFINEMENT VA PROVOQUER UNE BAISSE DE 10 à 25% DES REVENUS DES RADIOS LOCALES"

Jean-Eric Valli : "le confinement va provoquer une baisse de 10 à 25% des revenus des radios locales"


Publié le 19/11/2020

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Le président du Groupe 1981, des Indés Radios et maintenant de Cosmos, Jean-Eric Valli détaille les résultats de la dernière étude 126 000 Radio de Médiamétrie, rendue publique jeudi 19 novembre, et des enjeux économiques et technologiques des stations locales.

 

 

INfluencia : à la rentrée, le média radio a retrouvé une partie des auditeurs perdus avant l’été. Quels enseignements tirez-vous de cette vague septembre-octobre 2020 de la 126 000 Radio de Médiamétrie ?

 

Jean-Eric Valli : sur cette période, la radio a compté 40,9 millions d’auditeurs. C’est moins que les 42 millions que le média compte en moyenne à cette période, mais davantage que les 39 millions auxquels il était descendu lors du premier confinement. La radio a été capable de reconstituer ailleurs – notamment au domicile – une grande partie de l’audience qu’elle n’avait plus sur ses supports traditionnels, notamment en mobilité qui représente 50 % de son audience. Cela donne encore plus de sens aux deux axes de développement que sont le DAB+ et l’écoute sur Internet avec Cosmos (plateforme collective de distribution digitale des programmes radio qui réunit Lagardère News, Les Indés Radios, le groupe M6, Radio France, NextRadioTV et NRJ Group, ndlr). Les radios locales indépendantes, regroupées dans Les Indés Radio, ont suivi la même descente que les radios nationales, mais n’ont pas encore totalement retrouvé la totalité de leur audience. Les antennes des Indés Radios ont été écoutées par 7,7 millions d’auditeurs, alors qu’elles en comptaient 8,4 millions sur janvier-mars. A l’exception du service public et des stations thématiques, toutes les radios sont plus ou moins en baisse et accusent le coup du changement d’habitudes.

 

IN : quels sont les principaux changements ?

  

JE. V. : le poids du télétravail et l’absence de temps de transport impactent l’organisation du début de journée et les habitudes sur les matinales. Le lien avec les auditeurs s’est encore renforcé ). L’écoute en digital a augmenté pendant le confinement et va rester en partie pérenne. Même dans le choix des stations et des supports, de nouvelles habitudes se sont créées. On peut écouter une station dans sa voiture mais en préférer une autre chez soi, se tourner vers un podcast assez court quand on se déplace à pied… La radio doit s’adapter y cette diversité de consommations. Le média peut compter sur plusieurs atouts, en particulier une offre et un référencement simples et gratuits, une variété des podcasts réalisés à bon escient…

 

 

IN : la publicité nationale est repartie assez vite pour la radio, avant de connaître une rentrée plus difficile. Comment évolue la publicité locale ?

 

JE.V. : la publicité locale a été plus impactée dans la durée. La réouverture des commerces a permis de remonter entre 60 et 70 % de l’activité pendant l’été et en septembre mais les annonceurs locaux restent soumis à des logiques de trésorerie à court terme. Sur les antennes du Groupe 1981, on a lancé un appel aux annonceurs locaux pour leur rappeler que l’on était à leurs côtés et qu’ils ne devaient pas se laisser abattre. On a eu énormément d’appels et des typologies d’appels très différents que pour les campagnes précédentes, notamment du secteur de la construction ou avec des demandes sur des petits contrats de 500 euros pour une semaine… Cette dynamique a permis de faire découvrir ce média à beaucoup de nouveaux annonceurs locaux. La radio a repris du poil de la bête mais, quand on fera le bilan à la fin de l’année, on verra bien que nos stations auront perdu entre 10 et 25 % de leur chiffre d’affaires. Ce n’est pas quelque chose qui s’absorbe naturellement ! Quand on explique cela, notamment aux pouvoirs publics, on s’adresse à des gens qui confondent chiffre d’affaires et résultat. Perdre 25 % de chiffre d’affaires c’est perdre 100 % de son résultat, ce qui remet en question tous les engagements financiers et de développement pris auprès des banques et des partenaires. On a certes bénéficié du chômage partiel et des reports de charges, mais on a encore besoin de soutien sur d’autres dispositions, d’autant que l’on reprend un nouveau coup sur la tête avec le deuxième confinement. C’est pour cela qu’on est aussi déterminés sur les mentions légales, les quotas de musique francophone, les secteurs interdits…

 

 

IN : les mentions légales sont une revendication déjà ancienne, qui n’aboutit donc pas…

 

JE. V. : cela fait longtemps qu’on en parle car c’est un vrai sujet. Encore plus quand le marché se tend. On nous impose de diffuser des mentions légales que d’autres médias peuvent faire figurer en tout petit en bas de page dans un journal ou dans un message déroulant au sein d’un spot télé. En radio, on est obligé de passer à l’antenne des mentions compliquées, qui passent en accéléré et que personne ne comprend, alors même que l’espace n’est pas extensible. Quand on ne peut pas changer le monde, on demande aux médias de le décrire différemment. Comme on fabrique des produits mauvais pour la santé ou l’environnement, on impose des mentions légales. Mais on ne va pas voir les industriels pour leur demander de produire différemment ! Pourtant, il a beaucoup de choses à coconstruire avec eux…

 

 

IN : la crise sanitaire a-t-elle ralenti les projets du Groupe 1981 et comment abordez-vous les périodes de stop & go qui pourraient perdurer ?

 

JE.V. : on a toujours continué à travailler sur les projets de développement, notamment car on a continué à bénéficier d’un appui financier pour les poursuivre. Notre hub de contenus avance moins vite car on a perdu du temps à fabriquer les programmes au quotidien avec des équipes en télétravail. On n’a pas non plus réussi à faire certaines embauches car il faut quand même réussir à voir les candidats… La crise a accéléré des choses sur lesquelles on doutait parfois. On a aménagé les emplois du temps, les déplacements, installé de quoi faire de la radio à distance chez 30 à 40 animateurs et journalistes. Demain, ce savoir-faire pourra nous permettre d’installer une radio chez un annonceur. Si le stop & go se prolonge, on sera de moins en moins dans le stop car nous et nos clients avons appris des choses. Sur le plan économique, l’aide de l’Etat a permis de garder de la trésorerie. On a pu repartir tout de suite et je m’en félicite. Mais il faut continuer à sensibiliser les pouvoirs publics sur la nécessité de sortir vraiment les vieux dossiers. On ne peut plus se permettre d’être dans l’approximation et dans les effets d’annonce.

 

IN : le DAB+ a poursuivi son développement, début novembre, en Occitanie et Nouvelle Aquitaine, où se trouvent certaines des stations du groupe. Faut-il faire une pédagogie particulière sur ce mode de diffusion de la radio ?

 

JE.V. : les stations des Indés Radios sont plutôt en avance sur le DAB+. On en parle naturellement sur nos antennes, mais c’est compliqué à expliquer. Il y a déjà de la radio digitale avec Internet mais le DAB+, c’est encore autre chose… Il s’est vendu 3,4 millions de postes DAB+ en France et 60 % des voitures neuves sont équipées d’un récepteur compatible. Cela va s’améliorer petit à petit. Chaque année, 7 millions de postes de radio sont achetés. Grâce à ce turn-over naturel, un jour, tout le parc sera en DAB+.

 

 

IN : la plateforme Cosmos, dont vous êtes le président pour deux ans, est l’autre axe de développement sur le digital. Quels sont ses objectifs ?

 

JE.V. : la pression de la compétition nous a réveillés et fait comprendre que nous avions tous – groupes privés et publics, radios nationales et locales – plus de choses à faire ensemble que les uns contre les autres. Pendant deux ans, nous avons beaucoup échangé et défini une zone de confiance sur laquelle travailler afin de poser des règles praticables et proposer le meilleur service à l’auditeur. Cela a abouti à la création d’une société Cosmos, dans laquelle les décisions sont prises à la majorité qualifiée. Ses fondateurs représentent 88 % de l’audience de la radio et ont donc un poids suffisant pour travailler avec des acteurs de taille mondiale comme les Gafa ou l’industrie automobile. Aujourd’hui, le secteur de la radio est face à un paradoxe : il délivre un travail qui coûte 1,5 milliard d’euros à produire et certains acteurs le prennent gratuitement pour l’exposer au public. Il n’y a aucune raison que les tiers qui diffusent nos programmes paient seulement des droits Sacem, et pas des droits aux radios qui ont mis en forme le programme.

 

 

IN : vous faîtes partie des « historiques » des radios libres. Votre groupe s’est d’ailleurs approprié cette date symbolique de 1981. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru et sur votre engagement au service des radios locales indépendantes ?

 

JE.V. : En faisant un autre métier, j’aurais peut-être pu être plus riche mais j’aurais aussi pu être plus triste. Comme j’ai toujours eu la conviction que la liberté était le premier moteur de l’humanité, l’essor des radios libres m’a parlé. A l’époque, les renseignements généraux nous appelaient chaque semaine, mais cela voulait aussi dire qu’il y avait un Etat et qu’ils ne nous prenaient pas pour des enfants. D’ailleurs, on ne fait jamais grand-chose avec des enfants à l’échelle d’un pays. Ensuite, je me suis dit qu’il fallait faire de la publicité pour que le modèle des radios locales soit plus pérenne, donc s’organiser collectivement dans un syndicat. La création du GIE Les Indés Radios a permis de doubler le chiffre d’affaires et de développer beaucoup de choses. Maintenant, on est dans le digital… Pendant toutes ces années, le monde a changé et mais je n’ai jamais fait le même métier ! Quand on arrive à Cosmos, c’est à moi que l’on fait confiance pour être le premier président. Ils ont dû se dire que si j’avais réussi à fédérer 130 radios indépendantes, je réussirais bien à fédérer six groupes radio… Je suis moins un militant des radios indépendantes, que quelqu’un de très attaché à l’idée de la liberté et de la modernité. Travailler ensemble, c’est une idée moteur et, en termes d’influence, c’est vraiment intéressant !

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