2 septembre 2021

Temps de lecture : 3 min

Matthieu Jehl, ArcelorMittal France : « La production d’acier représente 6% des émissions dues à l’activité humaine.”

Depuis juin 2021, Matthieu Jehl est le directeur général d’ArcelorMittal France, l’entité du groupe sidérurgique qui fabrique des aciers plats dans la moitié Nord de la France. Parmi les chantiers du nouveau DG, figure – notamment – le respect des engagements pris par ArcelorMittal dans le cadre de l’Accord de Paris et du Green New Deal européen, dont les ambitions ont été renforcées au cours de l’été 2021. L’entreprise s’est en effet engagée à réduire de 35% ses émissions de CO2 en Europe et de 25% dans le monde d’ici 2030, ainsi qu’à atteindre la neutralité carbone en 2050.

ArcelorMittal
The Good : Quels sont vos principaux enjeux en matière de RSE aujourd’hui et dans les années à venir ?

Matthieu Jehl : Nous avons des sujets qui ont toujours été là et dont l’importance augmente aujourd’hui. Et puis il y a les nouveaux enjeux, comme la décarbonation. En matière de RSE, notre préoccupation depuis toujours, c’est la sécurité, pour faire en sorte que les gens qui travaillent chez ArcelorMittal – pas seulement nos employés, mais également nos sous-traitants – puissent rentrer chez eux le soir en pleine santé. C’est un point sur lequel nous travaillons depuis plus de 20 ans, mais sur lequel il est encore possible pour nous de progresser. L’entreprise a également un rôle social important à jouer, localement, dans les lieux où nos usines sont implantées.

Parmi les sujets qui prennent de l’importance aujourd’hui, il y a les sujets environnementaux au sens large : par exemple sur les “channeled emissions” (ce qui sort par les cheminées) ou les émissions diffuses (l’émission de poussières), la perception a changé : on ne peut plus faire les choses comme il y a vingt ans, et il faut que l’industrie prenne ses responsabilités et c’est une très bonne chose ! Et puis, il y a la question des émissions de CO2 : l’acier est à égalité avec le ciment, sa production représente 6% des émissions dues à l’activité humaine : nous avons une responsabilité dans la lutte contre le réchauffement climatique.

TG : Sur ce sujet du CO2, ArcelorMittal a pris un engagement de neutralité carbone à horizon 2050 : comment allez-vous y parvenir ?

MJ : Par définition, le processus de création de l’acier est émetteur de CO2. Mais il est possible de réduire les émissions. Les fours à arcs électriques, par exemple, permettent de recycler des morceaux de carcasse de voiture, de fils, de boîtes de conserve, etc. pourvu que ce soit de l’acier. Néanmoins, le marché mondial de l’acier représente de l’ordre de 2 milliards de tonnes par an. Il n’y a que 600 millions de tonnes d’acier recyclé disponible, on ne peut donc pas se passer du minerai de fer. Dans ce cas, il existe des techniques permettant de réduire les émissions de CO2, avec l’utilisation de gaz naturel notamment. Ce sont des technologies que nous évaluons actuellement sur notre site de Dunkerque. Sachant qu’à l’avenir on pourra remplacer une partie du gaz naturel par de l’hydrogène. Mais cette transformation suppose des investissements considérables !

TG : Depuis 2020, vous commercialisez de l’acier “vert”, décarboné, avec un objectif de production de 600 000 tonnes en 2022. Vos clients – essentiellement l’automobile, l’emballage, la construction, l’électroménager et l’industrie générale – se montrent-ils sensibles à ce sujet ?

MJ : L’acier vert est encore marginal aujourd’hui, mais très vite il ne le sera plus. Si nous avons commencé à produire ces aciers décarbonés grâce à l’électricité verte, c’est parce que nos clients nous le demandent. Les clients, mais pas seulement : toutes les parties prenantes nous posent des questions : les pouvoirs publics, les élus locaux, les fournisseurs… c’est un sujet qui intéresse quasiment tout le monde qui est sensibilisé à nos produits. Je pense qu’assez vite, vous allez avoir des stickers dans les concessions automobiles pour indiquer les modèles fabriqués à partir d’acier vert.

TG : À Dunkerque, vous venez d’ouvrir un “Digital Lab” : le numérique peut-il vous aider à atteindre vos objectifs en matière de RSE et de décarbonation ?

MJ : Nous avons déjà des exemples très concrets : nous utilisons notamment des modèles basés sur l’intelligence artificielle pour la gestion prédictive des gaz. En effet, les usines sidérurgiques émettent un flux de gaz très important, mais malheureusement une partie de ces gaz doivent être brûlés. Le but est de réduire cette combustion au maximum, en anticipant mieux le fonctionnement de l’usine. Il y a également de nombreuses applications du numérique en termes de sécurité, de formation ou encore de conduite des lignes de production.

À Dunkerque, notre “Digital Lab” est d’ailleurs spécialisé dans trois domaines : l’environnement, l’énergie, la sécurité. Les liens de chacun de ces sujets avec la RSE sont clairs. Dès qu’on améliore notre efficacité énergétique, on réduit nos émissions, par exemple. C’est aussi un lieu conçu en partenariat avec la communauté urbaine de Dunkerque, dans lequel on va mixer formation, hébergement de startups, espaces de coworking. De manière générale, le Digital Lab un endroit très ouvert où on vient pour travailler sur les sujets du futur. Un second ouvrira à l’automne à Florange, spécialisé lui sur la qualité, le big data et la maintenance. Nous avons déjà bien avancé sur ces sujets grâce à la digitalisation, mais nous avons encore matière à nous améliorer.

Benoit Zante

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