Caroline Ingeborn (Luma AI): « Il est clair que des technologies comme la nôtre vont avoir un énorme impact en termes d’emploi »
Génération vidéo, IA multimodale et expansion internationale : Luma AI accélère sa stratégie pour transformer ses innovations en succès commerciaux. Sa COO Caroline Ingeborn décrypte les mutations à venir pour les créatifs et les marques.
Luma AI est une entreprise et une plateforme d’intelligence artificielle américaine spécialisée dans la génération de contenus visuels, à partir de descriptions textuelles ou d’autres entrées multimodales.
En 2024, sa plateforme phare de génération vidéo, Dream Machine, a séduit un million d’utilisateurs en… quatre jours.
Tout récemment, la start-up a lancé le tout premier modèle vidéo de raisonnement qui permet de changer les décors, les styles et les personnages à partir d’images réelles. « Ray3 Modify » a ouvert une nouvelle ère pour le film, la publicité et la vidéo.
L’heure est maintenant venue pour la jeune pousse, qui vient de recevoir 900 millions d’euros d’un pool d’investisseurs dirigé par un fonds public saoudien, de transformer ses produits en succès commerciaux.
Sa COO (Chief Operating Officer), Caroline Ingeborn, explique à INfluencia comment elle compte s’y prendre.
INfluencia : Chaque jour ou presque, de nouvelles innovations poussées par l’IA sont lancées mais les start-ups ont encore du mal à les transformer en succès commerciaux. Quelle stratégie allez-vous suivre pour éviter cet écueil ?
Caroline Ingeborn :LUMA AI était, à ses débuts, une société de recherche qui développait de nouvelles technologies informatiques.
Nos premières innovations sont amusantes et depuis l’an dernier, elles commencent vraiment à intéresser les créatifs mais il est temps désormais de développer un modèle de « go-to-market ».
IN : Comment allez-vous vous y prendre ?
C. I. : Nous nous sommes d’abord lancés en premier sur le marché nord-américain mais nous commençons déjà à nous développer en Europe et au Moyen-Orient avec l’ouverture d’un bureau à Londres et prochainement à Riyad, en Arabie saoudite.
Nous avons besoin de personnes sur le terrain dans les différents marchés que nous visons. Je suis moi-même suédoise et je sais qu’il existe des différences d’un pays à l’autre quand on est dans le secteur créatif.
L’Asie, par exemple, représente un gros potentiel pour nous, en particulier le Japon avec ses productions animées, mais les modes de production et les attentes des consommateurs y sont très différents.
Notre objectif d’ici trois ans est d’avoir une empreinte globale. Nous allons devoir, pour cela, recruter plusieurs milliers de personnes.
IN : Les 900 millions d’euros que vous levé auprès d’un pool d’investisseurs dirigé par HUMAIN, un fonds public saoudien, ne seront pas de trop pour financer votre stratégie. Pourquoi avez-vous choisi de vous rapprocher de l’Arabie Saoudite plutôt que de faire appel à des fonds américains, vous qui êtes basé dans la Silicon Valley ?
C. I. : Les Saoudiens investissent avec une vraie vision sur le long terme et ils souhaitent beaucoup se développer autour de l’IA. Ils ont aussi d’importantes ressources énergétiques. Ce sont donc des investisseurs solides pour nous.
IN : Comment êtes-vous perçu auprès des créatifs du monde entier ?
C. I. : Certains considèrent notre technologie comme leur meilleure amie et d’autres comme leur pire ennemie. C’est selon…
IN : Qui l’utilise ?
C. I. : Des créatifs de très haut niveau nous utilisent déjà. Des institutions publiques, des marques et des responsables marketing se servent aussi de nos technologies. Les créatifs qui ont besoin de générer beaucoup de contents notamment pour leur sites web ou leur compte sur YouTube sont de gros clients.
IN : Quid des particuliers?
C. I. : Notre technologie n’est pas encore au point pour répondre aux besoins du grand public mais cela va bientôt être le cas.
IN : Pouvez-vous être plus précise?
C. I. : D’ici douze ou dix-huit mois, nous serons prêts…
IN : Comment facturez-vous vos services?
C. I. : Par abonnement. Nos clients décident du nombre de collaborateurs qui vont utiliser notre technologie et ils nous achètent des crédits qu’ils peuvent utiliser comme ils le souhaitent.
IN : Beaucoup d’experts s’inquiètent des conséquences de technologies comme la vôtre sur le marché du travail…
C. I. : Il est clair que des technologies comme la nôtre vont avoir un énorme impact en termes d’emploi.
C’est déjà le cas pour certaines professions comme le coding mais nos outils vont également permettre aux créatifs de l’être encore plus car ils vont éliminer ou accélérer l’exécution de tâches qui ne sont pas toujours les plus excitantes à réaliser.
L’IA ne va pas remplacer les bonnes idées créatives. Elle va juste rendre le travail des créas plus fun.
IN : Avez-vous des contacts avec des clients en France?
C. I. : Nous discutons avec beaucoup de grandes marques et des agences publicitaires. Les Français sont connus pour être sceptiques mais ils sont aussi très créatifs et technophiles. D’ici deux mois, on pourra vous révéler des partenariats que nous allons lancer dans votre pays. Nous comptons d’ailleurs recruter des gens chez vous…