La production vidéo s’automatise avec l’IA et fait chuter les prix de 8 à 10 fois. Dans les coulisses du succès de l’outil Aive
Fondée par Rudy Lellouche et Olivier Reynaud, les co-fondateurs de Teads, Aive promet de réduire de dix jours à quelques minutes l’adaptation d’un film publicitaire aux exigences des réseaux sociaux. Une promesse qui séduit déjà TF1, Meta, Publicis, Stellantis, Nestlé et P&G.
Les idées les plus simples sont souvent les meilleures même si elles peuvent parfois se révéler plus compliquées que prévu à mettre en place.
Lorsque Rudy Lellouche et Olivier Reynaud ont revendu en 2017 à Altice la place de marché de vidéos publicitaires Teads pour la modique somme de 308 millions de dollars, les deux entrepreneurs ont vite trouvé comment rebondir.
« Chez Teads et ensuite à Adyoulike que nous avons créé par la suite, nous avons réalisé que les formats de vidéos que nous partageaient les marques n’étaient pas conformes ni adaptés aux réseaux sociaux, explique à INfluenciaRudy Lellouche.
Nos clients nous donnaient des films de 90 secondes produits pour la télévision et nous devions ensuite passer beaucoup de temps et dépenser beaucoup d’argent pour les transformer et créer des formats pour chaque plateforme. Une vidéo de 15 secondes en 16/9 pour une Insta Story n’a en effet rien à voir avec un clip de la même durée sur TikTok car les algorithmes de chaque réseau sont différents. »
Créer un outil IA pour adapter en quelques minutes un film à toutes les plateformes
L’idée des deux associés est alors plutôt logique : créer un outil dopé à l’intelligence artificielle capable d’adapter en quelques minutes un même film pour les plateformes sur lesquelles il doit être diffusé. Mais de la coupe aux lèvres, la distance peut se révéler plus élevée que prévu…
« Nous sommes partis d’une feuille blanche en 2019, se souvient Rudy Lellouche. Le Covid est ensuite passé par là et nous avons finalement dû faire de la R&D pendant cinq ans pour développer la première version de notre outil. »
Soutenus par des business-angels et de la « love money », les entrepreneurs ont levé plus de 10 millions d’euros pour financer leurs recherches.
Pourquoi leur premier outil a fait un bide
Le premier programme présenté aux clients potentiels n’a pas rencontré le succès attendu.
« Les premiers groupes que nous avons approché, qui étaient notamment présents dans les cosmétiques et le voyage, trouvaient notre technologie géniale mais 2% des vidéos que nous leur fournissions ne répondaient pas à leurs attentes, reconnaît notre interlocuteur. Nous avons donc dû relancer nos recherches pour développer un outil irréprochable. »
Lancé fin 2024, Aive a déjà séduit de nombreux clients dont TF1, Meta, Publicis, Stellantis, Nestlé et P&G. Et pour cause… Cet outil permet aux marques de gagner beaucoup de temps et d’argent pour adapter leurs productions aux formats des différents réseaux sociaux.
« Modifier un asset pouvait coûter entre 8000 et 10.000 euros et demander dix jours d’effort en moyenne, révèle Rudy Lellouche. Notre technologie peut faire le même travail en quelques minutes ou en quelques heures au maximum pour un coût compris entre 1000 et 1500 euros tout au plus. Au lieu de produire 50 assets, une marque peut en créer 300 ou 400 avec Aive. »
50 salariés, plus de 16 millions d’euros levés en 2025
Avec près de 50 salariés et des revenus annuels qui se chiffrent en millions d’euros, cette tech compte se développer rapidement dans les années à venir. En novembre 2025, la start-up a levé 16,5 millions d’euros auprès de plusieurs partenaires dont BNP Paribas, le Crédit Agricole du Midi, le CIC et Bpifrance afin de financer sa croissance.
Si 70% de son chiffre d’affaires est encore généré en France, la jeune pousse devrait ouvrir ses premiers bureaux à l’étranger dès l’année prochaine. Un outil destiné aux créateurs de contenus indépendants et non plus uniquement aux grands comptes comme aujourd’hui pourrait, aussi, être lancé en 2027.
L’IA va en effet faire entrer la production vidéo dans une nouvelle ère. Raison toutefois il faut savoir garder… « L’IA permet actuellement de créer des vidéos de 8 à 15 secondes très qualitatives et photo réalistes, résume Rudy Lellouche. Elle n’est pas encore capable de faire des formats beaucoup plus longs.
Pour le cinéma, l’intelligence artificielle pourra répondre à certains besoins spécifiques. Elle pourra notamment remplacer certains effets spéciaux et créer des décors et des lieux dans lesquels tourner des séquences. Les réalisateurs n’auront plus à bloquer plusieurs rues pour filmer une course-poursuite dans Paris. Mais l’essor de l’IA dans la production vidéo dépendra du marché et de la manière dont les marques sont prêtes à l’utiliser. »
Mais derrière l’échec de Sora, un modèle de création video IA loin d’être rentable