7 novembre 2021

Temps de lecture : 2 min

Brandalism et Spectre nous éduquent sur les deepfakes

En 2019, l’artiste Barnaby Francis, connu sous le pseudonyme de Bill Posters, publiait un “deepfake” viral mettant en scène un Mark Zuckerberg au ton sinistre, se réjouissant d’avoir “le contrôle total des données volées de milliards de personnes, leurs secrets, leurs vies, leur avenir.” Quelques années plus tard, la technologie derrière les deepfakes s’est perfectionnée et démocratisée… au détriment de la démocratie ?

Mes œuvres portent essentiellement sur la remise en question des formes de pouvoir sur internet. J’utilise les technologies émergentes pour poser des questions de manière critique sur le capitalisme de surveillance et des problèmes qui nous tiennent tous à cœur, comme la vérité, la démocratie et la vie privée en ligne” expliquait Barnaby Francis lors de l’Athens Democracy Forum à l’automne 2021. 

Parmi ses faits d’armes figurent la création en 2012 du collectif Brandalism”, qui fédère 80 artistes s’attaquant aux multinationales en détournant leurs codes publicitaires, ainsi que “Spectre”, un projet autour des “deepfakes” lancé en 2019, réunissant des vidéos trafiquées conçues avec Daniel Howe, mettant en scène Kim Kardashian ou Donald Trump

Parmi les différentes vidéos produites dans le cadre du projet “Spectre”, c’est celle avec Mark Zuckerberg qui a suscité le plus d’intérêt, avec un buzz mondial. Si le doute n’était pas permis (son statut de “fake” était clairement annoncé en légende du post Instagram), la diffusion virale de cette vidéo a contribué à lancer un débat sur la régulation et la modération de cette technologie. 

Facebook a ainsi décidé peu après de bannir les vidéos trafiquées de sa plateforme (à l’exception des parodies et des contenus artistiques), tandis que la Californie a interdit la diffusion de “deepfakes” vidéos ou audio liés à la politique pendant les 60 jours précédant la clôture d’une campagne électorale. 

Des techniques utilisées de longue date par le cinéma

Utilisées de longue date par l’industrie du divertissement, ces technologies de trucages reposant sur l’intelligence artificielle, connues également sous le nom de “synthetic media” sont désormais accessibles à tout un chacun, en quelques clics : des applications comme Reface, Canny.AI ou Respeecher ont démocratisé son usage. Ces outils ne sont plus réservés aux artistes ou aux experts des effets spéciaux… De quoi susciter des inquiétudes dans le monde politique ou économique, puisqu’une vidéo “deepfake” bien exécutée et diffusée au bon moment pourrait faire basculer une élection… 

Pour l’heure, ce risque reste encore hypothétique : malgré les craintes émises depuis plusieurs années, aucune démocratie n’a eu à subir l’intrusion d’un “deepfake” suffisamment convaincant pour influencer le débat public et faire basculer une élection. Ce sont plutôt des vidéos – réelles – volées ou montées de façon trompeuse qui ont eu de l’impact, en France comme à l’étranger.

Pire que Photoshop

Néanmoins, le risque des deepfakes est bel et bien là, tel une épée de Damoclès sur les politiques. Il s’accroît à mesure que les technologies se perfectionnent et que les modifications deviennent de moins en moins perceptibles. “Nous allons devoir apprendre aux gens à ne pas croire ce qu’ils voient et à ne pas croire ce qu’ils entendent, parce qu’il est désormais possible de truquer l’audio”, estime ainsi Toomas Hendrik Ilves, l’ancien président de l’Estonie, qui intervenait également à Athènes sur le sujet.

Celui-ci conclut : “tout cela est bien pire que ce que nous avons connu par le passé. Après le trucage des photos, voici l’ère de la contrefaçon des voix et des mouvements. Les deepfakes remettent en question les bases de la démocratie et de l’empirisme du XVIIIe siècle : la science s’appuie sur des preuves, souvent visuelles. Si les preuves peuvent être falsifiées, si on ne peut plus se fier à ses sens, on perd la compréhension du réel et on ne peut plus rien croire…” Inquiétantes étrangetés en perspective.

Benoit Zante

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