25 juin 2026

Temps de lecture : 3 min

Pierre Bellefleur (La Chose) : « les marques de demain seront celles qui se mettront au service des gens (…) Je ne travaillerai jamais pour des clients travaillant dans le tabac, la pornographie et l’armement »

Pierre Bellefleur retourne dans l’agence La Chose où il a fait ses premières armes. Maintenant qu’il est directeur général sous la présidence de son mentor de toujours, Eric Tong Cuong, ce sympathique barbu au tutoiement facile veut faire retrouver à son employeur sa splendeur passée.

INfluencia : Moins de six ans après votre départ de l’agence dans laquelle vous avez déjà fait plusieurs allers-retours, vous voilà aux commandes de La Chose. Expliquez-nous un peu ce parcours particulier ?

Pierre Bellefleur : J’ai commencé à travailler chez La Chose il y a une quinzaine d’années dès la sortie de l’école (Ecole de Management Léonard de Vinci et Paris School of Business n.d.l.r.). J’ai travaillé sous la coupe d’Eric Tong Cuong qui est devenu mon mentor et qui m’a fait aimer la publicité.

Il m’a fait commencer par travailler sur la strat et le new biz, ce qui été dur mais formateur. Nous travaillions à la fois pour la sécurité routière et l’Institut national du cancer mais aussi pour Jardiland et Générale d’Optique.

IN : Après deux années, vous décidez pourtant de partir…

P. B. : Oui, j’ai choisi de rejoindre l’univers des start-up en créant une content factory pour Userfarm. L’agence s’est ensuite fait racheter par un groupe italien et Eric, qui suivait mon parcours, m’a récupéré pour devenir le directeur du développement de l’agence digitale Supergazol qui appartenait à La Chose où j’occupais également le poste de planteur stratégique senior.

En 2018, j’ai rencontré au bureau Jérôme Gonfond qui avait notamment travaillé chez Leo Burnett et Humanseven. Ensemble, nous avons décidé de quitter La Chose pour fonder notre propre agence. Nous voulions échapper à une sorte de schizophrénie car notre portefeuille de clients allait de Coca-Cola à Greenpeace. Nous souhaitions dédier notre temps et nos compétences à la RSE et nous avons créé Strike qui a travaillé notamment pour Greenpeace, Handicap International, Médecins du Monde et Time for the Planet.

J’avais à l’époque la naïveté de penser que nous pouvions uniquement travailler pour de grandes causes mais pour avoir un réel impact, il est impossible d’être en marge du système. On ne peut pas lancer des petits cailloux contre des lance-roquettes.

Après sept années chez Strike, j’ai eu le sentiment d’atteindre un plafond de verre et au début de cette année, j’ai rencontré dans la rue, par pur hasard, Eric Tong Cuong. Nous avons parlé ensemble du secteur de la pub et de sa volonté de faire revenir La Chose sur les devants de la scène et il m’a proposé de le rejoindre.

IN : Quelles ont été vos premières réactions en retrouvant vos anciens locaux ?

P. B. : J’ai eu l’impression, quand je suis revenu ici il y a tout juste deux semaines, de n’être jamais parti. Je voulais absolument rester dans une agence indépendante. J’ai aujourd’hui 35 ans mais j’ai toujours la dalle. L’agence a connu quelques années difficiles et cela se ressentait dans certains de ses travaux. 

Mon but est de restructurer l’équipe par le haut. Nous ne souhaitons pas, comme d’autres, vendre moins cher nos services en « juniorisant » notre équipe. La Chose a toujours eu un temps d’avance et le moment est venu que cela redevienne le cas.

Nous proposons un service complet allant de la conception à la diffusion en passant par la production. Nous sommes une équipe de 30 personnes dont l’âge moyen se situe entre 30 et 40 ans.

IN : Vous nous avez expliqué que vous aviez quitté La Chose pour éviter de souffrir de schizophrénie. L’Agence continue pourtant de travailler pour des clients très différents allant de 1664, à Coca-Cola et Maître Coq en passant par la Fondation 30 Millions d’Amis…

P. B. : La schizophrénie ne va pas reprendre car ma conviction profonde est que les marques de demain seront celles qui se mettront au service des gens.

Je ne travaillerai, par exemple, jamais pour des clients travaillant dans le tabac, la pornographie et l’armement.

IN : Comment expliquez-vous les soucis que La Chose a connu ces derniers temps ?

P. B. : La Chose a toujours été vue comme une agence de pub et non pas comme une agence digitale. Dans le passé, la télévision et la presse représentaient 90% du gâteau publicitaire. Aujourd’hui, cette part atteint 20% tout au plus. Le reste des budgets est investi sur les plateformes.

Les indépendants sont ceux pour qui le marché est le plus dur. Les gros grandissent en faisant des acquisitions et les pure-players sont sur des niches.

Il y a de véritables enjeux à relever pour proposer un planning stratégique d’excellence. Dans les prochaines semaines, nous allons définir des secteurs prioritaires qui vont participer à la transformation sociétale.

La Chose est une agence de Ligue 1 et nous voulons la qualifier pour la Ligue des Champions.

IN : Eric Tong Cuong est-il toujours présent dans l’agence ?

P. B. : Eric reste, à 64 ans, le président de l’agence. Il est présent au quotidien dans les locaux. Il existe toutefois chez lui et dans toute l’équipe une véritable volonté d’écrire la suite pour aller encore plus loin. Je ne suis pas là pour regarder dans le rétroviseur mais pour voir droit devant moi et accélérer. 

Notre vision est d’écrire la nouvelle Chose, celle qui anticipe les mutations de ce monde et notre ambition est de redevenir l’agence indépendante de référence.

IN : Votre nomination ne marque-t-il pas une nouvelle étape dans vos nombreux allers-retours chez cette agence ?

P. B. : Pas du tout. Je ne suis pas là pour une pige mais pour réaliser un projet de vie.

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