6 mars 2026

Temps de lecture : 3 min

Classe moyenne : les signaux faibles d’un grand malaise

Pouvoir d’achat sous pression, sentiment de déclassement, solidarité familiale forcée… L’enquête « Sous le radar 2025 » de FreeThinking révèle les fractures silencieuses qui travaillent la société française.

Faible ne veux pas dire insignifiant ni négligeable. Bien au contraire. Certaines risées sur les océans alertent de la tempête à venir. Des rumeurs peuvent vite se transformer en protestation généralisée.

Depuis plusieurs années, FreeThinking publie une enquête, intitulée « Sous le radar », qui se définit comme une rétrospective des articles que le cabinet de conseil spécialisé dans les études qualitatives communautaires en ligne a publié sur sa page LinkedIn tout au long de l’année précédente, autour de sujets d’actualité en lien avec ses travaux sur les classes moyennes. 

Les 27 « signaux faibles » repérés par la filiale de Publicis en 2025 confirment des tendances décelées les années précédentes mais certains révèlent des mouvements plus récents et potentiellement importants pour l’évolution de la société française.

De qui parle-ton ?

« La classe moyenne représente environ 60% de la population dans notre pays, résume Xavier Charpentier, le co-fondateur de FreeThinkingCe chiffre est relativement stable mais année après année, de plus en plus de personnes glissent vers le bas de l’échelle de cette catégorie. »

Le cabinet de conseil ne retient qu’un seul critère pour définir les membres de cette classe “moyenne” : leurs revenus. Ils doivent ainsi se trouver dans une fourchette comprise entre 1600 et 2899 euros pour une personne seule sans enfant à sa charge. Pour un couple sans petite tête blonde, on passe de 2.600 à 4599 euros. Avec un enfant, une famille doit gagner entre 3000 et 5499 euros par mois et au-delà de deux petits, ses revenus nets (aides sociales et autres comprises) doivent atteindre entre 4200 et 7399 euros.

Sentiment de déclassement

Le principal enseignement de cette rétrospective confirme une tendance qui s’est intensifiée avec l’arrivée du Covid : « La classe moyenne est sous pression depuis très longtemps, explique Xavier Charpentier. Pour eux, le pouvoir d’achat est synonyme de pouvoir bien vivre, d’ajouter du confort à leur quotidien et de s’offrir des petits plaisirs. Voir son niveau de vie progresser au fil du temps est un autre facteur important. Or, de plus en plus de gens ont le sentiment d’être bloqués et de plus pouvoir suivre le rythme des offres qui se présentent à eux. Ils considèrent cela comme une sorte de déclassement. C’est très difficile à vivre. »

Les statistiques confirment cette tendance. Une étude publiée en 2023 et réalisée en partenariat avec CSA Research, montrait que les dépenses contraintes des Français (loyers ou remboursements de prêt, électricité, gaz, eau, assurances, téléphone, Internet et plateformes de streaming) représentaient en moyenne 38% de leurs revenus mensuels nets.

Ce chiffre atteignait tout juste 32% en 2017, d’après les travaux du Crédoc. « Or, 32% était exactement la proportion des dépenses contraintes des plus pauvres une décennie plus tôt », compare le co-fondateur de FreeThinking. La pression financière que subit la majorité de la population française est donc aujourd’hui nettement supérieure à celle qui pesait sur les plus démunis en 2007.

Merci papy et mamie

« Sous le radar 2025 » dévoile un signal faible plus nouveau : L’Etat providence laisse de plus en plus la place aux grands-parents providence. Ce phénomène de solidarité intrafamiliale transgénérationnelle semble s’amplifier rapidement en raison de la stagnation des revenus des actifs.

Le mécénat familial devient ainsi une réalité. « Ce sujet a été très brutalement mis sur la table par François Bayrou lorsqu’il a évoqué le niveau de vie élevé des boomers », rappelle notre expert.

Trop, c’est trop

Si les fins de mois difficiles ne sont pas une nouveauté parmi la classe moyenne, de plus en plus de nos compatriotes ressentent un sentiment de lassitude face à cette situation qui ne devrait pas, selon eux, s’améliorer dans un avenir proche.

« Les gens en ont assez de devoir sans cesse compter et de faire des concessions, note Xavier Charpentier. Une certaine usure s’installe. Cette fatigue générale est à la fois structurelle et conjoncturelle. Structurelle car ce phénomène n’est plus un signal faible aujourd’hui mais un élément central de notre société et conjoncturelle en raison du contexte politique et économique actuel. Les tensions sur les droits de douanes et les conflits armés qui durent comme en Ukraine et à Gaza accroissent notre stress au quotidien. »

Cette tendance ne devrait pas s’inverser de sitôt. La prochaine édition de « Sous le radar » devrait nous confirmer cette triste réalité.

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