INFLUENCIA : Comme beaucoup de présidents de l’Udecam, tu t’es posé à ton arrivée la question de l’évolution du format des Rencontres, et Covid oblige tes deux éditions 2020/2021 ont finalement été hors normes.
Une première édition 100% distanciel, tournée chaque jour sur le plateau d’un grand média différent, et en 2021, le plus grand format des Rencontres à ce jour avec 2500 personnes au Parc Floral. Quels sont tes grands souvenirs de ces deux éditions exceptionnelles ?
Les éditions 2020 et 2021 ont démontré notre capacité et celle de l’écosystème média à se réinventer rapidement et sous contrainte, sans renoncer à l’ambition intellectuelle ni à la convivialité.
Le 100% distanciel en 2020, tourné depuis des plateaux de partenaires médias, nous a permis de maintenir le lien avec la profession et d’élargir l’audience des Rencontres à travers de nouveaux formats. C’était techniquement réussi, mais j’espère ne jamais avoir à revivre ce type de format…
L’édition 2021 au Parc Floral reste un moment de retrouvailles très fort, avec cette année-là, un record en termes d’affluence ! C’était un événement spécial et festif, comme la preuve que le besoin de rassemblement est important et nécessaire pour toutes et tous. Une petite pause bienvenue dans un quotidien ultra-concurrentiel et agressif… Dès le lendemain des Rencontres, la guerre reprend ses droits….
IN : Les Rencontres ont toujours eu cette dualité entre ce qui se passait à l’intérieur avec plusieurs centaines de personnes écoutant des speakers de haut niveau, et à l’extérieur ou presque autant de monde prenait plaisir à échanger. Est-ce que ce mélange des deux, cette alchimie des Rencontres remplit encore un besoin sur le marché ?
Oui, car le marché est de plus en plus complexe et les Rencontres de l’Udecam remplissent une fonction rare : prendre de la hauteur, penser stratégie avant opérationnel. Ce sont des temps de respiration collectifs et un lieu où la profession se regarde et s’interroge avec lucidité. Et si possible, sans faire la promotion de sa propre entreprise, ce qui n’est jamais simple.
Keynotes et conversations informelles se mêlent effectivement avec plaisir et convivialité. C’est une des clés du succès des Rencontres, car ces occasions sont devenues rares dans l’interprofession.
IN : Publicis Groupe a pris très tôt le virage de la technologie et de la data, mais quand on regarde les Rencontres des 15 dernières années, on voit plutôt une révolution lente du paysage qu’un tsunami. Quel est ton regard sur la révolution de l’IA si on la compare à celle du digital ?
La grande différence entre le digital et l’IA, c’est que le digital a été une transformation progressive, que les entreprises ont pu adopter par étapes.
L’IA, elle, impose un changement beaucoup plus immédiat. Ce n’est pas une option que l’on peut prendre ou laisser : c’est une course qu’il faut engager dès maintenant.
C’est une révolution complexe à maitriser car elle a un double impact structurant pour nos entreprises. Elle pose à la fois la question immédiate de nos positionnements stratégiques, à court et moyen terme, et elle nécessite en même temps une adaptation massive du delivery opérationnel.
Cela pose un enjeu majeur autour des talents.
L’IA n’a de valeur que si elle est mise entre les mains des équipes, si elle est comprise, maîtrisée et intégrée dans les méthodes de travail.
D’où l’importance de la formation, de l’accompagnement et de la montée en compétences.
Chez Publicis, notre conviction est très claire : l’avantage ne viendra jamais de la technologie seule.
Il viendra de la capacité à connecter intelligemment la technologie avec les talents, la créativité, la data et l’exécution.
C’est cette connexion qui permet de transformer l’IA en impact réel et mesurable pour nos clients.
IN : Les Rencontres ont souvent eu du mal, malgré une volonté indéfectible, à faire venir les jeunes salariés. Avec plusieurs centaines de collaborateurs de moins de 30 ans, quel serait ta recette pour les mobiliser ? Comment faites-vous chez Publicis Connected Media dans vos événements internes ?
Je pense que les jeunes collaborateurs attendent des événements qui ont du sens, avec une parole incarnée, franche et des formats collaboratifs. Il faut réussir à les mobiliser en changeant la manière de raconter et de partager les différents sujets.
Cela passe aussi par les visages que l’on met en avant : faire intervenir les talents d’aujourd’hui, pas seulement ceux qui ont fait hier.
Les jeunes veulent voir des personnes qui leur parlent vraiment, pas simplement des personnes qui prennent la parole.
Les Rencontres doivent continuer à évoluer dans ce sens, pour répondre à ces nouvelles attentes.
Mais cela suppose aussi une forme d’engagement en retour.
Ces moments prennent toute leur valeur lorsqu’ils sont investis pleinement : en étant curieux, en allant au-delà de ses cercles habituels, en acceptant de confronter ses convictions et d’écouter des points de vue différents.
Quel que soit le talent, c’est cette capacité à s’impliquer et à s’ouvrir qui fait la différence, surtout dans une période de transformation aussi forte de nos métiers.