« Dans un monde imprévisible, les « imprédictions » sont une ressource stratégique N°1″, Elodie Pomeranc (Dagobert)
Head Of Strategy de l'agence Dagobert, Elodie Pomeranc dévoile ses 10 imprédictions, sorte d'anti-cahier de tendances. Sa reco ? Embrasser la culture de l’imprévu pour reprendre le contrôle de sa stratégie. Explications.
En l’interviewant, elle m’a fait penser à Mike Horn. Oui, l’aventurier. Celui qui s’engage dans les environnements les plus hostiles, là où tout peut basculer à chaque instant.
À la tête de la stratégie chez Dagobert, Elodie Pomeranc manie les imprévus avec la même agilité : non comme des obstacles, mais comme des terrains d’exploration intellectuelle.
Nous naviguons dans le chaos ? Tant mieux. Chaque sortie de route devient une aubaine pour réoxygéner la pensée, prendre le contre-pied des évidences et renouveler les cadres stratégiques. Elodie excelle dans cet exercice et nous entraîne sur des sentiers aussi fascinants que déstabilisants.
Résultat : 10 enseignements stratégiques issus des événements de 2025 que personne n’avait vus venir.
Et un nouveau mot : « imprédiction ».
Voyez plutôt.
INfluencia : Qu’est une « imprédiction » ?
Elodie Pomeranc : « Imprédiction » est un mot qui n’existe pas mais qui désigne toutes ces choses qu’on n’avait pas vu venir et qui nous tombent dessus sans prévenir. J’ai voulu installé le mot. Car les imprédictions décrivent le mieux notre époque. Et pour cause, ça parle tout de suite.
INfluencia : Comment notre cerveau fonctionne-t-il face à l’incertitude ?
Elodie Pomeranc : Que tout le monde se rassure tout de suite ! Aucun d’entre nous n’est programmé pour l’incertitude. Ce n’est pas culturel, c’est physiologique. Notre cerveau fonctionne par la prédiction. Face à une situation donnée, il ne réagit pas : il anticipe ce qu’il convient de faire à partir de situations déjà connues et enregistrées.
C’est précisément pour cela que, face à des situations totalement nouvelles, nous sommes démunis. Nous n’avons plus de schéma sur lequel nous appuyer.
INfluencia : Pourquoi les « imprédictions » sont-elles, selon vous, nos nouvelles datas ?
Elodie Pomeranc : J’ai créé Top 10 Unpredictable car je me me suis rendue compte que si le monde devient de plus en plus imprévisible, on continue à utiliser les mêmes outils prospectivistes pour établir nos stratégies. Je voulais développer un outil qui remet la stratégie dans son temps. Celui de l’imprévu. Et permettre d’envisager ces données stratégiquement. Pour montrer à nos clients comment embrasser cette culture de l’imprévu, comment en tirer profit et surtout cesser de la craindre.
Les prédictions nous aident à définir un cap. Mais qui peut encore s’en contenter aujourd’hui ? Dans un monde imprévisible, les imprédictions deviennent des données stratégiques tangibles.
Si nous ne savons jamais vraiment à quoi nous attendre, nous pouvons en revanche analyser ce qui nous arrive. Tirer des enseignements de l’imprévu permet de remettre la stratégie dans son époque, d’entraîner son cerveau à l’incertitude et de développer sa capacité à naviguer le présent.
Surtout, cela permet de reprendre le pouvoir en cultivant sa propre imprévisibilité. Dans un monde imprévisible, les imprédictions sont la ressource stratégique n°1.
INfluencia : Vous avez listé 10 choses que personne n’a vues venir en 2025. Quelles sont-elles ?
Elodie Pomeranc :
Médias > La fuite de données IRL : je parle de ce malheureux hasard de la Kisscam au concert de Coldplay.
Culture > Le cambriolage du Louvre
Retail > L’hybridation des boulangeries qui se sont transformées en Rave Party un peu partout dans le monde cette année.
Environnement > Les catastrophes climatiques et le comeback inespéré de Mère Nature, qui revient plus déterminée que jamais à changer le game de la com’ d’engagement.
Mode > L’incursion du doudou. Chez les très jeunes actifs (qui ont la vingtaine), c’est devenu le nouvel accessoire (pas si accessoire d’ailleurs) en entreprise !
Marketing > La fin des Cachou Lajaunie. C’est la disparition brutale et inexpliquée des Cachou Lajaunie, ces bonbons historiques.
Technologie > Le réveil empathique provoqué par l’IA.
Mobilité > La consécration d’un hamster en Vélib. Je ne vous en dis pas plus. Celle-ci je vous laisse la découvrir !
Finance > La levée de fonds miracle de Duralex. 20 millions en 48 h ? Avec un ticket moyen de 900 euros par personne ? Il s’est passé un truc. Fallait que j’en parle.
Politique > Le shut off des réseaux sociaux en Australie.
Crédits photo : France Télévisions / DR
INfluencia : Quelle leçon tirez-vous du cambriolage du Louvre ?
Elodie Pomeranc : Nous sommes le 19 octobre 2025. Il est 9h34. Partout dans le monde, les programmes s’interrompent. Un cambriolage a eu lieu au musée du Louvre, en pleine journée. Quatre hommes, équipés d’une nacelle, s’introduisent par une fenêtre et dérobent les bijoux royaux de France. 88 millions d’euros de butin.
En quatre minutes, la France -et le monde- basculent dans une chasse au trésor inédite, toujours en cours.
Au-delà des failles de sécurité, cet événement révèle autre chose : une passion collective pour les énigmes et les trésors, profondément ancrée dans l’histoire humaine. Il réactive la question du mystère, à l’heure où la transparence est devenue un mot d’ordre pour les marques.
Sommes-nous devenus trop transparents ? Ne devrions-nous pas, au contraire, cultiver davantage le mystère ?
À vous qui nous lisez : cultivez-vous suffisamment votre capital précieux ?
INfluencia : Autre imprévu majeur : les catastrophes climatiques. Quelles leçons pour la suite ?
Elodie Pomeranc : Depuis des années, les discours nous répètent que la nature est fragile et que s’engager, c’est faire “un peu”. En 2025, la campagne Mother F**** Nature* de Columbia fait voler ces codes en éclats.
La nature n’est pas fragile. Elle est puissante, radicale, parfois violente. Elle ne fait de cadeaux à personne. S’engager à ses côtés n’est pas une posture morale, c’est un défi permanent, presque un sport de survie.
Sans le savoir, cette campagne renverse les fondements de la communication d’engagement.
Et si, finalement, s’engager aux côtés de la nature n’était pas l’affaire de tous ? Et si, demain, la nature décidait elle-même qui est digne de s’engager ?
Trois enseignements clés :
Exiger un engagement réel, intense, incarné.
Révéler le “scary good side” de la nature, renouveler l’imaginaire du défi écologique.
Faire de la nature un terrain de challenge, physique, exigeant, mobilisateur.
INfluencia : Vous invitez donc à tordre les idées reçues ?
Elodie Pomeranc : Absolument. J’invite les marques à sortir de leur zone de confort, à ne plus craindre l’imprévu. Les imprédictions constituent une culture stratégique essentielle, capable de nous aider à naviguer le présent et à affiner notre vision.
En 2026, il est temps d’embrasser l’imprévu et de cultiver sa propre imprévisibilité. C’est dans ce sens que nous accompagnons nos clients et futurs clients.