31 janvier 2021

Temps de lecture : 5 min

acracy : « 2020 était la meilleure année pour lancer une boîte dédiée au freelancing ».

Covid-19 et réorganisation des modes de travail : une aubaine pour les plateformes de mise en relation Freelance – clients ? A en croire la fulgurance de la jeune pousse acracy, ce virus indétronable n’aura pas apporté que des mauvaises nouvelles. Rencontre avec ses fondateur.ices Séverine Bavon et Romain Brignier pour faire le point sur leur business à An+1 et sur les évolutions des perspectives d’évolution des modèles de travail en France.

IN : si les plateformes de mise en relation Freelances/clients sont nombreuses, comment la solution acracy fait-elle la différence ?

Séverine Bavon et Romain Brignier : il y a deux convictions profondes au cœur de la création d’acracy, qui résonnent auprès des clients comme des freelances. La première : nous sommes là pour accompagner un mouvement de reprise de pouvoir dans le marché. D’un côté, des personnes extrêmement talentueuses qui passent en freelance pour reprendre le contrôle sur leur façon de travailler. De l’autre des clients, qui, face à une démultiplication de leurs besoins en création de contenu – en social, digital, CRM, etc. – veulent travailler en direct avec des partenaires proches et ultra-réactifs, qui comprennent leurs enjeux. Nous sommes à l’intersection de ces deux mouvements qui prennent une ampleur inédite en ce moment. La deuxième : les profils créatifs sont uniques, et ne peuvent pas être traités comme tous les autres profils. Il faut comprendre à la fois les différentes expertises, et l’importance des soft skills. Face à des plateformes généralistes, qui mettent en compétition des dizaines de profils et donc risquent d’amener à une baisse de valeur, nous nous spécialisons à la verticale créative, et avons une promesse de matching : le meilleur profil pour chaque entreprise/mission.

IN : en lançant acracy en janvier 2020, la Covid-19 n’avait pas encore fait son chemin sur le territoire français. Un an plus tard et au regard du succès incontestable de votre modèle, peut-on dire que la crise et la réorganisation professionnelle qu’elle a impliqué vous aura finalement bien servi ? Dans quelle mesure a-t-elle imposé certains changements dans vos plans ?

S. B. et R. B. : 2020 était probablement la pire année pour lancer une boîte mais la meilleure pour lancer une boîte dans le freelancing. On a assisté lors du premier confinement/déconfinement à une évolution incroyable dans la façon qu’avaient nos clients d’aborder la collaboration avec nous et nos freelances. Ils ont vu en acracy un partenaire créatif qui comprend leurs enjeux du moment : pouvoir concevoir des contenus et leur com de façon rapide, réactive et flexible. Et par ailleurs, après une phase compliquée d’incertitude, les mois qui ont suivi le déconfinement ont fait progresser les façons de travailler dans le sens de ce que les freelances prônaient déjà : le remote, la flexibilité, et la recherche d’une meilleure qualité de vie. Pour nous, ces mouvements ont été des accélérateurs.

IN : malgré la décroissance unanime des CA des agences en cette période de crise, le vôtre explose. Que cela traduit-il en termes de perspectives d’évolution des modèles de travail en France ?

S. B. et R. B. : évidemment, notre croissance est forte en partie car nous sommes – littéralement – partis de rien. Mais elle a dépassé nos espérances, et on a le sentiment d’être au bon endroit au bon moment. Du côté des modèles de travail, le confinement a révélé énormément de questionnements sur notre qualité de vie : est-ce qu’on est obligé de vivre en ville, est-ce qu’on est obligé de travailler sur place à des horaires fixes, est-ce qu’on est vraiment sûr de vouloir travailler sur certains sujets ? Les freelances, par leur choix de vie, sont la figure de proue de cette réflexion. Du côté des clients, on a vu aussi une envie de travailler de façon plus proche, plus directe avec les talents créatifs, sans un process et des intermédiaires qui parfois freinent la créativité.

IN : à An+1, quels sont les retours chiffrés clés que vous pouvez nous communiquer et les objectifs phare de l’année à venir ? Des Keys Learnings pour les entrepreneur.ses en devenir ?

S. B. et R. B. : en un an, nous avons dépassé le million d’euros de chiffre d’affaires, avec plus de 50 clients, près de 400 freelances et un taux de croissance moyen de près de 50%. Mais le chiffre le plus important pour nous, c’est celui du taux de retour : plus de 63% de nos clients reviennent après une première mission avec acracy, et 56% des freelances qui bossent avec nous font au moins 2 missions. Pour nous c’est la plus belle preuve que nous répondons à leurs attentes.

IN : « Challenger la pub », ça veut dire quoi pour acracy ?

S. B. et R. B. : la pub, on en vient : on adorera toujours l’énergie, la créativité et l’incroyable richesse de talents de cette industrie. Mais ce secteur, c’est comme un bébé : c’est parce qu’on l’aime qu’on le change. 2020, avec Balance ton agency, avec une pression toujours plus grande sur les budgets et donc sur les gens, a été une année révélatrice des dysfonctionnements du milieu, et de son besoin de se réinventer structurellement. Il n’est plus possible de sous-payer et de sur-pressuriser ses employés en échange d’une promesse de “cool” et d’évolutions futures. Ça ne tient plus, et ça les talents l’ont compris. Mais les clients aussi l’ont compris : ce qu’ils nous disent, c’est qu’ils ont besoin de plus de transparence, de plus d’agilité, et de plus de proximité.

IN : d’un point de vue RH, quels sont les défis propres au modèle de Freelance qu’acracy propose ? Comment y répondre ?

S. B. et R. B. : il y a deux façons de voir le travail avec des freelances. Il peut d’abord être un ajout de valeur à un moment précis, un moyen de traiter des enjeux de bande passante : surcharge d’activité, manque d’une compétence en interne, remplacement de quelqu’un… Mais il peut aussi être intégré structurellement au modèle d’une entreprise : plusieurs de nos clients – studios internes chez des clients ou agences – ont intégré la collaboration avec les freelances acracy dans leur façon normale de travailler. Ils externalisent ainsi des compétences dont ils n’ont pas besoin en permanence, qu’ils ne peuvent intégrer en interne ou sur lesquelles ils expérimentent de nouvelles offres, en étant certains qu’ils pourront, à tout moment, travailler avec des personnes talentueuses et qui comprennent leurs besoins. Ce modèle-là implique une façon différente d’aborder le freelancing, et une adaptation de la structure : une personne en interne dédiée à la gestion du travail avec les freelances, une reprise en main de la gestion de projet et du suivi…

IN : le cadre législatif français sur la condition de travail en Freelance est-il favorable ? Quels changements mériterait-il ?

S. B. et R. B. : Il y a un travail de fond à faire sur le statut des indépendants. Le cadre législatif, social, juridique fonctionne encore comme si le CDI était la norme, et avec près d’un million d’indépendants en France, ce n’est plus du tout le cas. Nous soutenons les actions du syndicat independants.co, qui se bat pour les freelances, en demandant notamment la poursuite du Fonds de Solidarité, dont la plupart des indépendants viennent d’en être exclus. Ensuite, il y a de nombreux sujets sur lesquels les freelances doivent être soit accompagnés – prévoyance, retraite, mutuelle – soit tout simplement pris en compte, comme pour la recherche ou l’achat d’appartement. C’est un travail de titan, et on a envie d’y participer, car le freelance est là pour durer.

La rédaction

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