17 juillet 2026

Temps de lecture : 2 min

« Ça suffit ! » : Rodolphe Belmer (TF1) somme le gouvernement de libérer la pub télé

Un dirigeant qui rend publique sa lettre au Premier ministre, la démarche est assez rare pour être relevée. Elle dit l'urgence d'un secteur dont les recettes linéaires fondent, et le choix d'une voie rapide, le décret plutôt que la loi, avant les arbitrages budgétaires de l'automne.

Dans un post LinkedIn publié le 12 juillet, Rodolphe Belmer, président-directeur général du groupe TF1, confirme avoir écrit au Premier ministre Sébastien Lecornu pour réclamer une réforme d’urgence du cadre réglementaire de l’audiovisuel privé. La lettre avait été révélée deux jours plus tôt par Le Figaro. Le ton est celui de l’exaspération.

« On se confronte aux Gafam, alors que l’État nous impose des règles qui ne s’appliquent pas à eux. Ça suffit ! (…) L’immobilisme n’est plus une option », écrit-il dans le courrier.

Les demandes sont chiffrées :

  • Porter le volume publicitaire à 14 minutes par heure d’ici 2028, contre 9 aujourd’hui, soit plus de 50 % d’espace supplémentaire.

  • Supprimer la limite de six minutes de coupure par film, l’espacement obligatoire de vingt minutes entre deux coupures, l’interdiction de publicité dans les magazines d’information de moins de trente minutes. Autoriser l’affichage de l’adresse d’un commerce dans un spot.

  • Lever l’interdiction de diffuser des publicités pour les promotions de la grande distribution, une « bizarrerie française » selon le patron de TF1. Le tout par décret : le PDG rappelle que « beaucoup de réformes faisant consensus peuvent être prises par décret », sans passer par un Parlement paralysé depuis la dissolution.

Les chiffres qu’il avance semblent forcer à l’action. Les recettes de la télévision linéaire ont reculé de 12 % en 2025, puis encore de 8 % au premier trimestre 2026. Les réseaux sociaux ont capté 41 % de la croissance du marché publicitaire digital au premier semestre, YouTube concentre près de la moitié de la publicité vidéo en ligne, et le poids des Gafam dans la publicité est supérieur de dix points en France à la moyenne européenne.

Conséquence directe, écrit-il : la quasi-totalité des groupes audiovisuels réduisent leurs budgets de programmes, et les plans sociaux se multiplient chez les producteurs, à l’image de Bangumi, la société de Quotidien, qui se sépare d’une partie de ses effectifs. L’ouverture à la grande distribution est le point qui divise la filière. La presse et les radios y voient un transfert de recettes vers le média le plus puissant.

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Surtout, la démarche politique double(rait) une offensive juridique lancée le 7 juillet : l’ADMTV, l’alliance qui réunit les chaînes privées dont TF1 et M6, a déposé avec Lidl une plainte à Bruxelles contre l’article 8 du décret de 1992, unique en Europe, qu’elle accuse de priver la télévision de 150 à 200 millions d’euros par an.

Son argument retourne la justification historique du texte : les budgets de la distribution ne se sont jamais reportés vers la presse et la radio, dont les recettes ont chuté elles aussi. En avril, Lidl avait même annoncé l’arrêt de ses achats publicitaires télévisés en France.

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Notre insight

La bataille affichée oppose la télé aux Gafam, mais la concurrence oppose aussi plusieurs types de médias en France : presse écrite et radio contre télé. Chaque minute de publicité supplémentaire de pub gagnée par la télé affecte aussi les recettes pub en presse ou en radio.

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