INfluencia : Votre coup de cœur ?
Thomas Boutte : J’en ai deux. Le premier est pour Les Femmes savantes de Molière, joué par la troupe de la Comédie-Française au Théâtre du Rond-Point que j’ai vu il y a quelques mois. Une véritable claque, à tous les niveaux : théâtrale, visuelle, scénographique et même musicale. Un spectacle jubilatoire, mais aussi profondément percutant.
Le pitch ? Trois femmes en quête d’émancipation, manipulées par un prétendu savant qui n’est en réalité qu’un imposteur.
Une intrigue qui résonne avec notre époque, où l’IA semble incarner ce « savant » moderne.
Tout le monde s’y jette à corps perdu, comme si cette technologie était la réponse à tout. Pourtant, à mes yeux, elle peut être aussi une imposture : elle uniformise, elle lisse, elle réduit tout à une sorte de soupe informe.
Mon deuxième coup de cœur : la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, au Palais de Chaillot, que j’ai découverte récemment. Une visite passionnante, qui permet de comprendre l’évolution de la société à travers celle des habitats, et donc des mœurs. J’ai trouvé ça super bien fait, très éclairant.
Et surtout, il y a une pépite dans ce lieu : la reconstitution à l’échelle 1 d’un appartement de la Cité radieuse de Le Corbusier, construite en 1952 à Marseille. Un voyage dans le temps, plus de 70 ans en arrière, pour saisir les partis pris architecturaux et sociaux de l’époque. Fascinant !
IN. : Et votre coup de colère ?
T.B. : C’est plutôt un agacement profond : on entend partout que les réseaux sociaux, le digital, les écrans et l’IA représentent un danger pour la jeunesse. Pourtant, malgré les études, les chiffres et les preuves accumulées depuis des années, l’Europe et la France peinent à mettre en place de vraies barrières.
Pire : on digitalise toujours plus l’éducation des enfants.
J’ai cinq enfants – quatre filles et un garçon – et je constate que, dès la 6ᵉ, ils sont obligés d’être devant un écran quotidiennement. Devoirs en ligne, exercices interactifs, notes dématérialisées… On leur impose une digitalisation massive, alors même qu’on sait pertinemment que ces outils – et ce qu’ils entraînent (addiction, harcèlement, exposition aux réseaux sociaux) – sont néfastes pour leur développement !
IN. : La personne ou l’évènement qui vous a le plus marqué dans votre vie ?
T.B. : C’est une personne qui a créé un événement. Je vais remonter assez loin dans le temps. Il s’agit d’un de mes aïeux, Henri Wallon, sénateur. Grâce à lui, la France a ancré son destin dans la République plutôt que dans le retour de la monarchie.
Il a en effet proposé un amendement historique : insérer un article additionnel après l’article premier du projet de loi constitutionnelle sur l’organisation des pouvoirs publics. Cet article précisait que « le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et la Chambre des députés réunis en Assemblée nationale. Il est nommé pour sept ans. Il est rééligible. » L’amendement a été adopté par 353 voix contre 352 –
Une voix de majorité seulement – et c’est ainsi que le mot « République » est entré dans la loi constitutionnelle.
Un texte fondateur qui perdure encore aujourd’hui. Henri Wallon est donc pour moi une figure familiale, mais aussi une source d’inspiration dans ma manière d’appréhender le monde et de faire mes choix. Un homme résolument ouvert, animé par un souci de justice. Quelqu’un qui fait partie de mon histoire… et de l’Histoire, avec un grand H.
IN. : Votre plus grande réussite ? (pas professionnelle)
T.B. : Mon parcours pourrait laisser penser que je suis un profil intellectuel : formation littéraire, CELSA, publicité, communication… des domaines qui me passionnent. Pourtant, à la base, je suis avant tout manuel.
Dès mon plus jeune âge, j’ai toujours construit, fabriqué, créé. D’abord des choses plus ou moins artistiques – sculpture, dessin, peinture – sans forcément un talent fou, mais avec un vrai plaisir.
Puis, assez vite, je me suis tourné vers des réalisations plus concrètes : des objets, des meubles, une bibliothèque… et même une maison. Même si je n’ai pas tout fait de mes mains, j’y ai contribué, et ces projets me rendent fier. Parce que ce sont des choses tangibles, qui ne sonnent pas creux, et qui durent.
Sinon, j’ai une petite fierté récente : une recette d’asperges que j’ai un peu inventée.
Vous prenez des asperges vertes, cuites dans du beurre, légèrement croquantes, et c’est un vrai délice. On ajoute un peu d’eau pour la cuisson, puis des morceaux de chair de pamplemousse, des noisettes concassées, un zeste de citron vert, et pour finir, un bon vin du Jura pour accompagner. Simple, original… et surtout, excellent. Vous pouvez tester la recette, je n’ai pas mis de copyright (rires)
IN. : Votre rêve d’enfant ou si c’était à refaire ?
T.B. : Si j’avais à imaginer une autre vie professionnelle, ce serait sans hésiter, comme je vous le disais, un parcours manuel : ébénisterie, charpente, métiers de la construction… Ces savoir-faire qui allient précision et créativité m’attirent énormément.
Dans un monde idéal, je serais ébéniste à mi-temps et communiquant à mi-temps. Qui sait ? Peut-être que le monde de demain nous offrira cette liberté : exercer plusieurs métiers en parallèle, sans avoir à choisir. Après tout, la vie est pleine de surprises…
IN. : Votre plus grand échec ? (idem)
T.B. : Avoir raté Sciences Po. Et pourtant, c’est devenu une excellente nouvelle. J’avais été recalée à cause de mon anglais, une note éliminatoire. Un coup d’arrêt brutal pour tous mes projets… mais aussi un déclic.
Ce revers m’a poussé à partir à Londres avec mon sac à dos. J’y ai passé un an à faire des petits boulots : vendre des cravates, servir des verres en tant que barman. Résultat : j’ai appris l’anglais. Par la suite, j’ai intégré le CELSA, puis rejoint BETC, avant d’arriver chez AXA.
Aujourd’hui, si c’était à refaire, je pense que j’échouerais volontairement de la même manière. Car ce parcours détourné m’a mené là où je suis.
Finalement je ne suis pas sûr que j’aurais été aussi épanoui à Sciences Po.
IN. : Mentez-vous en interview ?
T.B. : Non, pour la bonne et simple raison que l’interview va être lue – enfin j’espère – et que je ne veux pas de contradicteur (rires).
IN. : Qu’allez-vous faire en sortant ?
T.B. : J’ai des amis à dîner ce soir et je vais leur faire ma fameuse recette d’asperges.
Mon prochain rendez-vous est donc chez le primeur afin de trouver des bonnes asperges du pamplemousse. Et des noisettes.
Ensuite je vais préparer un plat très frais, parce qu’il il fait trop chaud, peut-être un ceviche.
IN. : Quel objet emporteriez-vous sur une île déserte ?
T.B. : En dehors d’un bon matelas (rires), je pense que j’emmènerais des livres : tout Giono. Et comme j’aime beaucoup les bandes dessinées, je prendrais aussi l’intégrale de Gus.
* l’Hôtel Littéraire Le Swann, situé au cœur du quartier historiquement proustien de la plaine Monceau et de Saint- Augustin, présente une collection d’œuvres originales sur l’écrivain ainsi que des pièces de haute couture, des photographies, des tableaux, des sculptures. Notre interviewé(e) pose à côté d’une sculpture de Pascale Loisel représentant bien sûr l’auteur d’« À la recherche du temps perdu »
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L’actualité
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AXA a dévoilé en juin sa nouvelle campagne de communication pour encourager les Français à prendre soin de leur santé. Face aux défis démographiques actuels, AXA porte un message résolument optimiste et tourné vers l’avenir. Cette campagne sera déployée dans douze pays du Groupe. En France l’accent sera mis sur la santé et l’importance de la prévention avec la mise en avant de l’inclusion automatique dans tous nos contrats santé et prévoyance d’un rendez-vous prévention santé.
– CLUB ANNONCEURS, que préside Thomas Boutte depuis trois ans a publié sa dixième étude « Brand Immersion » en novembre sur le thème « naviguer dans le chaos » . Il organise un évènement le 1er juillet autour de la créativité : « La créativité publicitaire vue par celles et ceux qui pilotent les marques ». La prochaine « Brand Immersion » aura lieu en novembre prochain, le thème sera révélé en juillet.