Bébés Reborn, Dupe Destinations, Delulu… Le 29 janvier dernier, l’agence Romance présentait son glossaire Les Mots de l’Époque, recensés par ses planneurs stratégiques. Parmi les tendances repérées, un signal de plus en plus fort : en 2026, le Fake n’est plus une dérive mais une culture dominante…
Visiblement, de plus en plus d’entre nous en seraient atteints…
Un mal insidieux, aussi sournois que séduisant. Serions-nous, les uns après les autres, frappés de « Delulu-mania » ? Rien à voir avec les Labubu, peluches-phénomènes au regard inquiétant et aux dents carnassières… « Delulu », abréviation du mot anglais delusional, désigne plutôt le fait de décider de vivre dans une illusion, un réel qui est uniquement le sien.
Le terme a été repéré par l’agence Romance dans un ouvrage, Les Mots de L’Époque, présenté le 29 janvier dernier. Il s’inscrirait dans un mouvance bien moins inoffensive que les sonorités enfantines de « Delulu » pourraient le faire entendre : l’apparition d’une nouvelle et généralisée tolérance au « Fake ». En toile de fond, une fatigue informationnelle.
Un Français sur deux se dit épuisé par l’information, et 38 % ont choisi purement et simplement de ne plus suivre l’actualité. Le tout dans un monde saturé de faux, grâce à notre chère intelligence artificielle : 20 à 25 % des contenus sur TikTok ne contiennent pas une seule image réelle. A tel point que 60 % des jeunes de moins de 24 ans se disent incapables de discerner un contenu généré par IA.
Et en bons « Delulus », on finirait presque par trouver ça génial. « Le faux n’est plus un point de rejet mais devient éminemment désirable », résume Clara Defaux, planneuse stratégique chez Romance.
Sevrés de mots doux dans un contexte géopolitique effrayant, une situation économique alarmante et des vies amoureuses abîmées par la « dating fatigue », on finit par succomber à l’« AI Sycophancy » – la tendance de ChatGPT à flatter éhontément ses utilisateurs.
Les « ta question est particulièrement juste » et autres « tu es un être de lumière et tes exs des planches pourries irrécupérables » ne provoquent-ils pas un délicieux petit frisson narcissique, même chez les moins vaniteux d’entre nous ?
Enivrés d’eux-mêmes par la force de l’Empire du Fake, certains finissent par montrer des signes du « Main Character Syndrome »[fait de croire que l’on est le personnage principal du film dont les autres ne sont que des rôles secondaires], choisir en priorité des « Dupe Destinations »[destinations moins chères mais ressemblantes à une destination plus prisée] et pouponner compulsivement des «Bébés Reborn »[poupées ultra-réalistes]dans des crèches prévues spécialement à cet effet…
On croirait un futur écrit par un community manager sous Lexomil… Mais par un prévisible mouvement de balancier, « le réel finit par faire figure de contre-culture », relève Clara Defaux. Le succès intersidéral du film de Noël d’Intermarché, avec un AOC garanti 100 % sans IA, en serait un lumineux exemple.
Dans la guerre du fake contre le réel, quelle force vaincra ? Et si c’est le vrai qui triomphe, serons-nous encore capables de le reconnaître ? Dès 1967, dans son essai «La Société du Spectacle », le théoricien Guy Debord proférait déjà cette fulgurance : « Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux ».