mk2 explore le futur du cinéma avec l’Artefact AI Film Festival
Entièrement dédié aux courts-métrages créés avec l’IA, l’Artefact AI Film Festival revient sous la présidence de Cédric Klapisch et explore un nouveau langage cinématographique, où technologie et geste auteur redessinent la création.
Lancé en 2024 par Artefact et mk2, l’Artefact AI Film Festivalse présente comme le premier festival de cinéma dédié à l’intelligence artificielle en France.
Il explore les mutations du langage cinématographique à l’ère de l’IA et revendique un positionnement clair : faire dialoguer innovation technologique et exigence artistique.
« La curiosité fait partie de l’ADN de mk2. Quand on comprend, on a moins peur, on subit moins et on peut devenir acteur. L’idée, avec ce festival, c’est de construire un futur de l’IA dans le cinéma désirable pour tout le monde », nous expliquait Elisha Karmitz, CEO de mk2, en amont de la remise des prix organisée jeudi dernier au mk2 Bibliothèque (Paris).
Le festival s’appuie sur trois principes clairs.
L’accessibilité, en permettant à tous les créateurs (amateurs comme professionnels) de proposer un film.
L’exigence artistique, en jugeant d’abord la force du récit et de la mise en scène.
La responsabilité, en imposant un usage transparent et le respect de la propriété intellectuelle. Chaque candidat devait ainsi fournir un journal de production détaillant précisément les outils utilisés et leur rôle dans le processus créatif.
Grand Prix : The cinema that never was, Mark Wachholz.
« Il y a une vraie logique d’incubation. L’idée, pour mk2, est surtout d’identifier les talents, où qu’ils se trouvent, et de les développer dans la durée», précise Elisha Kermitz. Tout en s’empressant de nous rappeler que « la valeur se trouve d’abord dans les auteurs, pas dans les outils ».
« Avant, pour exister, il suffisait de diffuser son œuvre. Puis il a fallu être référencé sur Google. Ensuite, être recommandé par l’algorithme de YouTube. Aujourd’hui, la question se déplace encore. Comment un artiste peut-il se faire connaître quand les règles de visibilité changent en permanence », rajoute Bruno Patino.
Un cadre précis
Les films devaient durer au maximum 314 secondes et intégrer au moins un outil d’IA générative à chacune des trois phases : pré-production, production et post-production.
PourRaphael Frydman, lauréat du Grand Prix l’année dernière, devenu membre du jury : « On est toujours entre l’amateurisme et le professionnel…Moi qui suis un amoureux du hip-hop, ça me rappelle l’arrivée des home studios et des possibilités qu’ils offraient. Quand l’IA est arrivée, je l’ai prise comme un nouvel outil pour raconter une histoire que je n’aurais pas pu produire dans un circuit classique. Le scénario qui m’a fait gagner, je l’avais écrit il y a des années. On m’avait assuré qu’il ne se ferait jamais ».
Prix du Jury (ex-aequo) : Roped, Cokau Lab
Une deuxième édition plus mature
Après une première édition fondatrice en 2024, le festival est donc revenu en 2025 (pour une remise de prix en 2026, il faut suivre) avec l’ambition de consolider sa place.
Les organisateurs étaient accompagnés cette année par Google, Paris Aéroport, La French Touch de Bpifrance, EICAR et Chanel.
Résultat : 265 candidatures issues de 52 pays qui témoignent de la diversité des profils et des approches artistiques. La sélection officielle a retenu 20 finalistes qui se sont disputés les 6 prix : Grand Prix, Prix du Jury, Prix du Public, Artefact Best Use of AI, Prix French Touch et Prix Paris Aéroport.
Prix du Jury (ex-aequo) : Hard Dayzzz, Max De Donato.
Le jury était composé de dix personnalités issues du cinéma, des médias et des technologies numériques : Ana Girardot (actrice), Anna Apter (vidéaste), Bruno Patino (président d’Arte France), Elisha Karmitz, Jeremy Boxer (producteur), Junie Lau (productrice et lauréate de l’édition 2024), Paul Trillo (réalisateur et créateur spécialisé en IA), Pierre Zandrowicz (réalisateur et fondateur d’un studio de création), et Raphaël Frydman.
À sa tête siégeait Cédric Klapisch (qu’on ne présente plus), qui s’est étonné, en amont de la remise des prix que « la thématique du cauchemar était revenue dans plusieurs œuvres cette année, avec une dimension très anxiogène. Vu le terrain, c’est loin d’être anodin ».
Bruno Patino a quant à lui félicité « cet art encore émergent qui s’interroge déjà sur lui-même. Certains réalisateurs en sont arrivés à poser frontalement la question : « Qu’est-ce qu’une image ? ». La sociologie va plus vite que la technologie ».
Derrière les flashs
La qualité des films n’ont pas dissipé (tous) les doutes.
Cédric Klapisch a par exemple insisté sur la nécessité d’encadrer ces nouvelles pratiques : « Il y a un besoin de réglementation. La partie environnementale commence déjà à poser de sérieux problèmes d’eau aux États-Unis, avec des data centers qui pompent toute l’eau des villes. Je pense aussi aux problèmes juridiques et de propriété intellectuelle qui sont encore loin d’être résolus… On voit bien que la technologie va plus vite que la juridiction ».
Pour Raphael Frydman : « Il y a un dialogue, oui, mais la machine reste sous ma direction. Comme sur un plateau de tournage : cinquante personnes apportent leur talent, pourtant on considère le réalisateur comme l’auteur. Là, c’est pareil ».
Prix du Public : Arrow, Jiaze Li.
Selon lui, cette révolution technologique crée aussi un fossé inattendu entre les générations : « Une longue carrière, ce sont aussi des films abandonnés, des projets qui tombent après deux ans, des galères humaines et techniques… Alors, pouvoir créer images et sons presque immédiatement, ça a quelque chose de vertigineux pour nous… les anciens (rire) ».
La responsabilité éthique des créateurs est également au cœur des préoccupations. Le CEO d’mk2 appelle les artistes à définir eux-mêmes les limites de leurs nouvelles pratiques : « Chaque révolution technologique fait naître de nouvelles pratiques, puis de nouveaux courants. Et un courant se définit aussi par les limites qu’il se fixe. La Nouvelle Vague, par exemple, s’interdisait de représenter la mort à l’écran. La liberté créative n’est jamais totale. Elle avance avec ses propres règles ».
Enfin, et ce sera le mot de la fin, Cédric Klapisch a rappelé l’importance du réel dans son processus créatif : « Quand je fais un film, c’est pour me confronter à la réalité. Quand je choisis un acteur, je choisis sa voix, son corps… ses problèmes. Les réalisateurs qui utilisent l’IA cherchent à exploser ces contraintes, moi elles me nourrissent ». À chacun ses muses…
Artefact Best Use of AI : La tisseuse d’ombres, Anne Horel.
French Touch Award : Field Notes, Ariel Kotzer.
Paris Aéroport Award : Le temps d’un souvenir, Alix André-Kellershohn.