Editeur de grands titres norvégiens et suédois (Aftenposten, VG, Svenska Dagbladet, Aftonbladet…), Schibsted a introduit un système de « pay or okay » (« accepte ou paie »).
En Norvège par exemple, les lecteurs en ligne qui refusent que leurs données personnelles soient utilisées à des fins de publicité ciblée doivent débourser jusqu’à 49 couronnes (4,5 euros) par mois pour s’en prémunir.
« On ne devrait pas avoir à payer pour se protéger contre l’utilisation commerciale de nos propres données personnelles. La protection de la vie privée est un droit fondamental, pas une option premium », a réagi Mette Fossum, directrice du Conseil des consommateurs de Norvège, dans un communiqué.
Cet organisme public a, conjointement avec l’organisation autrichienne de défense de la vie privée Noyb, saisi l’Autorité de protection des données, équivalent norvégien de la CNIL française.
Les deux plaignants estiment que le consentement des internautes ne peut être considéré comme libre si l’alternative au traçage consiste à payer.
Payer ou être tracé : une mécanique contraire au RGPD
En Europe, « le Règlement général sur la protection des données est clair: pour être valable, le consentement doit être librement donné. Un choix qui oblige à payer des frais pour éviter le traçage en ligne n’est en aucun cas légal », a souligné le président de Noyb, Max Schrems.
Faisant valoir que 99,9% des internautes donnaient généralement leur consentement, ce qui traduit une absence de choix équitable, le Conseil des consommateurs de Norvège a demandé à Schibsted de suspendre le système « pay or okay », le temps qu’il soit juridiquement examiné.
« Nous comprenons parfaitement que le journalisme coûte de l’argent et que la concurrence pour les revenus publicitaires est rude. Mais cela ne justifie pas pour autant de transformer nos droits fondamentaux en marchandise », a insisté Mme Fossum.
L’organisme norvégien avait déjà déposé une plainte similaire contre Meta, toujours en cours d’examen par l’autorité irlandaise de protection des données en Irlande, où se trouve le siège européen du géant américain.
Sollicité par l’AFP, Schibsted n’a pas commenté dans l’immédiat.